Toutefois le lieu et l'espace sont différents en
Qoelle diffé- , . . l
renceiiya leuFs HOiDs, parceque le heu nous. marque plus
Tt^Tespace!* expressément la situation que la grandeur ou la figure, et qu'au contraire nous pensons plutôt à celles-ci lorsqu'on nous parle de l'espace ; car nous disons qu'une chose est entrée en la place d'une autre , bien qu elle n'en ait exactement ni la grandeur ni la figure , et n'entendons point qu'elle occupe poiu» cela le même espace qu'occupôit cette autre chose ; et lorsque la situation est changée , nous disons que le lieu est aussi changé, quoiqu'il soit de même grandeur et de même figure qu'auparavant : de sorte que si nous disons qu'une chose est en un tel lieu, nous entendons seulement qu'elle est située de telle h/çon à l'égard de quelques autres choses; mais si nous ajoutons qu'elle occupe un tel espace, ou un tel lieu, nous entendons outre cela qu'elle est de telle grandeur et de telle figure qu'elle peut le remplir tout justement.
Comm Ainsi nous ne distinguons jamais l'espace d'avec
supcFficie qui l'étenduc en longueur , largeur et profondeur ; mais
corps peut uous considéroHS quelquefois le lieu comme s'il
pow*s^n'ueu ^*^^** ^^ ^^ chose qui est placée, et quelquefois extérieur, aussi commc s'il en étoit dehors. L'intérieur ne diffère en aucune façon de l'espace; mais nous prenons quelquefois l'extérieur ou pour la superficie qui environne immédiatement la chose qui est pla-
SEGONJDE PARTIE. l35
cée (et il est à remarquer que par la superficie on ne doit entendre aucune partie du corps qui environne, mais seulement l'extrémité qui est entre le corps qui environne et celui qui est environné , qui n'est rien qu'un mode ou une façon ), ou bien pour la superficie en général , qui n'est point partie d'un corps plutôt que d'un autre, et qui semble toujours la même , tant qu'elle est de même grandeur et de même ^gure ; car, encore que nous voyions que le corps qui environne un autre corps passe ailleurs avec sa*superficie, nous n'avons pas coutume de dire que celui qui en étoit environné ait pour cela changé de place lorsqu'il demeure en la même situation à l'égard des autres corps que nous considérons comme immobiles. Ainsi nous disons qu'un bateau qui est emporté par le cours d'une rivière , et qui en même temps est repoussé par le vent d'une force si égale qu'il ne change point de situation à l'égard des rivages, demeure en même lieu, bien que nous voyions que toute la superficie qui l'environne change incessamment.
Pour ce qui est du vide • au sens que les philo- ^6.
^ / 1 r Qu'il ne peut
sophes prennent ce mot, à savoir pour un espace yavoiraucun où il n'y a point de substance , il est évident qu'il que i^°phUon'y a point d'espace en l'univers qui soit tel , par- •**p'*®* p*^*""
•^ ^ * ^ ' * nent ce mot.
ceque l'extension de l'espace ou du lieu intérieur n'est point différente de l'extension du corps. Et , comme de cela seul qu'un corps est étendu en
longueur, largeur et profondeur, nous avons raison de conclure qu'il est une substance, à cause que nous concevons qu'il n'est pas possible que ce qui n*est rien ait de l'extension , nous devons conchire le même de l'espace qu'on suppose vide, à savoir ^ que puisqu'il y a en lui de l'extension il y a nécessairement aussi de la substance.
,^7' Mais lorsque nous prenons ce mot selon l'usa&e
Qnelemotde ^ ^ ^ *^
vide pris se- ordinaire, et que nous dison^^ qu'un lieu est vide ,
lonTasaseor- ., * i j. 9.1
dinaire n'cx- U ©st coustaut quc nous uc vouious pas dire qu il dut point jj5 ^ rien du tout en ce lieu ou en cet espace, mais
toute sorte de •/ -T '
corps^ seulement qu'il n'y a «rien de ce que nous présumons y devoir être. Ainsi , parcequ'une cruche est faite pour tenir de l'eau , nous disons qu'elle est vide lorsqu'elle ne contient que de l'aii*; et s'il n'y a point de poisson dans un vivier, nous disons qu'il n'y a rien dedans, quoiqu'il soit plein d'eau; ainîii nous disons qu'un vaisseau est vide , lorsqu'au lieu des marchandises dont on le charge d'ordinaire on ne l'a chargé que de sable , afin qu'il put résister à l'impétuosité du vent : et c'est en ce même sens que nous disons qu'un espace est vide lorsqu'il ne contient rien qui nous soit sensible , encore qu'il contienne une matière créée et ^ une substance étendue* Car nous ne considérons ordinairement les corps qui sont proches de nous qu'en tant qu'ils causent dans les drganes de nos sens des impressions si fortes que nous les pouvons
seutir. Et si , au lieu de nous souvenir de ce que nous devons entendre par ces inots de vide ou de rien , nous pensions jMtr après qu'un tel espace où nos sens ae nous font rien apercevoir, ne conti^it aucune chose. créée, noi^ tpmberic^QS en une erreur aussi. grossière qitô si, à cause qu'op ciit ordinairement qu ime cruche est vide da^s laquelle il n'y a que de Tair, nous jugions que l'air qu'elle xsontieot n'est pas une chose ou une mhstance.
Nous avons presque tous été préoccupés d,e cette , «. erreiu: dès le conixaencaiient de notre vie> P^^^' ^e^,!r^°*- « que , voyant qu'il n'y a point de liaison nécessaire i« ^^^^^ op»-
* ^ ^ nion dont on
«nfere le vase et le corps qu'il contient, il nous a estpréoccnpé
■ 1» Tx* 'm. >^ M. M. M. ^ • touchant le
semble que Dieu pourroit oter tout le corps qui ^ide. est contenu dans un vase , et conserver ce vase en son même état sai^ quil fut besoin qu'aucun autre corps succédât eaa la .place de xdui qu'il auroit oté. Mais, afin que nous puissions maintenant corriger une si fausse opinion , nous ^remarqueirofis qu'il n'y a point de liaison nécessaire ,entre le •vase et un tel corps qui le remplit , mais qu'elle ès£slabsolument néoessaiiie entre la figure .concave •qiî'a ce vase et l'étendue qui doit être comprise en r cette concavité , qu'il n'y a pas plus de répugnance à concevoir, une montagne sans vallée qu'une telle concavité sans l'extension qu'elle contient, .et cette extension sans quelque chose d'é-
tendu y à cause que le néant , comme il a été déjà remarqué plusieurs fois, ne peut avoir d'extension. C'est pourquoi, si on nous* demande ce qui arriveroi t en cas que Dieu ôtàt tout le corps qui est dans un vase sans qu'il permît qu'il en rentrât d'autre , nous répondrons que les côtés de ce vase se trouveroient si proches qu'ils se toucheroient immédiatement. Car il faut que deux corps s'entre-touchent lorsqu'il n'y a rien entre deux , parcequ'il y auroit contradiction que deux corps fussent éloignés , c'est-à-dire qu'il y eût de la distance de l'un à l'autre , et que néanmoins cette distance ne
fut rien : car la distance est une propriété de l'étendue qui ne sauroit subsister sans quelque chose d'étendu.
^9- Après qu'on a remarqué que la nature de la sub-
Qaecelacon- • n i . j '
firme ce qui a staucc matérielle OU du corps ne consiste quen
^raréfaction.* ^^ ^^'^^ ^** quclquc chose d'étcudu , et que son extension ne diffère point de celle qu'on attribue à l'espace vide , il est aisé de connoître qu'il n'est pas possible qu'en quelque façon que ce soit aucune de ses parties occupe plus d'espace une fois que l'autre , et puisse être autrement raréfiée qu'en la ' Êiçon qui a été exposée cinlessus ; ou bien qu'il y ait plus de matière pu de corps dans un vase lorsqu'il est plein d'or ou de plomb , ou de quelque autre corps pesant et dur , que lorsqu'il ne contient que de l'air et qu'il paroît vide : car la grandeur
SECONDE PARTIE. l37
des .parties dont un corps est composé ne dépend point de la pesanteur ou de la dureté que nous sentons à son occasion, comme il a été aussi remarqué, mais seulement de l'étendue qui est toujours égale dans un même vase.
Il est aussi très aisé de connoître qu'il ne peut ao. pas y avoir d atomes , c est-a-au:e de parties des y avoir ancorps ou de la matière, qui soient de leurjnature in- ^^^^^ divisibles , ainsi que quelques philosophes ont ima- «>t>» j^^d^^»»giné. D'autant que, pour petites qu'on suppose ces parties, néanmoins, parcequ'il faut qu'elles soient étendues , nous concevons qu'il n'y en a pas une d'entre elles qui ne puisse être encore divisée en deux ou plus grand nombre d'autres plus petites, d'où il suit qu'elle est divisible. Car, de ce que nous connoisson^ clairement et distinctemîeht qu'une chose peut être divisée , nous devons juger qu'elle est divisible, parceque, si nous en jugions autrement, le jugement que nous ferions de cette chose serok contraire à la connoissance que nous avons ; et quand même nous supposerions que Dieu auroit réduit quelque partie de la matière à une petitesse si extrême qu'elle ne pourroit être divisée en d'autres plus petites , nous ne pourrions conclure pour cela qu'elle seroit indivisible, parceque, quand Dieu auroit rendu cette partie si petite qu'il ne seroit pas au pouvoir d'aucune créature de la diviser , il n'a pu se priver soi-même du pouvoir qu'il
l58 LES PRINCIPES J)E LA PSILOSOPHIE.
â de la diviser , k cause qu'il n'est pas possible qu'il diminue sa toute-puissance, comme il.a été déjà remarqué. C'est pourquoi nous dÎ3X)ns qiue la plus petite partie étendue qui puisse é^e «aia m<mde peut toujours être divisée , -parcequ''elle «st telle de sa nature.
^ ^^l', Nous saurons aussi que ce BON»ade . ou la matiè<^
Que lelen- ^ '
duedumonde éteodue qui compose l'univers, n'a poiBt de bornes,
est indéfinie. , ^ i» /» •
parceque, quelque part ou nous en youJaons teindre^ nous pouvons encore imaginer au-delà jd^s espaces indéfiniment étendus , que nous n'imi^^nous pas. seulement , mais que nous concevons étise tels en effet que nous les imaginera; de sorte qu'ils contiennent un corps indéfiniment étendu, car l'idée de l'étendue que nous concevons ^en quelque espace ijue ce soit est la vraie idée que nçms devons avoir du corps.
^ \^' Enfin , il n'est pas malaisé d'inférer <ie tout ceci
Que la terre ' i^
etiescieuxnc ^^^ \^ tcrrc et Ics <;ieux sont faits d'une miéme
sont faits qne i a i
d'une même matière , et que , quand même il y auroit .une m-
qu'u ne pLt Unité dc mondcs , ils ne seroient faits que de cette
y avoir plu- matière; d'où il suit qu'il ne peut y en avoirpUi-
mondes, sicurs, à cause que nous concevons manifestement
que la matière , dont la nature consiste en cela seul
qu'elle est une chose étendue , occupe maintenant
tous les espaces imaginables où ces autres mondes
-pourroient être, et que nous ne saurions découvrir
en nous l'idée d'aucune autre matière.
S£GONI>£ PARTIE. 1 OQ
Il n'y a donc qu'une même matière en tout l'uni* ^^'
Que toutes les
vers , et nous ne la connoissons que par cela seul variétés qui qu'elle est étendue; et toutes les propriétés que Prière dénous apercevons distinctement en elle se rappor- p*"*^**^' ^"
* r i^ moavement
tent à cela seul, qu'elle peut être divisée et mue de ses parties. selon ses parties , et partant qu'elle peut recevoir toutes les diverses dispositions que nous remar* quons pouvoir arriver par lé mouvement de ses parties. Car, enccn'e que nous puissions feindre par IsL pensée des divisions en cette matière, néanmoins il est constant que notre pensée n'a pas le pouvoir d'y rien changer, et que toute la diversité des formes qui s'y rencontrent dépend du mouvement local : ce que les philosophes ont sans doute remarqué , d'autant qu'ils ont dit en beaucoup d'en* droits que la nature est le principe du mouv^aent et du repos, et que par la nature ils entendoient ce qui fait que les corps se disposent ainsi que nous voyons qu'ils font par exp^ience,
Or le mouvement ( à savoir celui qui se fait d'un ^4.
Ce que c'est
lieu en un autre, car je ne conçois que celui-là, et q^eiemouve-
>•! 1» «Il j> . ment pris se-
je ne pense pas aussi qu il en laiiie supposer d autre j^^ vw^^e en la nature ) , le mouvement donc , selon qu'on le prend d'ordinaire, n'est autre chose que l'action par laquelle un corfis passe d'un lieu en un autre. Et partant, comme nous avons remarqué ci-dessus qu'une même chose en même temps change de lieu et n'en change point, de même aussi nous pouvons
commun.
l40 LES PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE.
dire qu'en même temps elle se meut et ne se meut point. Car, par exemple, celui qui est assis à la poupe d'un vaisseau que le vent fait aller croit se mouvoir quand il ne prend garde qu'au rivage, duquel il est parti , et le considère comme immobile ; et ne croit pas se mouvoir quand il ne prend garde qu'au vaisseau sur lequel il est, paircequ'il ne change point de situation au regard de ses parties. Toutefois, à cause que nous sommes accoutumés à penser qu'il n'y a point de mouvement sans action , nous dirons que celui qui est ainsi assis est en repos, puisqu'il ne sent point d'action en soi , et que cela
est en usage.
^ *^- , Mais , si au lieu de nous arrêter à ce qui n'a point
Ce que c'est ^ .
que le mou- d'autre foudcmeut que l'usage ordinaire , nous dé-
vement pro- , . , , ^ i
prement dit. sirons savoir ce que c est que le mouvement selon la vérité, nous dirons, afin de lui attribuer une nature qui soit déterminée , « qu'il est le transport » d'une partie de la matière ou d'un corps du voisi- » nage de ceux qui le touchent immédiatement, » et que nous considérons comme en repos , dans » le voisinage de quelques autres. » Par un corps , ou bien par une partie de la matière , j'entends tout ce qui est transporté ensemble, quoiqu'il soit peut-être composé de plusieurs parties qui emploient cependant leur agitation à faire d'autres mouvements; et je dis qu'il e^t le transport et non pas la force ou l'action qui transporte, afin de mon-
SECONDE PARTIE. l4»
trer que le mouvement est toujours dans le mobile, et non pas en celui qui meut ; car il me semble qu'on n'a pas coutume de distinguer ces delix choses assez soigneusement. De plus, j'entends qu'il est une propriété du mobile et non pas une substance ; de même que la figure est une propriété de la chose qui jest figurée, et le repos de la chose qui est en repos.
Et d'autant que nous nous trompons ordinaire- a6.
»•! r ^ 1 j> Qu'il n'cstpa»
ment, en ce que nous pensons qu il faut plus d ac- reqnia pin» tion pour le mouvement que pour le repos , noiis ^'^^^J^ remarquerons ici que nous sommes tombés en cette ™«'^* v^^
^ * pour le repos.
erreur des le commencement de notre vie, parceque nous remuons ordinairement notre corps selon notre volonté, dont nous avons une connoissance intérieure, et qu'il est en repos de cela seul qu'il est attaché à la terre par sa pesanteur, dont nous ne sentons point la force. Et comme cette pesanteur, et plusieurs autres causes que nous n'avons pas coutume d'apercevoir, résistent au mouvement de nos membres , et font que nous nous lassons , il nous a semblé qu'il falloit une force plus grande et plus d'action pour produire un mouvement que pour l'arrêter, à c^use que nous avons pris l'action pour l'effort qu'il faut que nous fassions afin. de mouvoir nos membres et les autres corps par leur entremise. Mais nous n'aurons point de peine à* nous délivrer de ce faux préjugé si
l42 LES PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE.
nous remarquons que nous ne faisons pas seulement quelque effort pour mouvoir les corps qui sont proches de nous , mais que nous en faisons aussi po^r arrêter leurs mouvements lorsqu'ils ne sont point amortis par quelque autre cause; de sorte que nous n'employons pas plus d'action pour faire aller, par exemple, nu bateau qui est en repos dans une eau calme et qui n'a point de cours , que pour l'arrêter tout-à-coup peqdant qu'il se meut ; et si l'expérience nous fait voir en ce cas qu'il en faut quelque peu moins pour l'arrêter que pour le faire aller, c'est à cause que la pesanteur de l'eau qu'il soulève lorsqu'il se meut , et sa lenteur ( car je la suppose calme et comme dormante ) diminuent peu à peu son mouvement.
^7. Mais parcequ'il ne s'agit pas ici de l'action qui est
vement et le çu cclui qui mcut OU qui arrête le mouvement, et
repos ne sont .j, ..1 . -i
rien que deux q^c Hous cousidérons principalement le trausport diverses fa- ^j ^ ccssatiou du trausDort ou le repos, il est évi-
çons dans le • * x 7
corps où ils dent que ce transport n'est rien hors du corps qui
se trouvent. a • 1
est mu, mais que seulement un corps est autrement di^osé lorsqu'il est transporté < que lorsqu'il ne l'est pas, de sorte que le mouvement et le repos ne sont en lui que deux diverses façons. a8. J'ai aus^ ajouté que le transport du corps se fait
?ement "^nZ ^u voisiuagc dc ccux qui le touchent dans le voipropre signi- ginage dc quclques autres, et non pas d'un lieu en
neation ne se • ^ * * * ^
ï^apporte uu autrc, parccquc le lieu peut être pris en plusieurs
voir. ,
SECONDE PARTIE. l45
façons qui dépendent de notre pensée , comme il a qu'aux corps ete remarque ci-dessus. Mais quand nous prenons ceini qu'on le mouvement pour le transport d'un corps qui ^^^ ** "^"" quitte le voisinage de ceux qui le touchent, il est certain qile nous ne saurions attribuer a un même mobile plus d'un mouvement , à cause qu'il n'y a qu'une certaine quantité de corps qui le puissent toucher en même temps. ^
Enfin,, j'ai dit que le transport ne ^e fait pas 29.