PREMIERE PARTIE» I
que nous n'étions pas capables de bien juger, et par conséquent qu'ils pouvoient être plutôt £aux que vrais , nous les avons reçus pour aussi certains que si nous en avions eu une connoissance distincte par l'entremise de nos sens , et n'en avons non plus douté que s'ils eussent été des notions communes.
Enfin, lorscpie nous avons atteint l'usage entier Q^e i.'ieconde notre raison, et que notre âme n'étant plus si *** est que
\ , nous ne pou-
sujette au corps, tâche à bien juger des choses, et à vom» oublier
A 1 . 1 . .ces préjugés,
connoitre leur nature , bien que nous remarquions que les jugements que nous avons faits lorsque nous étions encore enfants sont pleins d'erreur, nous avons toutefois assez de peine à nous en défivrer entièrement, et néanmoins il est certain que si nous ne nous en délivrons et ne les considérons comme faux ou incertains, nous serons toujomrs en danger de retomber en quelque fausse prévention. Cela est tellement vrai , qu'à cause que dès notre enfance nous avons imaginé, par exemple , les étoiles fort petites, nons ne saurions nous dé&ire encore de cette imagination , bien que nous connoissions par les raisons de l'astronomie qu elles sont fort grandes : tant a de pouvoir sur nous une opinion déjàreçue !
De plus, comme notre âme ne sauroit s'arrêter ^^\
'■ La troisième,
à considérer long-temps une même chose avec at- <iQe notre e»-
. . ^ A r ** prit se fatigue
tention sans se pemer«t même sans se ratigiier^ quand îi se
rend attentif et qu'cllc ne s'appliquc à rien avec tant de peine
à tontes les , • ii- -i i
choses dont qu aux choses purement intelligibles, qui ne sont nons jugeons, pj-^sentes ni aux sens ni à l'imagination , soit que
naturellement elle ait été faite ainsi, à cause qu'elle est unie au corps , ou que pendant les premières années de notre vie nous nous soyons si fort accoutumés à sentir et imaginer , que nous ayons acquis une facilité plus grande à penser de cette sorte, de là vient que beaucoup de personnes ne sauroient croire qu'il y ait des substances, si elles ne sont imaginables et corporelles, et même sensibles; car on ne prend pas garde ordinairement qu'il n'y a que les choses qui consistent en étendue, en mouvement et en figure, qui soient imaginables, et qu'il y en a quantité d'autres que celles-là qui sont intelligibles; de là vient aussi que la plupart du monde se persuade qu'il n'y a rien qui puisse subsister sans corps, et même qu'il n'y a point de corps qui ne soit sensible. Et d'autant que ce ne sopt point nos sens qui nous font découvrir la nature de quoi que ce soit, mais seul^iient notre raison lorsqu'elle y intervient, on ne 4oit pas trou^ ver étrange que la plupart des hommes n'aperçoivent les choses que fort confusément, vu qu'il n'y en a que très peu qui s'étudient à la bien conduire.
, 74. Au reste, parceque nous attachons nos concep-
La quatrième, ' r x m.
que nons atta- tious à Certaines paroles '^ififin de les exprimer de