ACTE II, SCÈNE II
EXETER
Ils seront appréhendés tout à l'heure.
Westmoreland.
Quelle douceur et quelle assurance ! Ils n'en auraient pas davantage si l'allégeance était dans leur cœur, couronnée de fidélité et de loyauté constante.
Bedford.
Le roi a été mis au courant de leurs intentions, grâce à l'interception de certains papiers, interception qu'ils ne comprennent pas.
ExETER.
Un homme qui a été son camarade de lit*, qu'il a rassasié de faveurs princières, trahir, vendre son souverain pour de l'argent étranger! {Sonneries de trompettes).
{Entrent le roi HENRY, SCROOP, CAMBRIDGE, GREY, lords et gens de la suite).
Le Roi Henry.
Qu'un vent favorable s'élève et nous embarquons. Milord de Cambridge, et vous milord de Masham, et vous, mon gentil chevalier, communiquez-moi vos pensées. Ne croyezvous pas que nos forces puissent se frayer un passage à travers les troupes françaises, exécutant ainsi les intentions pour lesquelles nous les avons mises en ligne ?
ScROOP.
N'en doutez pas, mon souverain, si chacun fait son devoir.
Le Roi Henry.
Ce dont je ne veux pas douter, persuadé que nous n'emportons pas un cœur en désaccord avec nous, que nous n'en laissons pas un qui ne fasse des vœux pour les succès et les conquêtes auxquels on s'attend de notre part. Cambridge.
Jamais monarque fut plus redouté et plus aimé que Votre Majesté; il n'y a pas, je pense, un sujet dont le cœur soitchagrin et mécontent, sous l'ombre douce de votre gouvernement. Grey.
Même les anciens ennemis de votre père ont mis du miel
1. That was his bedfollow. « Ledit lord Scroojp était en telle faveur auprès du roi, que celui-ci l'admettait quelquefois comme camarade de lit ». {Holinshed). L'appellation de camarade de lit était commune dans la noblesse. 11 existe une lettre du sixième comte de Northumberland adressée « A son cher cousin Thomas Arundel » qui commence ainsi : « Cher camarade de lit, après ma chaude recommandation ^, etc. Cette coutume bizarre s'est continuée jusqu'à la moitié du dix-huitième siècle. Grom-well apprenait maintes nouvelles, durant les guerres civiles, de gens avec lesquels il dormait.
Henry lord Scroop était le troisième mari de Jeanne, duchesse d'York, belle-mère de Richard, duc de Cambridge.
dans leur rancune et vous servent avec des cœurs remplis de dévouement et de zèle.
Le Roi Henry.
Nous avons donc maintes raisons de reconnaissance et notre main oubliera son office, avant que nous oubliions de récompenser le dévouement et le mérite en proportion de leurs poids et de leur valeur.
SCROOP
Ainsi le zèle travaillera avec des muscles d'acier et le labeur trouvera un soulagement dans l'espérance de rendre à Votre Grâce d'incessants services.
Le Roi Henry.
Nous l'espérons. Oncle d'Exeter, mettez en liberté l'homme arrêté hier pour nous avoir outragé. Notre avis est qu'il n'en faut accuser qu'un excès de boisson ; mountenant qu'il est plus calme, nous lui pardonnons.
SCROOP
C'est de la clémence, mais une clémence imprudente. H doit être châtié, mon souverain, de peur que l'exemple d'une pareille tolérance encourage de semblables méfaits. Le Roi Henry.
Laissez-nous être miséricordieux.
Cambridge.
Votre Grandeur peut l'être tout en punissant. Grey.
Sire, votre clémence serait plus grande si vous lui accordiez la vie après lui avoir infligé une correction. Le Roi Henry.
C'est votre amour et votre dévouement à mon égard qui vous rendent si sévères pour ce pauvre diable. Si nous ne fermons pas les yeux sur les légères fautes résultant d'une sorte de perturbation dans l'esprit, combien grands faudra-t-il les ouvrir en présence de crimes capitaux, ruminés, absorbés et digérés? Nous voulons élargir cet homme, bien que Cambridge, Scroop et Grey, n'écoutant que leur souci de conserver notre personne, préféreraient qu'il fût puni. Arrivons maintenant aux affaires de France. Quels sont ceux qui ont été récemment choisis comme commissaires ?
Cambridge.
Je suis un de ceux-là, milord. Votre Grandeur m'a dit de réclamer aujourd'hui ma commission.
SCROOP
A moi aussi, mon suzerain.
Grey.
Et à moi, mon royal souverain.