Voii-ûg. 8, p
2. Vergnette-Lamotte (A. de). Loc. cit. (Xotes de l'Édition.)
3. Ce post-scviptum nous a été remis le 25 août par M. Pasteur. {Note du Moniteur scientifique.)
LETTRE A M. QUESNEVILLE. DIRECTEUR DU MONITEUR SCIENTIFIQVE (M
Monsieur,
Vous lerminez l'avant-propos dont vous avez accompagné ma lettre du 22 août, en disant que ce qui vous gêne le plus, lorsque vous rencontrez mon nom, c'est l'approbation dont l'Académie encourage mes efforts. Si le bonheur, hélas! était entre nos mains, je serais le plus heureux des hommes, car il y a vingt années, monsieur, que j'ai le noble travers de ne vivre que pour mériter l'approbation de l'Académie et de m'attirer l'estime de savants tels que MM. Chevreul et Dumas, dont je ne vois pourtant jamais apparaître les noms sous votre plume qu'avec l'ironie pour comj)agne. Mais vous ajoutez que le jour où mes dignes maîtres changeront d'opinion et mettront une « sourdine » aux témoignages de leur bienveillance — excessive, je suis le premier à l'avouer et à en être couvert de confusion — vous changerez, vous, monsieur, vos critiques en éloges. Allons, je le vois bien, mon vieil académicien avait raison ("^) et j'ai sagement fait de lui prendre un peu de sa philosophie. Je vous suis mille fois oliligé, monsieur, de votre. proposition, mais, je vous en supplie, continuez vos critiques.
Ah! si j'avais plus d'âge et plus d'autorité et si j'osais, monsieur, vous donner un conseil amical! Votre journal serait, à mon avis, l'un des mieux informés et des plus utiles si vous aviez le bon goût d'y supprimer les personnalités et le persiflage qui l'embarrassent. Vous savez à merveille choisir vos articles et vos rédacteurs. Vous avez eu la bonne pensée de vous adresser à des hommes tels que MM. Gratiolet, Kopp, Radau, Naquet, etc. Vous avez traduit le savant et consciencieux rapport de M. Hofmann, publié les leçons de MM. W^urtz et Berthelot, etc.. Mais ne compromettez-vous pas la dignité de la science par vos plaisanteries inutiles et blessantes? Le persiflage! mais c'est l'arme de l'ignorance. Que n'imitez-vous votre premier maître en comptes-rendus scientifiques, Fontenelle, avec sa douce indulgence pour les fautes et sa discrétion aimable dans l'éloge ! |
Et la gloire de votre pays, est-ce qu'elle ne vous touche pas ? Estce que des hommes qui, comme MM. Chevreul et Dumas, sacrifient leur vie au bien public n'ont pas droit à votre bienveillance?
1. Moniteur scientifique, a» du 15 septembre 1866, VIII, p. 803.
2. Il s'agit des paroles de Biot citées par Pasteur p. 430. [Note de l'Édition.)
Que doit-on dire et penser à l'étranger de toutes ces appréciations si frivoles de la plupart des organes de la presse française, soi-disant scientifique? A un jugement simple et vrai des découvertes qui naîtrait d'une saine lecture, qui, en instruisant le public, éclairerait peut-être les auteurs eux-mêmes par la diversité des points de vue^ ils substituent, presque saus discernement et le plus souvent avec la seule mesure des intérêts ou des passions individuels, ici l'éloge, là le blâme.
Pauvre France, me suis-je dit souvent, si la politique des premiers- Paris est traitée avec cette légèreté, qu'il doit être difficile de tenir les rênes de l'État!
Et pourtant combien est digne et utile la mission du journalisme scientifique quand elle est exercée avec modération dans les opinions sur les personnes et précision dans les informations sur les choses.
Mais veuillez me pardonner, monsieur, ces conseils d'occasion et ces vœux proljablement superflus, en agréant l'assurance de mes sentiments les plus distingués.