QUATRIÈME PARTIE
sent mieux joindre, onrcomp03e de petites boules ou de petits grains, qui , étant parfaitement sjêehés en sorte qu'il n'y reste rien de la liqueur, font la poudre. Et^ en considérant que le charbon est ordinairement fait de bois duquel on a éteint le feu avant qu'il fut entièrement brûlé , on voit qu'il doit y avoir en lui plusieurs pores qui sont fort grands ; premièrement à cause qu'il y en a eu beaucoup dans le bois oU autre matière dont il est fait, puis aussi à cause qu'il est sorti beaucoup de parties terresti*es hors de ce bois pendant qu'il a brûlé^ lesquelles se sont changées en fumée. On voit aussi qu'il n'est composé que de deux sortes de par» ties, dont les unes sont si grosses qu'elles ne sauroient être converties en fumée par l'action du feu , mai^ seroi en t' demeurées pour les cendres si le charbon avoit achevé de brûler ; et les autres sont pfltis petites , à savoir celles qui en seroient serties : et celles-ci ayant déjà été ébranlées par ractÎQh' du feu, sont déliées et molles, et aisées à embraser derechef, et avec cela elles ont des figures assez' embarrassantes, eA sorte qu'elles ne se dégagent pas aisément des lieux où elles sont; comme il paroît de ce que beaucoup d'autres en étant déjà sorties, et changées en fumée, elles y sont denaêui'ées les dernières. '- " '■'' *
Ainsi les parcelles du salpêtre et du soufre entrent aisément dans les pores du cliârbon , parce- g,èneTa**pou.
1 la.
dre, eten qu'ils soiît graods , et elle» y sont enveloppées et paiement con- Hées enserable .par celles de ses parties qui sont su sa orcc. j^^jj^g ^^ cmbarrassantcs ; principalement lorsque
le tout ensemble, après avoir été humecté et formé en grains , est desséché. Et la raison pourquoi on grène la poudre est afin que les parties du salpêtre ne s'enihrasent pas seulement l'une après l'autre , ce qui leur donneroit moins de force , mais qu'il y en ait plusieurs qui prennent feu toutes ensemble : car chaque grain de poudre ne s'allume pas au -même instant qu'il est touché de quelque flamme, mais cette flamme doit premièrement passer de la superficie de ce grain jusques au dedans, et y embraser les parties du soufre, par " l'entremise desquelles celles du salpêtre sont agitées et décrivent au commencement de fort petits cercles; puis, tendant à en décrire de plus grands, elles font effort toutes ensemble pour rompre les parties du charbon qui les retiennent , au moyen ^ de quoi tout le grain s'enflamme. Et bien que le
temps qui est requis pour toutes ces choses soit extrêmement court, si on le compare avec des heures, ou des journées , en sorte qu'il ne nous est presque point sensible, il ne laisse pas d'être assez long lorsqu'on le compare avec l'extrême vitesse dont la flamme qui sort ainsi d'un grain de poudre s'étend de tous côtés en l'air qui l'environne. Ce qui est cause, par exemple , que, lorsqu'un canon
est chargé, la flamme de Tamorce ou des premiers . grains de poudre qui prennent feu , a loisir de s'étendre en tout Fair qui est autour des autres grains, et de les toucher tous avant qu'il y en ait aucun qui s'enflamme ; puis incontinent après , bien que les plus proches de la lumière soient 1^ premiers disposés à s'enflammer, toutefois, à cause qu'en se dilatant ils ébranlent les autres et leur aident à se rompre, cela fait qu'ils s'enflamriaent et se dilatent tous en un même instant, au moyen de quoi toutes leurs forces, jointes ensemble, chassent la balle avec très grande vitesse. A quoi la résistance que font les parties du charbon sert beaucoup, à cause qu'elle retarde au commencement la dilatation des parties du salpêtre, ce qui augmente incontinent après la vitesse dont elles se dilatent. Il sert aussi que la poudre soit composée de grains , et même que la grosseur de ces grains et la quantité du charbon soit proportionnée à la grandeur du canon , afin que les intervalles que ces grains laissent entre eux soient assez larges, pour donner passage à la flamme de l'amorce, et faire qu'elle ait loisir de s'étendre par toute la poudre, et de parvenir jusques aux grains les plus éloignés avant qu'elle ait embrasé les plus proches.
Après le feu de la poudre, qui est l'un de ceux ^ ^*^'
^ * . • . . Ce qu on peut
qui durent le moins, considérons si , tout au con- jagci'dcsiam-
... -i . . 1 t» .'i f pes qn^on dit
traire , il peut y avoir quelque teu qui dure fort avoir conaer-
▼c lear flam- loiig-temps sans avoir besoin de nouvelle matière
me dorant , ., , ,
pinaieun siè- pouT S entret^iiF , comme on raconté de ceiiâines ^ *•• lampes qu'on a trouvées ardente» en des tombeaux lorsqu'on les a ouverts^ après tju^îls avoient été fermés plusieurs siècles. Je ne veux point être garant de* la vérité de telles histo^ires; mais it me semble qu'en un lieu souterrain , qui est si exactement clos de tous côtés qùç l'air n''y est* jaitiais agité par aucun vefit qui vienne du dedans du du dehors de la terre, les ppirties de l'huilé qui se changent enfumée, etdefiirnéeén suîe ; lorsqu'elles s'arrêtent et s'attachent lëi unes aux autres, se peuvent arrêter tout autour, de la flainme dHine lampe , et y , composer comme une petite voûte qui soit suffisante pour empêcher q\ie Tair d'alentour ne vienne siifFoquer cette flamme ; et aussi pour ht réiidrè si foible et si débile qu'elle tf ait pas la ' force d'enflammer aucune dès parties de l'huilé ni de la mèche , si tant est qu'il «n reste encore qui tfaierit point été brûlées : an moyen d6 quoi le premier élément demeurant seul en cette flamme, à cause que les pajhties de lliuile qu'elle ccflortenoit' se sont toutes peu à peu attachées à la petite voûte de suie qui renvironrie , et tournant ' en rond là-dedans en formé d'uhe petite étoile, a la force de repousser de toutes parts le second élément, qui seultend encore à venir vers la flamme par les pÀ^es qu'il s'est réservés en cette voûte ,
QDATRIÈME PARTIE. 4^7
et ainsi d'envoyer de la lumière en Tair d'alentour ; laquelle ne peut être que fort foible pendant que le lieu demeure fermé ; mais à l'instant qu'il est ouvert , et que l'air qui tient de dehors dissipe la petite voûte de fumée qui l'cnvironnoit , elle peut reprendre sa vigueur et faire pâroître la lampe assez ardente , bien que . peut-être elle s'éteigne bientôt après, à cause qu'il est vraisemblabî%quê cette flamme n'a pu. ainsi se conserver sans aliment qu'après avoir consumé toute son huile.
Passons maintenant aux effets du feu que l'explication des divers moyens qui servent à le produire ou conserver n*a pu encore faire entendre. Efcparceque, de ce qui a déjà été dit, on cohnoît assez pourquoi il luit et échauffe; et dissout en plusieure petites parties tous les corps qui lui servent de nourriture, et atussi pourquoi ce sont les plus petites et plus glissantes parties de ces octt*ps qu'il en chasse les premières , et pourquoi ^lès sont suivies par après de celles qui, bien KJu'elles H© soient peut-etue pas moins petites que les précédantes, sortent toutefois moins aisément, à caiise que leurs figures sont embarrassantes et ^iviséiBd en phisieurs branches (d où vient que, s'attachant aux tuyaux des cheminées, elles se changent en suie ) ; puis enfin pourquoi il ne laisse rien que les phis grosses qui composent les cendres, il reste seulement ici à expliquer comment
Quels sont les
autres effets
du feu.
un même feu peut faire que certains corps , qui ne servent point à l'entretenir, deviennent liquides et qu'ils bouillent ;^ et que les autres, au contraire , se sèchent et se durcissent ; et enfin que les uns se changent en vapeurs, les autres en chaux, et les autres en verre.
ïï8- Tous les corps, di»rs, composés de parties si
corps qu'il égalc^ OU si Semblables qu'elles peuvent être toutes
fait fondre et . ? , , • • f k d
boauiir. dgitées et séparees aussi aisément 1 une que 1 autre, deviennent liquides lorsque leurs parties sont ainsi agitées et séparées par l'action du feu. Car un<x>rps est liquide par cela seul que les parties doiit il est composé se meuvent séparément les unes, des au* très : et lorsque leur mouvement est si grand ^ue quelques unes, se changeant en.air ouen feu, requièrent beaucoup plus d'espace que de coutume pour le continuer, elles font élever par bouillons la liqueur d'où elles sortent.