Voir p. 378-381 du présent volume, [^otes de l'Édition
Je horiierais là cette lettre, M. le (lii'eeleiii-, si je n'avais à vous signaler encore, dans la Communication (jue vous avez reçue île .M. de Vergnette, un procédé de discussion vraiment inqualifiable.
\'oici le passage au(|uel je fais allusion :
« D'ailleurs, M. Pasteur ne peut avoir oublié qu'il eut, en 1865, la pensée d'exploiter son brevet en s'associant avec moi, comme il me le donnait à entendre dans sa lettre du 13 [11] juillet. On comprend (\\nje laissai cette lettre sans réponse. J\I. Pasteur reconnaissait donc alors que la découverte du chauiïage ne lui appartenait pas, puisqu'il parlait d'en ])artager l'honneur. En définitive, je souhaite que M. Pasteur n'oblige jamais JNI. Tlienard et moi à sortir de la réserve que nous nous sommes imposée devant l'Académie dans ces regrettables débats. »
Je proteste énergiquement contre ces phrases ridiculement comminatoires, et je déclare que jamais, ni directement, ni indirectement, je n'ai eu la moindre idée d'associer M. de Vergnette à l'honneur de mes travaux, quoiqu'il m'en ait prié, par exemple, dans cette phrase de sa lettre du 10 juin 18G4 :
« Ce que je sais, je le mettrai à votre disposition, et serai très heureux si vous voulez bien me faire une petite part dans la publication de vos travaux. »
Ma lettre de juillet 1865, à laquelle M. de Vergnette fait allusion,
ET DONT FORT HEUREUSEMENT j'aI GARDÉ LA MINUTE EXACTE, ne renferme
cjuoi que ce soit qui signifie que je reconnaissais, en 1865, que M. de Vergnette eût la moindre part à l'honneur de la découverte du chauffage des vins. Elle dit le contraire.
Voici tout entière cette lettre :
Paris, le 11 juillet 1865.
Je n'ai reçu votre lettre qu'au retour d'un voyage dans le Midi qui a duré près d'un mois, et dont l'objet princi|)al était l'élude de la maladie des vers à soie. C'est le ministre de l'agriculture qui, à mon grand regret, m'a chargé de cette mission. Aujourd'hui, elle me sourit davantage, parce que j'ai commencé des essais dont j'attends quelques indications utiles sur la nature de ce fléau. Mais tout cela sera bien long et bien difficile à suivre.
Je vous remercie de l'examen auquel vous vous livrez au sujet des vins chauffés que je vous ai l'envoyés ; j'en attendrai avec impatience le résultat. Cependant je suis déjà un peu fixé par ceux que me présentent les nomlireux échantillons que j'ai éprouvés depuis (|uelques mois, et que je dois en partie a l'obligeance de vos compatriotes et amis. Ainsi ^I. Marey-Monge a bien voulu m'envoyer du pomard de 1848, envoie
d'altération. M. Boillot, maire de Volnay, m'a envoyé du volnay qu'il croit prêt à s'altérer.
Sur tous ces vins, mon procédé fait merveille.
Ainsi votre numéro 21 non chauffé est déjà en gi-ande voie d'altération ; le même, numéro 21, chaufîé, est intact, et ainsi de beaucoup d'autres. Ces résultats, dont les premiers témoins sout les personnes de ma famille, ne laissent pas que d'amener pour moi à leur suitf* bien des ennuis. Vous aurez remarqué, dans le compte rendu du 1'"' mai, que j'avais pris un brevet d'invention, dans le ])ut principalement de suivre à mon aise l'application de ce moyen, et voilà que je suis tourmenté pour en jjrofiter, ce qui me répugne pour toutes sortes de motifs. Ma femme, qui seule compte dans le ménage, et que l'avenir de ses enfants préoccupe, me donne les meilleures raisons en apparence pour lever mes scrupules. Je ne sais pas même si elle ne devait pas vous en écrire et prendre conseil de votre expérience, voire même vous proposer une association (*) !
(Suivent quelques tristes paroles sur un malheur de fauiille.i
Signe'' : L. Pasteur.
Voilà la lettre, noble et digne, j'ose le dire, à laquelle M. de Vergnette-Lamotte n'a pas craint de faire allusion dans les termes mensongers que j'ai rappelés tout à l'heure.
C'est de mon procédé que je lui [)arle ; je n'aurais pu faire allusion à son travail de 1850 ou du 1" mai [1865], que pour en dénoncer les erreurs ; car M. de Vergnette n'a publié avant moi que des erreurs dans la question du chauffage des vins : ce qu'il a dit d'exact depuis lors, il l'a pris dans mes publications, sans me nommer jamais ou seulement dans les cas où il n'a pu agir autrement. J'en ai mille exemples. Je le mets au défi de citer un seul fait vrai sur ce su.iet
qu'il n'ait pas pris tout entier dans mes travaux ou DANS LA NOTE
d'Appert.
Je lui laisse toute la responsabilité de ses procédés de discussion, et je suis heureux qu'il déclare aujourd'hui mettre de côté la question de priorité de l'invention de la méthode du chauffage, la seule que j'aie jamais voulu traiter avec lui, parce que je suis bien décidé à ne pas me laisser dépouiller |)ar lui comme il a dépouillé Appert en 1850.