‹ OEuvres de Descartes, publiées (volume 4)Chapitre 61 sur 241 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

rectangles diffèrent de tous les autres ; de plus , si nous remarquons que le carré du côté qui soutient l'angle droit est égal aux carrés des deux autres côtés, et que cette propriété convient seulement à cette espèce de triangles, nous la pourrons nommer propriété universelle des triangles rectangles. Enfin, si nous supposons que de ces triangles les uns se meuvent et que les autres ne se meuvent point, nous prendrons cela pour un accident universel en ces triangles; et c'est ^ain^ qu'on compte ordinairement cinq imiversaux , à savoir le .genre, l'espèce, la différence, Iç propre, et l'accident.

Pour ce qui est du nombre que nous remarquons j^ aLtincdans les choses mêmes, il vient de la distinction *•??*' ** p^'

' mierementae

qtii est entre elles : or il y a des distinctions de ceUe qni c^t trois sortes; à savoir, une qui est réelle, une autre modale, et une autre qu'on appelle distinction de raison, et qui se fait par la pensée. La réelle se trouve proprement entre deux ou plusieurs substances. Car nous pouvons conclure que deux substances sont réellement distinctes l'une de r;^utre de cela seul que nous en pouvons concevoir une clairem§n| et dîstioctement sans penser à l'autre ; parceque, suivant ce que nous connoissons de Dieu , nous sommes assurés qu'il peut faire tout ce dont nous avons une idée claire et distincte. C'est pourquoi , de ce que nous ayons mainten^t l'idée, ps^r

exemple, d'une substance étendue ou corporelle, bien que nous ne sachions pas encore certainement si tme telle chose est à présent dans le monde, néanmoins, parceque nous en dvons l'idée, nous pouvons conclure qu'elle peut être, et qu'en cas qu*eUe existe, quelque partie que nous puissions déterminer de la pensée doit être distincte réellement de ses autres parties. De même, parcequ'un chacun de nous aperçoit en soi qu'il pense , et qu^l peut en pensent exclure de soi ou dé son âine toute autre substance ou qui pense ou qui est étendue , nous pouvons conclure aussi qu'un chacun de nous ainsi considéré est réelleiAent distinct de toute antre substance qui pense, et de toute substance corporelle. Et quattd Dieu mêlne joindrôit si étroitement un corps à line âme qu'il fût impossible de les unir davantage, et féroit uti composé de ces deux substances ainsi unies, nous concevons aussi qu'elles demeureroient toutes deux , réellement distinctes , nonobstant cette imion ; parceque , quelque liaison que Dîeû aît mis entre elles, il n'a pu se défaîi-è de la puî^sunce qu'il avdt de les séparei', ou bien deijes Coils^èt^ier l'uhe 5«ans l'autre, et que leà choses qUe D*éu peut séparer ou conserver iséparàhent les unes des autres sont réellement distinctes. * ' 6i. ' îl y a deux sfortes de distiûctîoh nlodale, à savoir, tion^moVaîc. l'uue cntte le mode que nous avohs appelé façon

et la sijà)stance do»t il dépend et qu'ii^iver^fie ; et l'autre entre deux difierentes feçons d'une mémë^ substance. La première est remarquable en ce que nous pouvons apercevoir clairement la substance sans la façon qui diffère d'elle en cette sorte ; mais que réciproquement nous ne pouvons avoir. une idée distincte d'une telle façon sans penser à une telle substance. Il y a, par exemple, une distinction modale eqtre la figure ou le mouvement et la substance corporelle dont ils dépendent tous deux; il y en a aussi entre, assurer ou se ressouvenir et la chose qui peitse* PouriFautre sorte de distinction, qui e^jt entre deux difl^entes façpjïs. d'une même substance; elle est remarquable en, ce que nous * pouvons <conQoUre l'une de Ces façons sans l'autre, comme 1^ figure i^af^ le mouvement, et le mt^uvement sans la %ure; mais que nous ne pouvons penser distinçteri^ept ni à l'une ni à l'autre que nous ne sacl^iofis qu!^lle($ dépaadent toutes deux d'une |Daéfua,sub|5Aaa<^e. Par exeinple, si upe pierre esx mue,, et avec cela çajqrée, nous pouvpns çpnnoître sa figure . cajçrré^ sans savoir qu'elle soit mue, et réciproqu^ment nous pouvons savoir qu'elle est mue ^ans savoir si elle est carrée; mais noufii ne pouvons avoir une .cpuqoissance distincte de ce mouvement et de cette figure si fiofis ne connoissons qu'ils sont tous deux en une même ^ose , à savoir en la substance de cette pierre.

Pour ce (|ui est de la distinction dont la façoi» d'une substance est différente d'une autre substance ou bien de la façon d'une autre substance, eomme le mouvement d'un corps est différent d'un autre corps ou d'une chose qui pense, ou bien comme-Ie mouvement est différent du doutey il me semble qu'on la doit nommer réelle plutôt que modale, à cause que nous ne saiu*ions connoitre les modes sans les substances dont ils dépendent, et que les substances sont réellement distinctes les^ unes des autres, ^ditm Enfin , la distinction qui se fcit par k pensée tionqniÀîfait cousistc cu cc quc uous dîstinguons quelquefois une substance de quelqu'un de ^ses attributs , sans lequel néanmoins il n'est pa&possible que nous en ayons une connoissance distincte; ou bien en ce que nous tâchons de séparer d'une même substance deux tels attributs , en pensaiit à l'un sans penser à l'autre. Cette distinction' est remarquable en ce que nous ne saurions avoir une idée claire et distincte d'une telle substance si nous lui otofts un tel attribut; ou bien en ce que notis ne saurions avoir une idée claire et distincte de Tun de deux ou plusieurs tels attributs si nous le séparons des autres. Par exemple , à cause qu'il n'y a point de substance qui ne cesse d'exister lorsqu'elle cesse de durer, la durée n'est distincte de la substance ' que par la pensée; et généralement tous les attributs

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