‹ OEuvres de Descartes, publiées (volume 4)Chapitre 67 sur 241 · PREMIÈRE PARTIE. l · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. l

tante à sa conservation , elle avoit des sentiments tels que sont ceux qu'on nomme goût, odeur, son, chaleur, jfroid, lumière, couleur, et autres semblables , qui véritablement ne nous représentent rien qui existe hors de nôtre pensée , mais qui sont divers selon les diversités qui se rencontrent dans les mouvements qui passent de tous les endroits de notre corps jusques à l'endroit du cerveau auquel elle est étroitement jointe4l unie* Elle apercevoit aussi des grandeurs, des figiu:es et des mouvements qu'elle ne prenoit pas pour des sentiments , mais pour des choses ou des propriétés de certaines choses qui lui sembloient exister ou du moins pouvoir exister hors de soi , bien qu'elle n'y remarquât pas encore cette différence. Mais lorsque nous avons été quelque peu plus avancés en âge , et que notre corps , se tournant fortuitement de part et d'autre par la disposition de ses organes, a rencontré des choses utiles ou en a évité de nuisibles , l'âme , qui lui étoit étroitement unie , faisant réflexion sur les choses qu'il rencontroit ou évitoit , a remarqué premièrement qu'elles existoient au dehors , et ne leiir a pas attribué seulement les*, grandeurs , les figures , les mouvements , et les autres propriétés qui appartiennent véritablement au corps , et qu'elle concevoit fort bien ou comme des choses ou comme les dépendances de quelques choses , mais encore

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tes couleurs , les odeurs , et toutes les autres idées , de ce genre qu'elle apercevoit aussi à leur occasion ; et comme elle étoit si fort offusquée du corps qu'elle ne considéroit les autres choses qu'autant qu'elles servoient à son usage , elle jugeoit qu'il y avoit plus ou moins de réalité en chaque objet , selon que les impressions qu'il causoit lui sembloient plus ou moins fortes. De là vient qu'elle a cru qÉft y avoit beaucoup plus de substance ou de corps dans les pierres et dans les métaux que dans l'air ou dans l'eau , parcequ'elle y sentoit plus de dureté et de pesanteur ; et qu'elle n'a considéré l'air non plus que rien lorsqu'il n'étoit agité d'aucun vent, et qu'il ne lui sembloit ni chaud ni froid. Et parceque les étoiles ne lui faisoient guère plus sentir de lumière que des chandelles allumées, elle n'imaginoit pas que chaque étoile fut plus grande que la flamme qui paroit au bout d'une chandelle qui brûle. Et parcequ'elle ne considéroit pas encore si la terre pouvoit tourner sur son essieu , et si sa superficie est courbée comme celle d'une boule, elle a jugé d'abord qu'elle étoit immobile, et qiié sa superficie étoit plate. Et nous avons été par ce moyen si fort prévenus de mille autres préjugés, que, lors même que nous étions capables de bien user de notre raison , nous les avons reçus en notre créance ; et au lieu de penser que nous avions fait ces jugements en im t emps

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