CRÈME
de tartre gr. par litre
Vin moyen de 1 expertise
Vin piqnepoul de la propriété de Launac, à ^I. Henri Mares
Conclusions sfcnéralcs.
Les experts déclarent que les vins soumis à leur examen et vendus par Guerre à Manheinier n'ont été ni fraudés, ni falsifiés; qu'ils ne contiennent pas de matière colorante étrangère ; que leur titre alcoométrique est en rapport avec leur couleur et leurs qualités apparentes, en tenant compte des caractères généraux de la récolte en vins de l'année courante, spécialement de ceux de la commune de iMèze.
V. — DISCUSSION DES MÉTHODES D'ANALYSE DES VINS (•) (A PROPOS D UN ARRÊT DE LA COUR DE MOXTPEULIERl
M. Pasteur, président. — Je suis heureux, messieurs, de m'associei- à vos travaux, et de vous féliciter de la direction que vous avez résolu de leur imprimer. Vous voulez donner, autant que possible, aux analyses agricoles l'uniformité qui leur manque. Rien de plus sage. L'agriculture a besoin de résultats bien comparables et les méthodes analyti<[ues ne peuvent y conduire qu'à la condition que tous les observateurs s'attacheront à obtenir leurs déterminations par des manipulations de même nature. La nécessité de cette manière de faire est commandée encore et surtout par le peu de rigueur que, dans l'état actuel de la science, on est en mesure d'apporter pour bon nombre d'analyses agricoles. En conséquence, les résultats de celles-ci sont essentiellement dépendants des pratiques suivies par l'analyste.
M. Graxdeau. — ... Vous savez, messieurs, combien nous avons aujourd'hui de difficultés pour l'analyse des vins... Tout récemment, il y a eu un procès qui s'est engagé à Carcassonne sur hi demande du vendeur; h- tribunal a jugé, il y a eu appel à la cour de Montpellier et la cour a rendu un arrêt qui présente pour nous le plus grand intérêt, arrêt sur lequel je prierai M. Pasteur de nous donner son avis, non point au point de vue juridique, mais comme savant, atni que nous sachions bien si le mouillage est une falsification et s'il doit y avoir une jurisprudence qui permette régulièrement le mouillage. Un marchand de vins de Paris a acheté des vins ; il a refusé en gare la livraison de la marchandise fournie, parce qu'elle n'était pas conforme à l'échantillon. Le tribunal de Carcassonne a jugé que l'acheteur devait prendre livraison. — M. Pasteur a été nommé expert, il a déclaré, après expertise faite avec des échantillons prélevés par ses soins, que ce vin était additionné d'eau, de 25 pour 100 d'eau. Le tribunal a rendu un jugenjent par lequel — après avoir nommé M. Pasteur expert! — il a décidé qu'il n'y avait pas d'eau dans le vin. La cour de Montpellier a confirmé le jugement, et elle a déclaré que quand le vin était conforme à l'échantillon, ^- ce qui n'était pas d'ailleurs, — qu'il fût falsifié ou non, l'acheteur devait prendre livraison... (Suit l'exposé de cette affaire.)
M. Pasteuu. — A propos de cette affaire de Carcassonne et de Mont-
1. In : Comptes rendus des travaux du Congrès international des directeurs des stations agronomiques. Session de Versailles, juin 1881. Paris, 1881, in-8°. (Procès-verbal de la 4« séance, £1 juin. Présidence de M. Pasteur, membre de rinstituli. \\. ll'.i-144.
pellier, je dois dire ([ue j'ai refusé trois fois de m'y livrer : je ne fais pour ainsi dire jamais d'expertises, d'abord à cause de mes occupations et aussi à cause de ce que vient de dire M. Cirandeau, de l'extrême difricuhé de bien faire l'analyse d'un vin, de déterminer s'il estlalsifié ou non; c'est une des opérations les plus scabreuses de l'analyse immédiate en chimie orEçaniciue. On m'avait présenté la chose de cette façon : le tribunal de Carcassonne a déjà été saisi d'expertises — il y avait eu deux experts avant moi, cliaigés de l'analyse de ce vin, — et on m'avait dit que le tribunal, très embarrassé, considérerait mon expertise comme tout à lait décisive, qu'il prendrait pour base de son jugement le résultat de mon travail. Etant donnée cette idée cjui était plus ou moins fondée, j'ai négligé de donner très en détail l'examen que j'avais fait du vin, je me suis borné à indiquer d'une façon générale la méthode cjue j'avais suivie et à formuler le résultat définitif de mon examen. Si j'avais su que la conclusion de cet examen ne ferait pas loi pour le tribunal, je serais entré dans plus de détails. En réalité, les expertises qui avaient été faites avant moi ne m'ont point paru exactes; on avait trouvé des matières colorantes, de la mauve, la preuve aussi, crovait-on, de vins de raisins secs, etc., enfin des substances étrangères au vin naturel et qui auraient été ajoutées au liquide vendu. Le vendeur devait sans doute savoir à quoi s'en tenir sur ce point; il a donc résisté très énergiquement, d'autant plus que, suivant moi, il avait raison. Sur ces points d'accusations très graves, il n'était pas coupable. Mais, si le vin en litige n'avait pas reçu d'addition de matières étrangères au vin, telles que nous les connaissons, il fut évident pour moi c(u'il avait l'eçu une addition d'eau considérable. Le vin devait contenir 8 pour 100 d'alcool et il les contenait. Sur ma ilemande, le vendeur eut lobligeance et la parfaite loyauté, par l'organe de son représentant, de me dire d'où provenait le vin. Ce n'était pas du lieu convenu dans le marché, il provenait, non du Minervois, mais du village de Campagne, dans le département de l'Aude. Sur la foi de ce renseignement, je fis ce que j'avais déjà fait antérieurement, à l'occasion de l'expertise Guerre-Manheimer (*), et ce qu'il faut toujours faire, autant que cela est possible, quand il s'agit de l'analyse d'un vin, je me suis mis immédiatement en relations avec plusieurs personnes très honorables, soit du département, soit du village de Campagne, qui ont bien voulu m'envoyer des vins de divers propriétaii'es de ce village. J'ai eu, en tout, 12 échantillons de vins de ce village et de l'année même qui avait produit le vin en litige. C'est la comparaison très attentive de ces vins avec le vin en litige qui m'a permis d'asseoir mon jugement.
Je ne sais vraiment pas comment le tribunal de Carcassonne a pu juger comme il l'a l'ait, parce que rien n'était plus simple que de s'assurer que dans le village de Campagne il n'y avait pas de vin authentique ayant une teneur en alcool aussi faible ([ue celle du vin en litige, c'est-à-dire de S degrés. Mon analvse a été faite dans les conditions suivantes : j'ai pris parmi les divers vins ceux que j'ai jugés les plus naturels, les plus authentiques, provenant des personnes du village de (lampagne absolument au-dessus de tout soupçon et j'ai comparé le vin du litige avec ces divers vins, sans