QUATRIÈME PARTIE. SâS
tout différent en donnant une autre signification à chaque lettre : car cela peut si difficilement arriver, principalement lorsque le chiffre contient beaucoup de mots, qu'il n'est pas moralement croyable. Or si on considère combien de diverses propriétés de l'aimant , du feu, et de toutes les autres choses qui sont au monde , ont été très évidemment déduites d'un fort petit nombre de causes que j'ai proposées au commencement de ce traité , quand bien même on voudroit s'imaginer que je les ai supposées par hasard et sans que la raison me les ait persuadées, on ne laissera pas d'avoir pour le moins autant de raison îde juger qu'elles sont les vraies causes de tout ce que j'en ai déduit , qu^ôn en a de croire qu'on a trouvé le vrai sens d'un chiffre lorsqu'on le voit suivre de la signification qu'on a donnée par conjecture à chaque lettre : car le nombre des lettres de l'alphabet est beaucoup plus grand que celui des premières causes que j'ai supposées ; et on n'a pas coutume de mettre tant de mots nî même tant de lettres dans un chiffre que j'ai déduit de divers effets de ces causes.
L'autre sorte de certitude est lorsque nous pen- ^<*^
^ *^ . Et même
sons qu'il n'est aucunement possible que la chose qu'on en a
, . -n 11 r 1 f ^^^^ certitude
soit autre que nous la jugeons. £t elle est fondée pi^s que mosur un principe de métaphysique très assuré, qui ^**^®* est que Dieu étant souverainement bon et la source de toute vérité , puisque c'est lui qui nous a créés , •
il est certain que la puissance ou faculté qu'il nous a donnée pour distinguer le vrai d*avec le faux ne se trompe point lorsque nous en usons bien , et qu'elle nous montre évidemment qu'une chose est vraie. Ainsi cette certitude s'étend à tout ce qui est démontré dans la mathématique ; car nous voyons clairement qu'il est impossible que deux et trois joints (ensemble fassent plus ou moins que cinq, ou qu'un carré n'ait que trois côtés , et choses semblables. Elle s'étend aussi à la connoîssance que nous avons qu'il y a des corps dans le monde, pour les raisons ci-dessus expliquées au commencement de la seconde partie; puis ensuite elle s'étend à toutes les choses qui peuvent être démontrées , touchant ces corps , par les principes de la mathématique ou par d'autres aussi évidents et certains , au nombre desquelles il me semble que celles que j'ai écrites en ce traité doivent .être reçues , au moins les principales et plus générales ; et j'espère qu elles le seront en effet par ceux qui les auront examinées avec tant de soin , qu'ils verront clairement toute la suite des déductions que j'ai faites , et combien sont évidents tous les principes desquels je me suis servi, principalement s'ils comprennent bien qu'il ne se peut faire que nous sentions aucun objet, sinon par le moyen de quelque mouvement local que cet objet excité ^ en nous , et que les étoiles fixes ne peuvent exci-