‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 146 sur 414 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

Le Connétable.

A cheval, vaillants princes! Vite à cheval! Il vous suffira de regarder cette bande de pauvres affamés pour qu'à votre vue, n'ayant plus d'àmes, ils ne soient plus que des enveloppes, des carcasses d'hommes. La besogne est indigne de nos mains ; leurs veines appauvries contiennent à peine assez de sang pour tacher les coutelas que nos braves Français tireront aujourd'hui pour les rengainer bientôt, faute de pouvoir s'amuser plus longtemps ! Soufflons-leur au visage; la vapeur de notre courage les renversera ! Il est évident, indiscutable que nos valets inutiles, ces paysans qui rôdent autour de nos carrés, suffiraient à purger le champ de bataille d'un ennemi aussi négligeable, tandis que nous nous tiendrions au bas de cette montagne, les bras croisés. Mais cela, l'honneur nous le défend. Que vous dire de plus ? Faisons un petit effort; tout sera vite terminé! Que les trompettes sonnent une fanfare de chasse comme boute-selle. Notre approche va jeter une telle épouvante dans la plaine, que l'Anglais tombera de peur et se rendra. {Entre GRANDPRE).

Grandpré.

Pourquoi restez-vous là si longtemps, messeigneurs de France? Ces chenapans insulaires désespérant de leurs os, font tache sur la plaine matinale. Leurs étendards en lambeaux flottent misérablement et notre souffle en passant les secoue avec mépris. Leur fameux Mars semble faire faillite dans leur armée de mendiants, et jette des yeux indifférents à travers son casque rouillé. Les cavaliers, torche à la main, paraissent des flambeaux immobiles, et leurs pauvres rosses baissent la tête, n'ayant plus que la peau sur les os, des yeux éteints par la chassie, tandis que de leurs bouches exsangues pend le mors souillé d'herbe mâchée. Leurs exécuteurs, les corbeaux malins volètent au-dessus d'eux, impatients de leur heure. Il n'y a pas de mots pour décrire l'existence sans vie d'une pareille armée.

Le Connétable.

Ils ont dit leurs prières et attendent la mort. Le Dauphin.

Voulez-vous que nous leur envoyions des aliments et des habits neufs, que nous donnions du fourrage à leurs chevaux affamés avant de les combattre?

Le Connétable.

J'attends ma bannière. En avant, je prendrai le guidon d'un trompette et, dans ma hâte, cela sera suffisant. En avant! Le soleil est haut et nous dépensons le jour inutilement.

{Ils sortent).

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