‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 134 sur 414 · ACTE m, SGÉiXE VI i · texte numérisé non relu

ACTE m, SGÉiXE VI i

Le Roi Henry.

En effet, je te reconnais. Qu'as-tu à m'apprendra ?

MONTJOY.

Les intentions de mon maître.

Le Roi Henry.

Parle.

MoNTJOY.

Ainsi a parlé mon roi : Dis à Henry d'Angleterre que nous paraissions morts, mais étions seulement endormis. La réflexion est un meilleur soldat que la témérité. Dis-lui que nous aurions pu le repousser à Harfleur, mais que nous jugions mauvais de venger une injure avant qu'elle fût complètement mûre. Maintenant c'est à notre tour de parler et notre voix est souveraine. L'Angleterre se repentira de son imprudence, verra son infériorité et admirera notre patience. Dis-lui donc de songer à sa rançon, que nous proportionnons aux pertes que nous avons supportées, aux sujets que nous avons perdus, à la disgrâce qui nous a été infligée. Si la réparation devait égaler l'offense, il succomberait bientôt sous son poids. Pour payer nos pertes, son Echiquier serait trop pauvre ; pour compenser le sang versé, son royaume ne serait pas assez peuplé ; pour racheter notre disgrâce, sa propre personne, agenouillée à nos pieds, ne serait qu'une faible et indigne satisfaction. Dis-lui encore que nous le défions. Enfin, pour conclure, ajoute qu'il a trahi ceux qui le suivent en faisant prononcer leur condamnation. Ainsi parle le roi mon maître ; telle est ma mission.

Quel est ton nom ? Je sais la qualité. Montjoy.

Montjoy.

Le Roi Henry.

Tu remplis bien ton rôle. Retourne et dis à ton roi que je ne le cherche pas en ce moment, mais que je voudrais marcher sur Calais, sans empêchements. A parler franc — si peu prudent qu'il soit de l'avouer à un ennemi rusé et sachant profiter des moindres avantages — mes hommes sont affaiblis par la maladie, mes effectifs amoindris, le peu qui me reste ne vaut pas beaucoup mieux que tous vob Français. Quand ils étaient en bonne santé, je te le dis, héraut, je croyais, sur une paire de jambes anglaises, voir marcher trois Français... Que Dieu me pardonne cette vantardise I... C'est l'air de la France qui me souffle ce défaut ; je m'en repens. Va donc dire à ton maître que je suis ici. Ma rançon est ce frêle et misérable coffre; mon armée, une garde faible et malade, mais avec l'aide de Dieu, nous irons de l'avant quand le roi en personne, lui ou tout

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autre voisin, tenterait de s'opposer à notre passage. Voici pour ta peine, Montjoy. Nous colorerons votre terrain fauve du rouge de votre sang. Bref, pour résumer notre réponse, nous ne chercherons pas la bataille dans l'état où nous sommes, mais, dans ce même état, nous ne l'éviterons pas. Répète cela à ton maître.

Montjoy.

Je lui répéterai vos paroles. Je remercie Votre Grandeur.

[Montjoy sort).

Glocester.

J'espère qu'ils ne nous attaqueront pas à présent.

Le Roi Henry.

Nous sommes dans la main de Dieu, frère, et non dans les leurs. Marchez au pont; la nuit commence à tomber. Nous camperons au delà de la rivière et, demain, on se mettra en marche.

{Ils sortent).

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