QUATRIÈME PARTIE
de personne parcequ'il faisoit considérer des corps plus petits que ceux qui. sont aperçus de nos sens, et qu'il leur attribuoit diverses grandeurs , diverses figures et divers mouvements ; car il n'y a personne qui puisse douter qu*il n'y en ait véri-' tablement de tels, ainsi qu'il a déjà été prouvé: mais elle a été rejetée, premièrement à cause qu'elle supposoit que ces petits corps étoient indivisibles, ce que je rejette aussi entièrement; puis à cause qu'il imaginoit du vide entre deux , et je démontre qu'il est impossible qu'il y en ait ; puis aussi à cause qu'il leur attribuoit de la pesanteur, et moi je nie qu'il y en ait en aucun corps, en tant qu'il est considéré seul , parceque c'est une qualité qui dépend du mutuel rapport que plusieurs corps ont les uns aux autres; puis, enfin, on a eu sujejt de la rejeter à cause qu'il n'expliquoit point en particulier comment toutes choses avoient été formées par la seule rencontre de ces petits corps, ou bien , s'il l'expliquoit de quelques unes, les raisons qu'il en donnoit ne dépendoient pas tellement les unes des autres que cela fît voir que toute la nature pduvoit être expliquée en même façon (au moins on ne peut le connoître de ce qui nous a été laissç par écrit de ses opinions ). Mais je laisse à juger aux lecteurs si les raisons que j'ai mises en ce Traité se suivent assez, et si on en peut déduire assez de choses : et d'autant que la
sance res.
et mouve-
considération des figures, dés grandeurs et des mouvements a été reçue par Aristote et par tous les autres , aussi bien que par Démocrite , et que je rejette tout ce que ce dernier a supposé outre cela , ainsi que je rejette généralement tout ce qui a été supposé par les autres , il est évident que cette façon de philosopher n'a pas plus d^s^nité avec celle de Démocrite qu'avec toutes les autres sectes particulières.
9o3. Enfin, quelqu'un pourra aussi demander d'où
peut parvenir j'ai appris quellcs sout Ics figurcs , les grandeprs * ^ *d,^^ et les mouvements des petites parties de chaque grandeur» oorps , plusicurs desqucUes j*ai ici déterminées mentsdes tout dc mémc quc si je les avois vues^ bien
corps insen- 9-i •. . • • 9 • 1
Bibles. quil soit certain que je nai pu les apercevoir par l'aide des sens, puisque j'avoue qu'elles sont insensibles. A quoi je réponds que j'ai premièrement considéré en général toutes les notions claires et distinctes qui peuvent être en notre entendement touchant les choses matérielles; et que- n'en ayant point trouvé d'autres, sinon celles que nous avons des figures , des grandeurs et des mouvements , et des règles suivant lesquelles ces trois choses pouvent être diversifiées l'une par l'autre, lesquelles règles sont les principes de la géométrie et des mécaniques, j'ai jugé qu'il falloit nécessairement que toute la connoissance que les hommes peuvent avoir de la na-
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ture fât tirée de cela seul; parceque toutes les autres notions que nous avons des choses sensibles , étant confuses et obscures , ne peuvent servir à nous donner la cônnoissance d'aucune chose hors de nous, mais plutôt la peuvent empêcher. Ensuite de quoi j'ai examiné toutes les principales di£férences qui se peuvent trouver entre les figures, grandeurs et mouvements de divers corps, que leur seule petitesse rend insensibles , et quels effets sensibles peuvent être produits par les diverses façons dont ils se mêlent ensemble, et par après , lorsque j'ai, rencontré de semblables effets dans les corps que nos sens aperçoivent, j'ai pensé qu'ils avoient pu être ainsi produits ; puis j'ai cru qu'ils l'avoient infailliblement été, lorsqu'il m'a semblé être impossible de trouver en toute l'étendue de la nature aucune autre cause capable de les produire. A quoi l'exemple de plusieurs corps composés par l'artifice des hommes m'a beaucoup servi : car je ne reconnois aucune différence entre les machines que font les artisans , et les divers corps que la nature seule compose , sinon que les effets des machines ne dépendent que de l'agencement de certains tuyaux , ou ressorts , ou autres instruments , qui , devant avoir quelque proportion avec les mains de ceux qui les font, sont toujours si grands que leurs figures et mouvements se peuvent voir ; au lieu que les tuyaux , ou ressorts, qui causent
les efifets dés corps naturels, sont ordinairement trop petits pour être aperçus de nos sens. Et il est certain que toutes les r^les des mécaniques appartiennent à la physique, en sorte que toutes les choses qui sont artificielles sont avec cela naturelles : car, par exemple, lorsqu'une montre marque les heures par le moyen des roues dont elle est faite, cela ne lui est pas moins naturel, qu'il est à un arbre de produire ses fruits. C'est pourquoi tout de même qu'im horloger , en considérant une montré qu'il n'a pas faite? peut ordinairement juger par le moyen de quelques unes de ses parties qu'il regarde, quelles sont toutes les autres qu'il ne voit pas ; ainsi, en considérant les effets et les parties sensibles des corps naturels, j'ai tâché de connoître quelles doivent être celles de leurs parties qui sont insensibles. ao4. On répliquera peut-être encore à ceci que,
chant les cho- bien quc j'aie peut-être imaginé des causes qui ^^n'iper- pourroicut produire des effets semblables à ceux fl^T^Vd'Tx- 9^^ nous voyons, nous ne devons pas pour cela pUqacr -corn- conclure oue ceux que nous voyons soient pro-
ment elles pen- ^ ■■■ * j ■ i
vent être : et duits par cllcs : parccquc^ comme un horloger in-
que c'est tout j ^. ^ r • 3 .
ceqn'Aristote oustrieux pcut lairc deux montres qm marquent a tâche de j^^ hcurcs cu même façon , et entre lesquelles* il n'y ait aucune différence en ce qui paroît à l'extérieur , qui n'aient toutefois rien de semblable er^ la composition de leurs roues , ainsi il
faire.
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est certain que Dieu a une infinité de divers moyens par chacun desquels il peut avoir fait que toutes les choses de ce monde paroissent telles que maintenant elles paroissent, sans qu'il soit possible à l'esprit humain de connoitre lequel de tous ces moyens il a voulu employer à les faire , ce que je ne fais aucune difficulté d'accorder. Et je croirai avoir assez fait , si les causes que j'ai expliquées sont telles que tous les effets qu'elles peuvent produire se trouvent semblables à ceux que nous voyons dans le monde , sans m'informer si c'est par elles ou par d'autres qu'ils sont produits. Même je crois qu'il est aussi utile pour la vie de connoitre dés causes ainsi imaginées que si on avoit la coiinoissance des vraies: car la médecine, les mécaniques , et généralement tous les arts à quoi la connoissance de la physique peut servir, n'ont pour fin que d'appliquer tellement quelques corps sensibles les uns aux autres que, par la suite des causes naturelles , quelques effets sensibles soient produits; ce que Ton pourra faire tout aussi bien en considérant là suite de quelques causes ainsi imaginées , quoique £aiusses , que si elles étoient les vraies , puisque cette ^te est supposée semblable en ce qui regarde les efifets sensibles. Et , afin qu'on ne pense pas s'imaginer qu'Aristote ait jamais préfendu rien faire de plus que cela , il dit lui-même , au commencement du septième chapi-^
5ll2 LES PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE.
tre du premier livre de ses Météores , que , « pour » ce qui est des choses qui ne sont pas manifestes »aux sens, il pense- les démontrer suffisamment et » autant qu'on peut désirer avec raison , s'il fait seu- » lement voir qu'elles peuvent être telles qu'il les • explique. »
ao5. Mais néanmoins, afin que je ne fasse point de
Que néaa- ^ i f - / i - •
moins on a tort à la vente , en la supposant moms certaine 'Torairraf * qu'cH® n'^st , je distinguerai ici deux sortes de certoutcsies cho- titudc. La première est appelée morale, c'est-à-dire
ses de ce mon- * ■'■■'■
de sont telles suffisautc pour régler nos mœurs ; ou aussi grande ^'dëmont^é*^* que cellc des^ choses dont nous n'avons point couqu'eiicspeu- jm^e dc doutcr touchant la conduite de la vie,
vent être. '
bien que nous sachions qu'il se peut faire ^ absolument parlant, qu'elles soient fausses. Ainsi ceux qui n'ont jamais été à Rome ne doutent point que ,, ^ ce ne soit une ville en Italie , bien qu'il se pourroit
faire que tous ceux desquels ils l'ont appris les eussent trompés. Et si quelqu'un, pour deviner un chiffre écrit avec les lettres ordinaires , s'avise de lire un B partout où il y aura un A , et de lire un C partout où il y aura un B , et ainsi de substituer en la place de chaque lettre celle qui la suit en Tordre de l'alphabet, et que, le lisant en cette façon , il y trouve des paroles qui aient du sens , il ne doutera point que ce ne soit le vrai sens de ce chifire qu'il aura ainsi trouvé , bien qu'il se pourroit faire que celui qui l'a écrit y en ait mis un autre