‹ Œuvres de Pasteur (volume 5)Chapitre 26 sur 99 · C'H-^HO · texte numérisé non relu

C'H-^HO

de l'acide tartrique exige :

Carbone 32,0

Hydrogène 4,0

Oxygène 64,0

DISSYMET.RIE MOLECULAIRE 99

Solubilités comparées des acides lévoracémique et tartrique. — On a rempli deux tubes de cristaux d'acide lévoracémique et d'acide dextroracémique ; on a ajouté de l'eau de manière à baigner les cristaux, et l'on a abandonné les tubes pendant une nuit. Le lendemain au malin on a pesé 1 gr. 226 de la solution dextroracémique et 0 gr. 996 de la solution lévoracémique. On a ensuite évaporé dans l'étuve à 100", jusqu'à ce qu'il n'y eût plus aucun changement de poids. La solution dextroracémique a perdu 0,699, et la solution lévoracémique 0,567. Ces nombres indiquent que la première solution renferme 57,01 pour 100 d'acide, et la seconde 56,92. On a oublié de noter tout de suite la température des solutions saturées au moment de la pesée : cette température était de 19 ou 20°. Cette expérience montre que la solubilité des deux acides est la même.

Pouvoir rotatoire de l'acide lévoracémique. — La rotation des plans de polarisation de la lumière exercée par l'acide lévoracémique est exactement la même que celle exercée par l'acide dextroracémique ou tartrique en valeur absolue. La dispersion toute spéciale des plans de polarisation due à l'acide tartrique, signalée pour la première fois par M. Biot, et que jusqu'ici on n'a rencontrée dans aucune autre substance, se retrouve sans changement dans l'acide lévoracémique. L'influence de la température, l'influence de la proportion d'eau sont aussi les mêmes. En un mot, quelles que soient les conditions de température et de concentration d'une solution tartrique, si l'on en forme une toute semblable d'acide lévoracémique, elle donnera exactement la même déviation pour les divers rayons simples que la solution tartrique, en valeur absolue. La déviation sera droite avec la solution tartrique, elle sera gauche avec la solution lévoracémique. Les expériences suivantes ne laisseront pas de doute à cet égard. Cela résulte aussi et encore plus rigoureusement de la neutralité de l'acide racémique. Néanmoins, j'ai jugé utile de prouver cette identité d'action par des expériences directes.

Une solution non dosée d'acide lévoracémique a été observée dans un tube de 50 centimètres, à la température de 20°. Son poids spécifique apparent était 1,21699; son poids spécifique réel 1,2147.

La déviation pour le rayon rouge, obtenue par une moyenne de plusieurs observations, était % 18°,90. La déviation correspondante a la teinte de passage était \ 2i",28. Si l'on calcule, d'après la table donnée par M. Biot pour les solutions d'acide tartrique, la proportion d'acide renfermée dans la solution en partant du poids spécifique

apparent, on trouve que la proportion d'acide en centièmes est égale à 0,42. La formule

[a]r = A + Be donne alors

En calculant d'autre part [a]r par la formule générale

on a

Ainsi que je l'ai rappelé plus haut, pour toutes les substances qui dispersent les plans de polarisation, comme le quartz, le rapport de la déviation pour le rayon rouge à la déviation de la teinte de passage est jjjj- Ce rapport se rapproche beaucoup plus île l'unité quand on opère avec l'acide tartrique. Il varie du reste pour

(') La différence du pouvoir rotatoire 7°, 41, déduit des données de l'expérience, avec le pouvoir rotatoire 8°,02 calculé par la formule

L«]r = A + Be,

étant supérieure à toutes celles des autres expériences, m'avait fait douter de l'exactitude de cette observation. L'erreur correspond à 2 ou 3" sur la déviation mesurée directement, ce qui dépasse de beaucoup les limites des erreurs possibles. Il est très probable que le zéro n'a pas été vérifié avant l'observation, et qu'il a été déplacé par une variation dans l'atmosphère ou par toute autre cause accidentelle.

J'ai remis à M. Biot cette même dissolution. Il l'a observée conjointement avec une solution tartrique de même poids spécifique, et il a trouvé, à la température de 20°, 5, dans un tube de 520 millimètres pour la solution lévoracémique :

[a]r = 8°,078 lorsqu'on le calcule par la formule

L«1P = A-rB(

déduite par M. Biot de ses expériences sur les solutions tartriques. En employant la formule générale

on trouve

Quant au rapport —, il est .'. ■

La solution tartrique de même poids spécifique adonné

«r = + 3 '",1">, " ■ — + 24»,ii.

[»]r = 8°,33 calculé par la formule

Or 27,12

Quant au rapport — , on trouve -gg- .

chaque solution de cet acide. Si l'on cherche par quel nombre exprimé en 55 il faut multiplier 21,28 pour avoir 18,90, on trouvera ~

L'expérience suivante sera plus concluante parce qu'elle pourra être comparée à une expérience de M. lîiot faite dans des conditions peu différentes.

35 st. 7 d'acide lévoracémique ont été dissous dans G4 gr. 3 d'eau; on a observé la solution dans un tube de 50 centimètres à la température de 17°. Le poids spécifique apparent de la solution était 1,1806; le poids spécifique réel, 1,182.

Cette solution est très voisine par son dosage de la solution n" 1, observée par M. Biot, page 144 de son Mémoire de 1836 cité plus haut. La solution de M. Biot était composée comme il suit :

Acide 34,27

Eau 65,73

Poids spécifique apparent 1,1725

Poids spécifique réel 1,16919.

La longueur du tube d'observation était 518 millimètres, et la température 26°.

M. Biot a trouvé, pour les teintes des images, les résultats consignés dans le tableau suivant :

Blanc sensiblement.

Vert bleuâtre pâle.

Id.

Vert bleuâtre de bonne teinte.

Id.

Vert bleuâtre encore sensible, mais faible eu intensité.

très

Td.

Nul ou presque nul.

Id.

Rouge violacé pourpre, sensible.

td

Rouge orangé.

Id.

Jaune rougeàtre.

Blanc à peine verdàtre.

Blanc à peine rougeàtre.

Blanc verdàtre ou vert bleuâtre pâle.

Blanc sensiblement.

La solution d'acide lévoracémique m'a offert des teintes que je n'ai pu distinguer des teintes de ce tableau pour les mêmes azimuts. Seulement la déviation de la teinte de passage a été 20°, 5 ^ au lieu de 22°,5/' , et la déviation du rayon rouge 17° ,8 \ au lieu de 20°,1 f trouvée par M. Biot.

Si l'on calcule la valeur de [a],, avec la formule des solutions

tartriques r . . , „

1 [a , = A -|- Me

pour la température de 17°, on trouve

pour le pouvoir rotatoire de notre solution lévoracéniique.

En calculant, d'autre part, le pouvoir rotatoire au moyen do la formule générale

et des données de notre expérience

on trouve

L'accord de ces résultats ne peut être plus satisfaisant. Voici une autre vérification.

Le pouvoir rotatoire de la solution de M. Biot est égal à 9°, 55 à la température de 26°. Or, si l'on calcule d'après la formule

[a]r = A+Be

quel serait le pouvoir rotatoire de la solution lévoracéniique à 26°, on trouve

[air = 9°, 47.

Enfin, si l'on prend le rapport exprimé en trentièmes de la déviation rouge a la déviation de la teinte de passage, on trouve pour la solution lévoracéniique -Jr- M. Biot trouve -^ pour la solution tar trique.

Toutes ces vérifications s'accordent pour montrer qu'entre le pouvoir rotatoire de l'acide tartrique et celui de l'acide lévoracéniique, il n'y a d'autre différence que le sens de la rotation, tout comme il n'y avait de différence entre la forme cristalline de ces deux acides que dans la position des facettes hémiédriques. Mais à côté de ces différences physiques, de la forme cristalline et du sens de la polarisation rotatoire, nous voyons une parfaite identité de toutes les propriétés des deux acides.

Afin de mieux faire sentir la correspondance si remarquable qui existe entre les propriétés des acides tartrique et lévoracéniique, je vais rapporter tout de suite une expérience fort curieuse à divers titres, qui m'a été offerte par la solution de tartrate ou dextroracémate de chaux dans l'acide chlorhydrique comparée à la solution de lévoracémate de chaux clans le même acide. J'ai constaté plusieurs fois que le lévoracémate de chaux dissous dans l'acide chlorhydrique donnait

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une solution douée d'un pouvoir rotatoire 1res sensible vers la droite. J'ai constaté, d'autre part, que la solution de dextforacémate ou de tartrate de chaux dans cet acide déviait à gauche. Cette curieuse expérience montre toute la persistance de cette inversion du pouvoir rotatoire des deux acides correspondant a la différence de caractère hémiédrique des formes cristallines. Voici le détail d'une expérience faite avec le lévoracémate de chaux.

Vingt grammes de ce sel cristallisé ont été dissous dans 63 centimètres cubes d'acide chlorhydrique. 100 centimètres cubes de cet acide à 21° renfermaient 11 gr. 25 d'acide chlorhydrique C1H. Le poids spécifique de l'acide à 21°, 5 était égal à 1,08157. On a trouvé pour la déviation de la teinte de passage 6°, 7 f dans un tube dont la longueur était 39 cent. 8. Le poids spécifique de la solution était égal à 1,18595.

J'ai vérifié avec beaucoup de soin que cette solution de lévoracémate de chaux dans l'acide chlorhydrique ne renfermait pas trace d'acide tartrique, ni d'acide racémique. C'est donc par une action spéciale de l'acide chlorhydrique sur le lévoracémate de chaux que la déviation a passé à droite, sans production d'acide dextro racémique.

Acide racémique.

Il résulte des faits précédemment exposés que l'on peut dédoubler l'acide racémique en deux acides distincts, dont l'un est l'acide tartrique, et qui offrent cet isomorphisme symétrique très remarquable que nous venons de signaler. La preuve que telle est bien la constitution de cet acide sera complète, si nous montrons qu'une fois isolés, ces deux acides peuvent redonner l'acide racémique d'où on les a extraits. Cette preuve synthétique est des plus faciles. Il suffit de mêler des solutions concentrées d'acide dextroracémique ou d'acide tartrique et d'acide lévoracémique pour qu'à l'instant il se forme, avec un dégagement de chaleur très sensible à la main, des cristaux abondants d'acide racémique. Tout se prend en masse solide et cristalline, et l'acide ainsi formé a toutes les propriétés physiques et chimiques de l'acide racémique. En faisant redissoudre et cristalliser, on obtient de beaux cristaux d'acide racémique, tout à fait identiques, par leur forme cristalline et leur composition chimique, avec l'acide racémique de Thann.

0 gr. 5 de cet acide ont donné 0,519 d'acide carbonique et 0,215 d'eau.

D'où

Carbone 28,32

Hydrogène 4,96.

La formule

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