‹ Œuvres de Pasteur (volume 5)Chapitre 77 sur 99 · RELATIVES A LA CRISTALLISATION DES DISSOLUTIONS SURSATURÉES · texte numérisé non relu

RELATIVES A LA CRISTALLISATION DES DISSOLUTIONS SURSATURÉES

Le 29 novembre 1863, j'ai reçu de M. Yiollette, professeur à la Faculté des sciences de Lille, une lettre dont j'extrais textuellement les lignes suivantes :

« Je trouve dans le Cosmos du 27 novembre une Note de votre obstiné contradicteur (2 , dans laquelle il demande aux chimistes : Y a-t-il des germes de sulfate île soude du us I air?

o Je suis aujourd'hui en mesure de répondre à cette question. J'attendais pour publier mon travail qu'il lût complet : mais je vois que j'aurais trop à laire pour présenter l'histoire complète des solutions sursaturées. Mon intention serait île publier seulement ce qui est relatif au sulfate de soude ; plus tard, je m'occuperai des autres sels, qui présentent avec ce dernier certaines différences fort importantes. Ainsi, pour n'en citer qu'une, la cause de la cristallisation du sulfate de soude esl détruite à 30°; mais, tandis que cette cause subsiste encore à 110" pour le sulfate de magnésie, elle ne disparait pour ce sel qu'un peu au delà. Je ne puis pas vous donner le nombre exact, mais il est inscrit sur mon registre de laboratoire. 11 y aurait donc des germes différents (puisque germes il y a) pour le sulfate de soude, le sulfate de magnésie, etc. Tout ce que je sais, c'est que les germes de sulfate de soude sont détruits à 30", qu'ils sont solubles dans l'eau, insolubles dans l'es prit-de-vin, et qu'en tout cas ils sont disséminés par place, çà et là, dans l'air. Ils paraissent même plus rares que les germes organiques.

« Il me faut encore un mois pour terminer mon travail sur le sulfate de soude. Pensez-vous que je doive le publier ou faut-il attendre? »

J'ai répondu sans retard à M. Yiollette qu'il ferait bien, avant l'achèvement de son travail, de prendre date pour les résultats très nouveaux qu'il m'annonçait, soit par un paquet cacheté adressé à l'Académie, soit par une lecture à la Société impériale des sciences de Lille, société qui avait déjà reçu communication de bon nombre des

1. Annales scientifiques de l'École Normale supérieure. III, 1866. p. 163-165.

2. Lettre adressée par Pouchet au Cosmos, XXIII. Ti novembre 1863, p. 605-608. [Note de l'Édition.)

résultats obtenus antérieurement par M. Viollette dans cette même étude de la cristallisation des dissolutions sursaturées, notamment en août 1860.

Bien que M. Viollette eût négligé de suivre mon conseil et qu'il eût ainsi perdu ses droits à la priorité, il est sensible qu'à cette date déjà reculée de novembre 1863 ses idées étaient à peu pies lixées sur la cause à laquelle il fallait probablement attribuer la cristallisation subite des solutions sursaturées de divers sels.

Lorsque M. Gernez me fit part, au mois de mars 1865, de la conclusion très précise à laquelle il était arrivé sans rien connaître des travaux de M. Viollette, je crus devoir écrire à ce dernier qu'une personne, dont je ne lui donnais pas le nom, m'avait prié d'être son interprète auprès de l'Académie pour la publication de résultats intéressants sur les dissolutions sursaturées, et, sans rien confier à M. Mollette de la nature de ces résultats, je l'engageai a m'adresser une Note sur le même sujet, que je communiquerais également à l'Académie. En agissant ainsi, j'ai imité ce qui se passe à l'Académie toutes les fois qu'un membre s'empresse de donner connaissance de faits qui lui ont été annoncés confidentiellement, s'il arrive qu'une personne tierce vienne à publier occasionnellement ces mêmes faits.

M. Viollette me répondit en m'annonçant l'envoi très prochain d'un Mémoire étendu. J'extrais de la lettre de M. Viollette, qui porte la date du 3 avril 1865, le passage suivant :

« 11 faut que j'aie été d'une négligence bien sotte, de n'avoir pas consigné les résultats auxquels je suis arrivé dans un paquet cacheté adresse à l'Académie... Je n'ai pas changé dans mes convictions. Mon travail peut se résumer ainsi :

o 1" La cause de la cristallisation du sulfate de soucie, etc., est une poussière solide en suspension dans l'air.

« 2° Cette cause est insoluble dans l'alcool de vin, l'alcool amvliqur, les essences, etc. Elle est soluble dans l'eau.

« 3° Cette cause cesse d'agir pour le sulfate de soude entre 34" et 35°, 5 dans le vide sec.

« Cette cause est différente pour le sulfate de magnésie, qui dans ce cas ne cesse d'agir qu'à 108° (dans le vide sec).

« En présence de pareils résultats et connaissant la facilité avec laquelle le sulfate de soude à 10 IIO s'efflcurit. je me demande si la cause qui fait cesser la sursaturation ne serait pas tout simplement du sulfate de soude déposé sur les poussières de l'air, ou du sulfate de magnésie. Qu'en pensezvous ? Il y a dans l'air de la soude, dans le sel marin de l'acide sulfureux ou sullurique provenant de la combustion. Pourquoi n'y aurait-il pas du sulfate de soude, du sulfate de magnésie, etc.? Je soumets cette hypothèse à votre appréciation. »

Le 2'* avril 1865, je présentai à l'Académie les Notes de MM. Cernez et Yiolletle, qui ont été insérées au Compte rendu de la séance de ce jour. Je déposai en outre sur le bureau un Mémoire manuscrit de de M. Mollette. C'est ce même Mémoire que les Annales scientifiques de l'École Normale publient à la suite de celui de M. Cernez. Ces différents travaux, ainsi que les explications qui précèdent, permettent de constater que MM. Viollette et Cernez sont arrivés, chacun de son côté, a la conclusion qu'il faut attribuer la cristallisation subite des solutions sursaturées de sulfate de soude à la présence dans l'air de particules de ce sel, résultai remarquable qui tire une grande force de vérité de la circonstance même que je signale, à savoir, qu'il a été déduit de deux séries d'expériences tout à fait indépendantes. J'ai pense qu'à ce litre, autant que par la juste convenance qu'il y avait de rendre à chacun le mérite propre qui lui appartient, je devais au lecteur les détails dans lesquels je viens d'entrer.

Page 1