ACTE III, SCÈNE VU Î
étaient de crini. Le cheval volant, Pégase, qui a les narines en feu! Quand je le monte, je plane, je suis un faucon Ml trotte dans l'air. La terre chante quand il la touche 1 La corne de son sabot est plus musicale que la flûte d Hermès. 11 est de la couleur de la muscade.
Le Dauphin.
Il a la chaleur du gingembre. C'est une bête pour Persée. Il est fait d'air pur et de feu. On ne retrouve en lui rien des vils éléments de la terre et de l'eau, excepté une tranquille patience quand son cavalier le monte. C'est un vrai cheval. Tous les autres vous pouvez les qualifier du nom de rosse. Le Connétable.
En vérité, monseigneur, c'est un excellent cheval dans toute l'acception du mot.
Le Dauphin.
C'est le prince des palefrois. Son hennissement est comme le commandement d'un monarque, et sa tenue oblige à l'hommage.
Le Duc d'Orléans.
N'en parlons plus, cousin.
Le Dauphin.
Celui-là est un sot qui ne peut pas, du lever de l'alouette au coucher de l'agneau, varier les éloges que mérite mon cheval. Le thème est aussi abondant que la merl De chaque grain de sable faites une langue; mon cheval sera un argument pour chacune d'elles. C'est un sujet digne d'être traité par un souverain et monté par le souverain des souverains. Un sujet tel que le monde (le monde connu et inconnu) pourrait négliger ses principales occupations pour s'extasier devant lui. Une fois j'ai écrit un sonnet à sa louange. Il commençait ainsi : Etonnement delà nature... Le bue d'Orléans.
J'ai entendu un sonnet qui débutait de la façon. Il s'adressait à une maîtresse.
Le Dauphin.
On aura imité celui que j'avais composé pour mon coursier. D'ailleurs, mon cheval est ma maîtresse. Le Duc d'Orléans.
Votre maîtresse vous porte bien.
Très bien, ce qui est une qualité indispensable chez une bon^e et scrupuleuse maîtresse.
4 Allusion au rebondissement des balles de tennis quiétaient rembourrées de crin. Nous trouverons cette phrase dans Beawcowiiî ^e Ir^U pour rien : ^ An the old ornament ofhis cftecft hath alrcwA>j stuff'd tennis-bcUls. »
Le Connétable.
i>/7 foxjl L'autre jour, il m'a semblé que votre maîtresse V0U5 secouait assez malicieusement. ""e raaiiresse
Le Dauphin.
La vôtre en a peut-être fait autant.
Le Connétable.
La mienne n'était pas bridée.
Le Daupdin.
Oh! alors elle était vieille et docile. Vous la montiez comme un cavalier d'Ir ande, c'est-à-dire après avoir retiré vSs chausses, et les jambes nues.
Le Connétable.
Vous vous connaissez en équitation.
Le Dauphin.
Alors laissez-moi vous donner un conseil : ceux qui Hiontent ainsi, sans prendre de précautions, risquent de tomber dans de mauvais bourbiers. J'aime mieux avoir mon ciieval pour maîtresse.
Le Connétable.
J aime autant avoir ma maîtresse pour haridelle. Le Dauphin.
quuô'nttèn'^a"" nf"'' '"' "" ""'"■''^^ ^'""' '"' '""'
Le Coi\néta8le.
Je pourrais en dire autant si j'avais une truie pour maîtresse.
Le Dauphin.
Le chien retourne à son propre vomissement, et la truie lavée au bom-bier. Tu utilises lout
Le Connétable.
Je ne me sers pas de mon cheval comme d'une maîtresse et je néglige les proverbes aussi inopportuns. '
Rambures.
Monseigneur le Connétable, l'armure que j'ai vue cette nuit dans votre tente est-elle ornée d'étoiles ou de soleils? ,.,, ., Le Connétable.
u étoiles, milord.
Le Dauphin.
Quelques-unes d'entre elles tomberont demain, j'espère.
Le Connétable.
Mon firmament n'en manquera pas pour cela.
Le Dauphin.
Parbleu I Vous en avez de trop! Il serait plus honorable d en perdre quelques-unes.
Le Connétable.
Comme il le serait de moins vanter votre cheval. Il trotterait aussi bien, si quelques-unes de vos vantardises étaient démontées.
• ACTE m, SCÈNE VII 173
Le Dauphin.
Je voudrais pouvoir le charger de tous ses mérites ! Js^ Gera-t-il jamais jour? Demain je trotterai pendant un mil.e et mon chemin sera pavé de faces anglaises. Le Connétable.
Je ne m'exprimerai pas ainsi, de peur d'un affront. Mais je voudrais qu'il fut matin. Il me tarde de tirer les oreilles
aux Anglais !
Rambures.
Qui veut hasarder un pari avec moi? Je parie pour vingt prisonniers anglais.
Le Connétable. 11 faudra vous hasarder, pour les avoir
Il est minuit. Je vaism'armer.
{Il sort).
Le Duc d'Orléans.
Le Dauphin attend impatiemment le matin.
Rambures.
Il lui tarde de manger de l'Anglais.
Le Connétable.
Il mangera tous ceux qu'il tuera.
Le Duc d'Orléans.
Par la main blanche de ma dame, c'est un aimable prince.
Le Connétable.
Jurez par ses pieds, afin qu'elle puisse piétiner votre serment.
Le Duc d'Orléans.
C'est simplement le gentilhomme le plus actif de France.
Le Connétable.
Faire, c'est être actif, et il fait toujours quelque chose.
Le Duc d'Orléans.
Je n'ai jamais entendu dire qu'il eût fait du mal.
Le Connétable.
Et il n'en fera pas demain. Il gardera sa bonne réputation.
Le Duc d'Orléans.
Je le tiens pour un vaillant.
Le Connétable.
Quelqu'un qui le connaît mieux que vous l'a affirmé.
Le Duc d'Orléans.
Qui était ce quelqu'un ?
Le Connétable.
Lui-même ! Et il a ajouté qu'il se souciait peu qu'on le sût.
Il n'a pas besoin de s'en préoccuper. Ce n'est pas en lui une vertu cachée.
Le Connétable.
Par ma foi, monsieur, ce n"est pas autre chose, personne
ne rayant vue, sauf son valet. C'est une valeur chaperonnéequand elle y verra clair, elle prendra son essor». Le Duc d'Orléans.
La méchanceté est volontiers médisante.
Le Connétable.
A cette maxime j'opposerai celle-ci: qui aime, flatte.
Le Duc d'Orléans.
El j ajouterai cette autre : il faut s'acquitter envers le diable.
Le Connétable.
Bien dit. Votre ami est ici le diable. Je risposte à mon tour: La peste soit du diable 1
Le Duc d'Orléans.
Vous l'emportez dans ce jeu de proverbes, car le trait du fou est vite lancé.
Le Connétable.
Vous dépassez le but !
Le Duc d'Orléans.
Ce n est pas la première fois que l'on vous dépasse. [Entre un MESSAGER). ^
Le Messager.
Monseigneur le grand Connétable, l'Anglais campe à fumze cents pas de votre tente. ^
Le Connétable.
Vous avez mesuré le terrain ?
Le Messager.
C'est le seigneur Grandpré.
Le Connétable.
Le plus hardi et le plus expert des gentilshommes... Je voudrais qu il tit jour ^t Hélas ! Le pauvre Henry d'Angleterre n est pas si impatient que nous de voir l'aurore ! Le Duc d'Orléans.
Quel pauvre fou que ce roi pour s'aventurer avec ses grossiers compagnons sans savoir où il va ! . Le Connétable.
Si 1 Anglais avait quelque bon sens il s'en irait.
Le Duc d'Orléans.
C est le bons sens qui lui manque. Si leurs têtes avaient une armure intellectuelle, elles ne porteraient pas des casque SI lourds. f ^«-o
Rambures.
Cette île d'Angleterre nourrit de vaillantes créatures • leurs dogues sont d'un incomparable courage.