‹ OEuvres de Descartes, publiées (volume 4)Chapitre 51 sur 241 · PREMIÈRE PARTIE. 8l · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. 8l

faites, parceqa'encore que nous y remarquions qiieiquef ois des propriétés qui nous semblent n'avoir point de limites , nous ne laissons pas de connoitre que cela procède du défaut de notre entendement , et non point de leur nature.

Nous ne nous arrêterons pas aussi à examiner les ^8. • fins que Dieu s'est proposées en créant le monde , p^i^t «amiet nous rejetterons entièrement de notre philoso- "ueiu^'fia phie la recherche des causes finales ; car nous ne ^icu a fait

j / 1 A 1 chaque chose,

devons pas tant présumer de nous-mêmes que de mais waiecroire que Dieu nous ait voulu faire part de ses "moyen ?u conseils : mais, le considérant comme l'auteur de Tf'**" T'f^®

rat proamte.

toutes choses , nous tâcherons seulement de trouver, par la Êiculté de raisonner qu'il a mise en nous , comment celles que nous apercevons par Fentremise àe nos sens ont pu être produites; et nous serons assurés, par ceux de ses attributs dont il a voulu que nous ayons quelque connoissance , que ce que nous aurons une fois aperçu clairement et distinctement appartenir à la nature de ces choses, a la perfection d'être vrai.

Et le premier de ses attributs qui semble devoir ^9être ici considéré, consiste en ce qu'il est très vé- n'est point la litable et la source de toute lumière, de sorte qu'il ^'^erreurs!*^^ n'est pas possible qu'il nous trompe , c'est-à-dire qu'il soit directement la cause des erreurs auxquelles nous -sommes sujets , et que nous expérimentons en nous-mêmes; car, encore que l'adresse à pouvoir

s '2 LES PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE.

tromper semble être une marque de subtilité d'esprit entre les hommes, néanmoins jamais la volonté de tromper ne procède que de malice ou de crainte et de foiblesse, et par 'conséquent ne peut être attribuée à Dieu.

5o- D'où il suit que la faculté de connoître qu'il nous

Etqne par •■• . ^ i

conséqaent a dounéc , quc uous appclons lumière naturelle ,

tout cela est , .... -i • . • -^ •

vrai que nous H apcrçoit jamais aucuu objet qui ne soit vrai en counoissons ^^ qu'cllc l^pcrçoit , c'est-à-dire en ce qu'elle con-

clairement ^i- r * ^ t.

être vrai , ce noît clairement et distinctement; parceque nous au-

quinousdéli- . . ,

vredesdoutes Hous sujct dc croirc quc Dieu seroit trompeur, s il p^^és. ^^ons l'avoit dbnnée telle que nous prissions le faux pour le vrai lorsque nous en usons bien. /Et cette considération seule nous doit délivrer de ce doute hyperbolique où nous avons été pendant que nous ne savions pas encore si celui qui nous a créés avoit pris plaisir à nous faire tels, que nous fussions trompés en toutes les choses^ qui nous semblent très claires. Elle nous doit servir aussi contre toutes les autres raisons que nous avions de douter , et que j'ai alléguées ci -dessus, même les vérités de mathématique ne nous seront plus suspectes, à cause qu'elles sont très évidentes ; et si nous apercevons quelque chose par nos sens, soit en veillant, soit en dormant, pourvu que nous séparions ce qu'il y aura de clair et de distinct en la notion que nous aurons de cette chose de ce qui sera obscur et conftis , nous pourrons facilement nous assurer de

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ce qui seia vrai. Je ne m'étends pas ici davantage sur ce sujet, parceque j'en ai amplement traité dans les Méditations de ma métaphysique, et ce qui suivra tantôt servira encore à l'expliquer mieux.

Mais parcequ'il arrive que nous nous méprenons 5^-

* * ^ ^ ^ h ^ Que nos

souvent, quoique Dieu ne soit pas trompeur, si erreurs au re-

nous désirons rechercher la cause de nos erreurs , |e sont q^

et en découvrir la source, afin de les corriger, il ^^'^i^^'^au**^.'

faut que nous prenions sfarde qu'elles né dépendent ga^d de nous

^ ■ " •* * sont des pri-

pas tant de notre entendement comme de notre yati<)nsoades

volonté , et qu'elles ne sont pas des choses ou des

substances qui aient besoin du concours actuel de

Dieu pour être produites; en sorte qu'elles ne sont

à son égard que des négations, c'est-à-dire qu'41 ne

nous a pas donné tout ce qu'il pouvoit nous donner,

et que nous voyons par même mbyen qu'il n'étoit

point tenu de nous donner; au lieu qu'à ôotre

égard elles sont de^ défauts et des imperfections.

Car toutes les façons de penser que nous remar- 32. quons en nous peuvent être rapportées a deux gé- nous que nérales , dont l'une consiste à apercevoir par l'en- ae^^nlées^à tendement, et l'autre à se déterminer par la volonté. **^**"^. ^ p**^

^ ^ ception de

Ainsi sentir, imaginer et même concevoir des choses l'emende-

purement intelligibles , ne sont que des façons dif- tion de la

férentes d'apercevoir ; mais désirer , avoir de l'a- ^^ **'***' . version, assurer, nier, douter, sont des façons différentes de vouloir.

sl^rsque nous apercevons quelque chose , nous Que nons ne

nous trom- ne soRimes podnl: en danger de nous méprendre si

ponsqnelors- , , r .^ i a

que nous ju- Hous lï Biï jugcoiis CH aucune laçon; et quand même ^uediol^quî nous en jugerions, pourvu que nous ne donnions ne nous est notfe conscfitement qu'à ce que nous coqnoissons

pas assez ^ ^ ^ * .^

connue, clairement et distinctement devoir être compris en ce dont nous jugeons , nous ne saurions non plus faillir; mais ce qui fait que nous- nous trompons

^ ordinairement est que nous jugeons bien souvent,

encore que nous n'ayons pas une çonnoissance bien exacte de ce dont nous jugeons.

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