‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 143 sur 414 · ACTE IV, SCÈNE î · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE î

Si je vis pour voir çà, je lui retire ma confiance.

Williams.

Par la messe, vous lui demanderiez des comptes 1 Un pauvre sujet en colère contre un monarque, c'est la périlleuse décharge d'un vieux fusil ! Autant vouloir transformer le soleil en elaçon en l'éventant avec une plume de paon ! Vous lui retireriez votre confiance? C'est folie de parler ainsi ! Le Roi Henry.

La réprimande est un peu sévère. Je me fâcherais si le moment était plus opportun.

Williams.

Voulez-vous qu'il y ait querelle entre nous, si vous

survivez?

Le Roi Henry.

Entendu.

Williams.

A quoi te reconnaitrai-je ?

Le Roi Henry.

Donne-moi un gage, je le porterai à mon chapeau et, si tu oses le reconnaître, j'en ferai le sujet de ma querelle. Williams.

Voici mon gant. Donne-moi le tien.

Le Roi Henry.

Le voici.

Williams.

Moi aussi, je le porterai à mon chapeau. Si jamais, à partir de demain, tu viens à moi et me dis : c'est mon gant, par cette main, je te donnerai un soufflet. Le Roi Henry.

Si je vis encore pour voir ça, je t'en ferai raison.

Williams.

Tu oserais? Autant vaudrait te pendre !

Je l'oserai, fusses-tu dans la compagnie du roi.

Williams.

Tiens ta parole et porte-toi bien.

Dates.

Sovez amis, Anglais stupides, soyez amis. Vous estimeriez que nous avons assez de nos querelles avec les Français, si vous saviez compter.

Le Roi Henry.

En effet, les Français peuvent parier vingt couronnes* contre une qu'ils nous battront, car ils portent sur leurs

1. ... twenty French crowns. 11 y a ici an jeu de mots. Crown veut dire couronne, écu ou tête.

épaules vingt têtes contre nous une. Mais pour des Anglais il n'y a pas de trahison à rogner des écus français et demain le roi lui-même en rognera.

{Les soldats sortent).

Tout repose sur le roi* ! Les vies, les âmes, les dettes, les épouses, les enfants et les péchés ! Il nous faut tout porter ! 0 cruelle responsabilité, jumelle de la grandeur ! Dépendre du souffle du moindre fou incapable de rien sentir, saut sa propre souffrance ! Que d'infinies satisfactions sont défendues aux rois, qui réjouissent les autres hommes ! Et quels avantages ont les rois, dont soient privés les autres hommes, excepté l'apparat ? Et qu'es-tu, toi l'idole de cet apparat ? Quel sorte de dieu es-tu, toi qui souffres plus de maux humains que tes adorateurs? Où sont tes profits? Où tes revenus ? Apparat, montre-moi ce que tu vaux ! Quelle est l'âme de cette adoration ? Es-tu autre chose qu'une place, un titre, une forme, qui te valent le respect et la crainte des autres hommes? Et craint, tu es moins heureux que ceux qui te craignent! Que bois-tu, sinon le poison de la flatterie, au lieu de te désaltérer d'un sincère hommage? Sois malade, superbe Grandeur, et dis à ta Majesté de te soigner ! Crois-tu que ta fièvre ardente disparaîtra devant des éloges soufflés par l'adoration? Qu'elle cédera la place à la génuflexion et aux courbettes? Peux-tu, toi qui disposes du genou d'un mendiant, disposer de sa santé? Non, tu n'es qu'un rêve orgueilleux qui s'amuse subtilement du repos d'un roi. Je suis un roi, moi qui te démasque. Je sais que ni le baume, ni le sceptre, ni le globe, ni l'épée, ni la masse, ni la couronne impériale, ni la robe brodée d'or et de perles, ni le titre pompeux qui précède le roi, ni le trône où il s'asseoit, ni la marée d'honneurs qui bat les hauts rivages de ce monde, ni les cérémonies trois fois splendides, ni rien de ce qui repose sur un lit majestueux, ne sauraient nous donner le profond sommeil du misérable esclave! Le corps rempli du pain de la détresse, et l'esprit vide, il peut du moins goûter au repos, sans jamais connaître l'insomnie, fille de l'Enfer! C'est un valet qui, du lever au coucher du soleil, sue sous l'œil de Phœbus, mais qui la nuit dort dans un Elysée! Le lendemain, à l'aube, il se lève, aide Hypérion à atteler son char, et laisse ainsi s'écouler les ans, accomplissant une besogne profitable, jusqu'à ce qu'elle le conduise au tombeau. Et' c'est ainsi, apparat à part, qu'un misérable passant ses jours à travailler et ses nuits à dormir, a l'avantage sur un roi! L'esclave appartenant à une contrée paisible jouit de sa paix; mais sa grossière cervelle ne se rend pas

i. Ce passage a été ajouté après la première édition.

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