‹ Œuvres de Pasteur (volume 4)Chapitre 4 sur 102 · DU · texte numérisé non relu

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fois même il se dépose en petits mamelons. En général, la cristallisation est confuse lorsque l’on a ajouté trop peu d’eau; il faut employer un volume d’eau trois ou quatre fois égal ou supérieur au volume du liquide sirupeux.

Je serai plus clair en indiquant par des figures les formes cristallines. Lorsque la cristallisation n’est pas nette, les petits cristaux qui prennent naissance ont les formes À ou B. Ces lames minces, mal terminées aux extrémités, se groupent d'ordinaire en étoiles ou restent isolées. Lorsque l'acide se dépose en mamelons, ces mamelons commencent d’abord par avoir la forme A ou B, et peu à peu d’autres lamelles pareilles viennent se placer sur la première, en rayonnant à partir d’un centre et dans des plans différents, comme l'indique la figure C. Au bout d’un certain temps, les extrémités mêmes des petites lames groupées disparaissent, et il n'y a plus qu'un petit mamelon globuliforme; mais vient-on à briser ces petits globules durs, on les trouve avoir une structure cristalline très prononcée, et rayonnée à partir du centre, à peu près comme un échantillon brisé de sperkise rayonnée.

Dans le cas où l'acide arsénieux est nettement cristallisé, les crisaux ont les formes A! et B', et ces lames minces sont d'ordinaire groupées en étoile, et, cette fois, les diverses lames restent distinctes dans le groupe, ainsi que leurs extrémités; en un mot, ces étoiles

ne passent pas à l’état mamelonné. Il est de toute évidence que les formes A et A! sont les mêmes, les formes B et B' également; et, d'autre part, que la forme B' n’est qu’une modification de la forme A, par une troncature de deux arêtes opposées.

. Enfin, très souvent, les cristaux de forme B! ne sont pas complets et l’on voit des lames minces affecter les diverses formes D, E... Il est bien clair que ces formes ne sont autre chose que la forme B' un peu altérée par le développement prédominant de certaines parties du cristal, comme lindiquent les figures D’, E!, où l’on a rétabli les parties qui avaient disparu dans les formes D et E par des lignes ponctuées.

Voici enfin une dernière forme extrêmement nette au microscope,

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et qui s'obtient avec les mêmes liqueurs qui donnent les tables précédentes.

C’est un prisme droit rhomboïdal, portant un biseau à chaque base et une modification sur deux arêtes longitudinales opposées, figure F. Ces prismes droits rentrent dans la forme A! ou B'. Imaginez que les tables A! soient des prismes rhomboïdaux droits, de très petite épaisseur, et vous retombez dans le système du prisme rhomboïdal droit auquel appartient la forme F. Pour prouver qu'il en est réellement ainsi, il faudrait des mesures d’angles, et il est impossible d’en prendre sur des cristaux qui ne sont bien visibles qu'au microscope. Mais voici une preuve irrécusable. Les minéralogistes connaissent l'acide antimonieux comme espèce minérale : c’est l’exitèle de M. Beudant. Or l’exitèle est complètement isomorphe avec la variété d’acide arsénieux que je viens de décrire.

Tous les groupements que les minéralogistes assignent aux eristaux d’exitèle, je les ai retrouvés là, et, bien plus, l'aspect même des cristaux est tout à fait le même. Un des caractères saillants de l'acide antimonieux naturel, c'est de s'offrir avec un éclat soyeux, nacré, adamantin : c'est précisément l'aspect de l'acide arsénieux prismatique. Du reste, la forme cristalline de l’exitèle est un prisme droit rhomboïdal de 137, clivable parallèlement à la base et aux deux diagonales des bases ; quelquefois même les cristaux prismatiques de cette espèce minérale sont comme formés de lamelles rhomboïdales super-

DISSYMÉTRIE MOLÉCULAIRE. à

posées les unes sur les autres, ce qui montre la facilité du clivage parallèle aux bases. Or imaginez ces lamelles détachées et éparses, et vous aurez précisément les tables A'; empilez ces lamelles et reformez le prisme rhomboïdal droit, vous aurez la forme F, seulement modifiée par un biseau à chaque base et par un plan tangent sur deux arêtes longitudinales opposées (1).

Voyant cette nouvelle variété d'acide arsénieux, que l’on obtient facilement en suivant le moyen que j'ai indiqué, posséder, avec l’acide antimonieux naturel, un isomorphisme si frappant, s'étendant jusqu’à une identité remarquable d'aspect et de groupement des cristaux, je me suis demandé s'il ne serait pas possible d'obtenir un acide antimonieux cristallisé en octaèdres réguliers, et isomorphe, par conséquent, avec l’autre forme octaédrique d'acide arsénieux. Je ne tardai pas à mettre la main sur ce que je cherchais. Je préparai de l’acide antimonieux, et, à cet effet, je laissai digérer pendant quelques jours de la poudre d’algaroth récemment précipitée et lavée avec du carbonate de soude en excès. J'obtins de cette manière de l'acide antimonieux jaunâtre, en poudre grenue et cristalline. Cette poudre, au microscope, était formée d’une multitude de petits cristaux octaédriques, qu'il eût été tout à fait impossible de distinguer de l'acide arsénieux octaédrique. Souvent les cristaux avaient la forme d'un cubo-octaèdre; mais, comme cela a lieu pour l'acide arsénieux, la forme dominante était alors l’octaèdre régulier. Il y a plus; ces cristaux étaient mêlés à d’autres prismatiques, ayant exactement la forme que j'ai signalée en dernier lieu pour l'acide arsénieux, avec les mêmes biseaux à chaque base, avec la même modification tangente longitudinale.

L'acide arsénieux et l'acide antimonieux sont donc à la fois dimorphes et isomorphes, ou isodimorphes, comme disent les minéralogistes.

Je ne doute pas que les antimonites n'offrent des faits analogues

aux arsénites.

1. M. Woœbhler rapporte que l'acide arsénieux qui se sublime et cristallise, lors du grillage des minerais de cobalt, contient quelquefois des cristaux dont la forme ne peut être ramenée à l’octaèdre. Les cristaux dont il s’agit forment des tables hexagonales, minces, nacrées et clivables suivant la direction des grandes faces dominantes. On ne peut douter que ce ne soit l’une des formes que je signale ici, et le clivage remarqué par M. Wæbhler est une preuve de plus en faveur de l’isomorphisme des acides arsénieux et antimonieux.

Cet acide arsénieux redonne des octaëdres par sublimation.

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