‹ OEuvres de Descartes, publiées (volume 4)Chapitre 44 sur 241 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

cir; et lorsque j*ai dit que cette proposition, je pense ^ donc Je suis, est la première et la plus certaine qui se présente à celui qui conduit ses pensées par ordre , je n'ai pas pour cela nié qu'il ne fallût savoir auparavant ce que c'est que pensée , certitude, existence, et que pour penser il faut être, et autres choses semblables : mais, à cause que ce sont là des notions si simples que d'elles-mêmes elles ne nous font avoir la connoîssance d'aucune chose qui existe, je n'ai pas jugé qu'on en dût faire ici aucun dénombrem^ît.

Or, afin de savoir comment la connoissance que nous avons de notre pensée précède celle que nous avons du corps, et qu'elle est incomparablement p'«»<^i«'^«:

it.

Comment

nous pouvons

plus évidente , et telle qu'encore qu'il ne fût point, ^^ ^^^^ »™<^

* ^ ^ que notr»

nous aurions raison de conclure qu'elle ne laisse- corps.. roit pas d'être fout ce qu'elle est ; nous remarquerons qu'il est manifeste , par une lumière qui est naturellement en nos âmes , que le néant n'a aucunes qualités ni propriétés qui lui appartiennent , et qu'où nous en apercevons quelques unes il se doit trouver nécessairement une chose ou sub^ stance dont elles dépendent. Cette même lumière nous montre aussi que nous connoissons d'autant mieux une chose ou substance, que nous remarquons en elle davantage de propriétés ; or il est certain que nous çn remarquons beaucoup plus en notre pensée qu'en aucune autre chose que ce puisse

être j d'autant qu'il n'y a rien qui nous fasse counoître quoi que ce soit, qui ne iious fasse encore plus certainement conhoîtt'e notre pensée. Par exemple, si je me persuade qu'il y a une terre à cause que je la touche ou que je la vois : de cela même , par une raison encore plus forte , je dois être persuadé que ma pensée est ou existe, à cause qu'il se peut faire que je pense toucher la terre, encore qu'il n'y ait peut-être aucune terre au mondt^ ; et qu'il n'est pas possible que moi, c'est-à-dire mon âme , ne soit rien pendant qu'elle a cette pensée : nous pouvons conclure le même de toutes les autres choses qui nous viennent en la pensée, à savoir que nous^ qui les pensons existons , encore qu'elles soient peut-être fausses ou qu'elles n'aient aucune existence.

Ceux qui n'ont pas philosophé par ordre ont que tout le '^^ d autres opinions sur ce sujet, parcequ ils n ont monde ne la i0^lais distingué asscz soigneusement leur âme, ou

connoit pas •'■ ^ *^

en cette façon, cc qui pcusc, d'avcc Ic corps , OU ce qui est étendu en longueur, largeur et profondeur. Car, encore qu'ils ne fissent point difficulté de croire qu'ils étoient dans le monde , et qu'ils en eussent une assurance plus grande que d'aucune autre chose , néanmoins , comme ils n'ont pas pris garde que par eux, lorsqu'il étoit question d'une certitude metaphysique, ils dévoient entendre seulement leur pensée, et qu'au contraire ils ont mieux aimé croire

D'où vient

ne autre chose.

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