ACTE IV, SCÈNE VIII
Le Roi Henry.
Eh bien ? Que se passe-l-il ?
Fluellen.
Mon souverain, voici un vilain et un traître, qui, j'en préviens votre Grâce, a frappé le gant que votre Majesté a pris sur le cimier d'Alençon.
Williams.
Mon souverain, c'est mon gant et voici son camarade. Celui à qui je l'ai donné en échange a promis de le porter a son chapeau. J'ai promis de le frapper s'il le faisait. J ai rencontré cet homme avec mon gant à son chapeau, et j ai été fidèle à ma parole.
Fluellen.
Votre Majesté reconnaît maintenant (sauf la nature de votre Majesté) quel fieffé coquin, misérable, mendiant, bas esclave il est! J'espère que votre Majesté va donner le témoignage, l'attestation et la déclaration que c est le gant d'Alençon, que votre Majesté m'a donné, dans votre gons-
cience.
Donne-moi ton gant, soldat. Regarde, en voici le propriétaire. C'est moi, en effet, que tu as promis de frapper, c est moi que tu as si maltraité.
Fluellen.
Plaise à votre Majesté, que son cas en réponde, s'il y a quelque loi martiale dans le monde.
Le Roi Henry.
Comment veux-tu me donner satisfaction ?
Williams.
Toutes les offenses, mon souverain, viennent du cœur; rien n'est jamais venu du mien, qui puisse offenser votre
Majesté!
Le Roi Henry.
C'est bien nous-même que tu as offensé. Williams.
Votre Majesté s'est présentée à moi sous une autre apparence Ce que votre Grandeur a souffert sous cette forme, veuillez le croire, est de votre faute et non de la mienne, car si vous aviez été celui pour qui je vous prenais, il n y aurait pas d'affront. C'est pourquoi je supplie votre Grandeur de me pardonner.
Le Roi Henry.
Tenez oncle Exeter, remplissez ce gant de couronnes et donnez-ie à ce camarade. Garde-le, ami, et porte-le comnae une marque d'honneur à ton chapeau, jusqu a ce que je le réclame. Donnez-lui les couronnes. Vous, capitaine, il ne faut pas lui en vouloir.
Fluellen.
Par ce jour et cette nuit, le gaillard a assez de cœur au ventre ! Tenez, voici deux pence pour vous, et, je vous prie, servez Dieu et méfiez-vous des glabauderies, et des disbutes, et des querelles et des discussions et, je vous le garantis, ce sera le meilleur pour vous.
Je ne veux pas de votre argent.
Fluellen.
C'est de pon cœur. Je puis vous le dire. Il servira à raccommoder vos souliers. Allons, ne soyez pas si dimide. Vos souliers ne sont pas si pons. C'est un pon shelling. Je vous le garantis, autrement je vous le changerais. {Entre un HERAUT anglais).
Le Roi Henry.
Eh bien, héraut, a-t-on compté le nombre des morts ?
Le Héraut.
Voici celui des Français qui ont été tués.
(// lui donne un papier).
Le Roi Henry.
Combien de prisonniers de marque a-t-on fait, mon oncle?
EXETER
Charles, duc d'Orléans, neveu du roi; Jean, duc de Bourbon et le seigneur Boucicault. Les autres seigneurs, barons, chevaliers, écuyers, sont au nombre de quinze cents, sans compter les gens des communes.
Le Roi Henry.
Cette note parle de dix mille Français demeurés sur le champ de bataille. Dans ce nombre, les princes et les nobles portant bannière, comptent pour cent vingt-six. Ajoutez huit mille quatre cents chevaliers, écuyers et gentilshommes, parmi lesquels cinq cents n'étaient armés chevaliers que depuis hier. De la sorte, sur les dix mille qu'ils ont perdus, il n'y avait que cinq cents mercenaires. Les autres sont des princes, des barons, des seigneurs, des chevaliers, des écuyers, des gentilshommes de race et de qualité. Les noms de leurs nobles demeurés sur le terrain, sont, entre autres, Charles d'Albret, grand connétable de France; Jacques de Châtillon, amiral de France ; le maître des arbalétriers, lord Rambures ; le grand-maître de France, le brave sire Guischard Dauphin ; Jean, duc d'Alehçon; Antoine, duc de Brabant, le frère du duc de Bourgogne; Edouard, duc de Bar; les puissants comtes, Grandpré, Rousse, Fauconberg, Foix, Beaumont, Marie, Vaudemont et Lestrelle. La mort a fait une royale moisson! Où est la liste des Anglais que nous avons perdus ? (Le Héraut présente un autre papier). Edouard, duc d'York, le comte de SufTolk, sir Richard Ketly, Davy