PREMIÈRE PARTIE
de toutes les choses qui sont tombées sous nos sens ou que nous avons jamais imaginées , il y en a quelques unes qui soient véritablement dans le monde, tant à cause que nous savons par expérience que nos sens nous ont trompés en plusieurs rencontres , et qu'il y auroit de l'imprudence de nous trop G^r à ceux qui nous ont trompés , quand même ce n'auroit été qu'une fois , comme aussi à "" cause que nous songeons presque toujours en dormant , et que pour lors il nous semble que nous sentons vivement et que nous imaginons clairement une infinité de choses qui ne sont point ailleurs, et que lorsqu'on est ainsi résolu à douter de tout , il ne reste plus de marque par où l'on puisse savoir si les pensées qui viennent en songe sont plutôt fausses que les autres.
Nous douterons aussi de toutes les autres choses ^- .
Pourquoi on
qui nous ont semblé autrefois très certaines , même peut atusi
des démonstrations de mathématique et de ses mmistratioiis
principes, encore que d'eux-mêmes ils soient assez ^* ™*^*"*'
manifestes , à cause qu'il y a des hommes qui se
sont mépris en raisonnant sur de telles matières ;
mais principalement parceque nous avons ouï
dire que Dieu , qui nous a créés , peut faire tout
ce qu'il lui plaît , et que nous ne savons pas encore
si peut-être il n'a point voulu nous faire tels que
nous soyons toujours trompés, même dans les
choses que nous pensons le mieux connoître : car,
puisqu'il a Hen permis que nous nou& soyons trpmpés quelquefois, ainsi qu'il a été déjà rexnaiv que , pourquoi ne pourroit-il pas permettre que nous nous trompions toujours ? £t si nous voulons feindre qu'un Dieu tout-puissant n'est point l'auteur de notre être, et que nous subsistons par nousmêmes ou par quelque autre moyen, de ce que nous supposerons* cet auteur moins puissant, nous aurons toujours d'autant plus de sujet de croire que nous ne sommes pas si parfaits que nous ne puissions être continuellement abusés. 6. Mais quaxid celui qui nous a créés seroit tout-
vons un ubre puissaut , et quaud même il prendroit plaisir a nous ftdt^ ne n'*' tromper , nous ne laissons pas d'éprouver en nous ponvonsnons mj^ liberté qui est telle que, toutes les fois qu'il
abstenir de ^ ' i • i
croire les cho- Hous plaît, uous pouvons uous absteuir de rece-
SCS douteuses 1 1
et ainsi nous' ^^ir cu uotrc CToyancc les choses que nous ne conempêckerd'é- noissoHs pas bien , et aînsi nous empêcher d'être
tre trompes. r ' r
jamais trompés.