‹ Œuvres de Pasteur (volume 4)Chapitre 30 sur 102 · I. — Asparagine · texte numérisé non relu

I. — Asparagine

4. L’asparagine a été découverte dans les asperges, par Robiquet [ 8 8 I

et Vauquelin. Plusieurs travaux remarquables ont été publiés sur cette magnifique substance. On la trouvée dans un grand nombre de plantes, notamment dans la guimauve, la réglisse, la vesce, les pois

1. J'ai ici en vue l’hémiédrie non superposable, car les questions que je pose sont déjà en partie résolues pour ce qui regarde l’hémiédrie superposable. D'une part, en effet, je n'ai pas encore rencontré de substances jouissant de la propriété rotatoire et qui offrissent l'hémiédrie superposable ; d'autre part, on connaît beaucoup de substances qui ont l'hémiédrie superposable et qui ne possèdent pas le pouvoir rotatoire.

J'ajouterai que dans ce Mémoire, comme dans ceux qui l'ont précédé, j'entends toujours parler de la propriété rotatoire moléculaire (de celle qui se manifeste par la déviation du plan de polarisation lorsque la substance est en dissolution), à moins d’avertir spécialement du contraire.

2. Dans le volume qu'il projetait en 1878 sur la Dissymétrie moléculaire, Pasteur a supprimé les deux pages précédentes et les a remplacées par ces lignes :

« Tous les corps doués de la propriété rotatoire moléculaire ont-ils des formes cristallines dissymétriques à image non superposable? En d’autres termes, l'acide tartrique constitue-t-il un exemple isolé, ou bien les caractères qu'il nous a offerts sont-ils régis par une loi générale applicable à toutes les combinaisons douées d'une action moléculaire rotatoire ?

« Les observations contenues dans ce mémoire et les deux suivants [p. 160 et 203] ne laisseront aucun doute dans l'esprit. Elles n’embrassent pas tous les corps actifs sur la lumière polarisée, mais un certain nombre pris au hasard et l'ensemble des preuves montrera que les mémoires précédents ont mis en lumière une loi générale de la nature qui ne souffre probablement que de rares exceptions.

« Le travail que l’on va lire n'a pas seulement pour but de faire connaître de nouveaux exemples de la corrélation du phénomène rotatoire et de l’hémiédrie, Il établit entre les acides

et les autres légumineuses. Sa préparation, au moyen de la vesce, est extrèmement facile et sûre. Un pharmacien de Pise, M. Menici, obtint, en 184%, dans le jus de la vesce étiolée, après son évaporation, de beaux cristaux qu'il remit à M. Piria. Cet habile chimiste reconnut leur identité avec l’asparagine de la guimauve et publia bientôt de nouvelles observations fort curieuses, parmi lesquelles on distingue surtout la transformation de l’asparagine en bimalate et en succinate d’ammoniaque.

5. J'ai obtenu de la manière suivante l’asparagine qui a servi à mes recherches. Dans une grande cave j'ai fait transporter de la terre de jardin, à une hauteur de 6 à 7 centimètres, et j'ai semé ensuite de la vesce commune. Au bout de quinze jours ou trois semaines, les tiges de la vesce, simples, sans ramifications, incolores, avaient acquis une longueur variable de 40 à 60 centimètres. On a arraché la plante, on l’a lavée à grande eau, puis elle a été broyée et exprimée sous la presse. Elle a fourni 70 pour 100 d’un jus qui, porté à l’ébulliüon, devint limpide et facile à filtrer. Ce jus renfermait 5 à 6 grammes d’asparagine par litre. Pour retirer cette substance, il suffit d’évaporer le jus. L’asparagine se dépose, par refroidissement, en cristaux bruns qu'on lave avec de l’eau et qu’on fait cristalliser de nouveau. Cette deuxième cristallisation donne de lasparagine presque tout à fait blanche et pure (1.

M. Piria rapporte, dans son Mémoire (?), que la vesce qui a poussé en plein air, à la lumiere directe, fournit, par le mode de préparation précédent, tout autant d’asparagine que la vesce étiolée. Il ajoute seulement que lasparagine disparaît au commencement de la floraison et pendant la fructification. Aussi je suis très étonné d’avoir obtenu le résultat suivant, qui est tout à fait contraire à celui que je viens de rapporter. Guidé par les expériences de M. Piria, et n’ayant pour but que de préparer, pour mes recherches, une grande quantité d’aspa-

tartrique et malique des relations importantes et il prouve en outre que le pouvoir rotatoire d'une combinaison persiste tant qu'on n’a pas fait subir à celle-ci des modifications capables d’altérer profondément son type moléculaire. Le pouvoir rotatoire de l'asparagine se retrouvera dans l'acide aspartique et dans l'acide malique. Mais il cesse de se montrer dans les acides pyrogénés des acides tartrique et malique. Rien n'établit mieux le caractère moléculaire de l'action optique que cette persistance du phénomène rotatoire dans des produits très différents quant à leur composition chimique, mais entre lesquels existent des analogies de constitution qui permettent de les envisager comme des dérivés d'un même type. L'asparagine, l'acide aspartique et l'acide malique sont dans ce cas ». (Note de l'Edition.)

1. L'évaporation du jus se fait à feu nu et à l'ébullition sans inconvénient. La première cristallisation affecte quelquefois la forme de feuilles de fougère, surtout quand on opère sur de petites quantités.

2. Prrra. Note sur l'asparagine. Comptes rendus de l'Académie des sciences, XIX, 1844, p. 575-577. (Note de l'Édition.)

ragine, j'ai semé de la vesce dans le jardin de l’Académie de Strasbourg, et, plusieurs jours avant sa floraison, je l'ai traitée comme je l'ai dit plus haut. J’ai obtenu 200 litres de jus brut, d’où j'aurais dû retirer plus de 1 kilogramme d’asparagine pure, et cependant je n’en ai pas obtenu du tout. C’est alors que j'ai transporté la terre du même jardin dans la cave, et que j'ai fait l'opération qui a été rapportée tout à l’heure sur de la vesce étiolée. Ce sujet mérite donc de nouvelles études.

6. Forme cristalline. — En étudiant attentivement la forme cristalline de l’asparagine, j'ai reconnu d’une manière indubitable que tous les autres cristaux de cette substance étaient hémiédriques.

La forme cristalline de l’asparagine est un prisme droit à base

Fi. 1.

rhombe PML (fig. 1)[f. Les angles aigus sont modifiés par les facettes «

et les arêtes par les facettes (fig. 2). Voici les angles des faces :

P — 90,00 PDA 657 a 4120746:

D’après la loi de symétrie que j'ai rappelée précédemment, les huit arêtes des bases devraient être modifiées en même temps et de la même manière que les facettes 2. Or, si l’on place le cristal devant soi, la face P horizontale, et le plan passant par les grandes diagonales des bases parallèle au corps de l’observateur, jamais on ne verra les quatre arêtes B porter les facettes 4. Deux arêtes opposées seulement à chaque base sont modifiées,let, si on prolongeait les quatre facettes hémiédriques, elles conduiraient à un tétraèdre irrégulier. Le cristal étant orienté comme on vient de le dire, si l’observateur ne fait attention qu’à la base supérieure, ce sera toujours à sa gauche qu’il aura la facette hémiédrique la plus voisine de lui.

Nous avons ici affaire à un cas d’hémiédrie non superposable, car

1. « Le dessin donné pour l'asparagine ne représente pas sa forme la plus habituelle, la faire recristalliser. » (Note de Pasteur pour le volume qu'il projetait en 1878 sur la Dissymétrie moléculaire.)

on peut imaginer un cristal identique à celui que représente la figure dans toutes ses parties respectives, mais qui ne lui soit pas superposable. Il suffit, pour obtenir un tel cristal, d'imaginer que les quatre arêtes B portent les facettes k. Ces facettes prolongées donneront un tétraèdre symétrique du tétraèdre dont nous avons parlé tout à l'heure. Il ne serait pas impossible qu’on découvrit un jour une substance qui aurait cette forme cristalline symétrique de la forme de l’asparagine actuellement connue (1); il y aurait, entre ces deux espèces d’asparagine, la même relation qu'entre les deux acides droit et gauche.

7. Pouvoir rotatoire (?). — Lorsque je fus assuré de l’existence de l’hémiédrie dans tous les cristaux d’asparagine, je pensai que cette substance pouvait jouir de la propriété rotatoire moléculaire, et cette prévision s’est, en effet, réalisée.

L’asparagine, en dissolution dans l’eau ou dans les alcalis, dévie à gauche le plan de polarisation. Elle le dévie, au contraire, à droite, quand elle est en dissolution dans les acides.

L’asparagine est très [peu soluble dans l’eau froide. Cette circonstance, jointe à la faiblesse du pouvoir rotatoire, fait qu’une dissolution aqueuse d’asparagine saturée à 8 ou 10° ne donne pas, dans le tube de 50 centimètres, une déviation sensible à l’œil, même en faisant usage de la double plaque de M. Soleil. La dissolution saturée à 25° donne déjà une déviation appréciable, qui devient manifeste si l’on observe une solution chaude concentrée.

8. Dès les premières recherches sur l’asparagine, on reconnut qu’elle se transformait, en présence des alcalis, en une nouvelle substance, acide, que l’on a désignée sous le nom d’acide aspartique. La formule de l’asparagine cristallisée est

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