‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 148 sur 414 · ACTE IV, SCÈNE III d · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III d

ne souhaite pas un homme de plus. Par Jupiter*, je ne tiens pas à l'or, je ne me soucie pas de savoir qui vit à mes dépens, il m'est indifférent que l'on mette mes vêtements, tous les biens extérieurs m'importent absolument peu; mais si c'est un péché de convoiter l'honneur, je suis le plus grand pécheur qui vive. Non, mon cousin, ne souhaite pas un Anglais de plus. Par la paix de Dieu ! Je ne voudrais pas perdre d'un si grand honneur, ce qu'il en faudrait partager avec un homme de plus, j'en jure pour toutes les espérances que j'entretiens! Ne me souhaite pas un homme de plus! Fais plutôt proclamer, Weslmoreland, que celui qui ne se sent pas du cœur à combattre, peut s'en aller ; on lui signera un passe-port et pour qu'il paie son voyage, on remplira sa bourse de couronnes. Nous ne voulons pas mourir en compagnie d'un homme qui craindrait de mourir à nos côtés. Ce jour est celui de la saint Grépin. Celui qui survivra à ce jour et rentrera sauf chez lui, sautera de joie quand on parlera de cette fête et s'enorgueillira du nom de Crépin. Celui qui survivra à ce jour et deviendra vieux, pourra, chaque année, la veille de cette fête, festoyer avec des amis et leur dire : c'est demain la saint Crépin. Alors il enlèvera son manteau, montrera ses blessures et ajoutera : je les ai reçues le jour de la saint Crépin. Les vieillards oublient, mais quand ils oublieraient tout, ils se rappelleront encore leurs exploits dans cette journée. Nos noms seront familiers à leurs bouches, comme des mots de ménage : le roi Henry, Bedford, Exeter, Warwick, Talbot, Salisbury, Glocester, seront fraîchement évoqués au choc des coupes débordantes. Cette histoire, le père l'apprendra à son fils, et Crépin est un mot qu'on ne prononcera jamais, à partir d'aujourd'hui jusqu'à la fin du monde, sans qu'il rajeunisse en même temps notre souvenir. Nous sommes en petit nombre, mais un petit nombre d'heureux, un petit nombre de frères, car celui qui, aujourd'hui, versera son sang avec moi, deviendra mon frère. Si vile que soit sa condition, ce jour l'anoblira. Les gentilshommes demeurés en Angleterre, qui dorment à cette heure, s'estimeront maudits de n'avoir pas été où nous sommes et feront bon marché de leur noblesse en entendant le récit de ceux qui auront combattu avec nous le jour de la saint Crépin!

{Entre SALISBURY).

1. Malone fait justement observer qu'il est impossible que le Roi jure comme un païen. 11 devait y avoir By Heaven.', mais le roi Jacques ayant défendu (ju'on invoquât le ciel sur la scène, l'éditeur aura jugé bon de remplacer By Heaven par By Jovel Nous avons néaninoins traduit conformément au texte.

Mon souverain lord, accourez en hâte. Les Français ont un ordre de bataille vraiment splendide et vont nous charger sans plus attendre.

Le Roi Henry.

Tout est prêt si nos courages le sont aussi.

Westmoreland.

Périsse l'homme qui, maintenant, ne serait pas prêt à combattre I

Le Roi Henry.

Tu ne souhaites plus de secours de l'Angleterre, cousin?

Westmoreland.

Par la volonté de Dieu, mon suzerain, je voudrais qu'il n'y eût que vous et moi, sans autre aide, pour soutenir cette bataille !

Le Roi Henry.

C'est cinq mille hommes de moins que tu nous souhaites, j'aime mieux cela que si tu en souhaitais un de plus. Vous connaissez vos postes. Dieu soit avec vous tous! {Fanfares. Entre MONTJOY).

Montjoy.

Je viens encore, roi Henry, savoir si tu veux composer pour ta rançon, avant que ta défaite soit complète, car, tu es certainement trop près du gouffre pour ne pas t'y engloutir. En outre, ému de compassion, le Connétable voudrait que tu encourageasses tes compagnons au repentir, afin que leurs âmes pussent quitter paisiblement les plaines où leurs corps sont appelés à mourir et à pourrir. Le Roi Henry.

Qui t'a envoyé?

Montjoy.

Le Connétable de France.

Le Roi Henry.

Retourne-lui ma première réponse, dis-lui de m'achever et de vendre mes os. Dieu bon ! pourquoi se moquer ainsi des pauvres gens ! L'homme qui vendit la peau d'un lion encore vivant, fut tué en le chassant. Beaucoup de nos corps, sans doute, trouveront leurs tombeaux dans le sein de leur patrie, tombeaux sur lesquels, j'en suis sur, sera inscrit en bronze le témoignage de nos exploits. Quant à ceux qui laisseront leurs vaillants os en France, étant morts comme des héros, ils acquerront la renommée. Fussentils enfouis dans vos fumiers, le soleil les saluera, pompera jusqu'au ciel leurs gloires fumantes, ne laissant que ce qu'ils ont de terrestre pour infecter votre climat et répandre la

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