ACTE I, SCÈNE IV
vivement un message facile. Je suis bon pour toutes les besognes qui conviennent aux hommes ordinaires, et la meilleure de mes qualités est la diligence. Lear.
Quel âge as-tu?
Kent.
Je ne suis, monsieur, ni assez jeune pour aimer une femme parce qu'elle chante, ni assez vieux pour m'en éprendre sans raison. Je porte quarante-huit années sur le dos. Lear.
Suis-moi; tu me serviras. Si tu me plais autant après le dîner, je ne me séparerai pas de toi tout de suite... Le dîner! Holà ! Le dîner ! Ou est mon coquin ? Mon Fou ? Qu'on appelle mon Fou !
{E7itre L'INTENDANT).
Dis-moi, drôle, où est ma fille?
L'Intendant.
Où il vous plaira.
{Il sort).
Lear.
Que dit-il? Rappelle-moi ce lourdeau. (Un chevalier sort). Où est mon Fou? Je crois que le monde dort!... Eh bien! Où est ce métis?
Le Chevalier, rentrant.
Il dit, monseigneur, que votre fille n'est pas bien.
Lear.
Pourquoi ce maraud ne revient-il pas quand je l'appelle?
Le Chevalier.
11 m'a répondu d'une façon absolue qu'il ne voulait pas venir.
Lear.
Il ne veut pas venir!
Le Chevalier.
Monseigneur, j'ignore ce qui se passe, mais, suivant moi, votre Hauteur n'est pas traitée avec les égards auxquels elle était habituée. Il y a un changement visible dans l'attitude, non seulement de votre entourage, mais du duc et de votre fille.
Ah I c'est ton avis ?
Le Chevalier.
Je vous supplie de me pardonner, monseigneur, si je me trompe ; mais le devoir m'ordonne de parler, quand je crois voir qu'on agit mal avec votre Grandeur. Lear.
Tu ne fais que me rappeler ce dont je me suis aperçu. Je remarque depuis peu une sorte de négligence. J'aimais mieux accuser ma susceptibilité qu'y voir une mauvaise
intention. Je vais y regarder de plus près. Où est mon Fou? Il y a deux jours que je l'ai vu.
Le Chevalier.
Depuis que ma jeune maîtresse est partie pour la France, le Fou a beaucoup dépéri.
Lear.
Ne parlons pas de cela. Je l'ai remarqué... Appelez ma fille, j'ai à lui parler. Vous, allez chercher mon Fou...
[Les Chevaliers sortent).
{Rentre L'INTENDANT).
Vous, monsieur, approchez. Qui suis-je, monsieur?
L'Intendant.
Le père de ma maîtresse.
Lear.
Le père de ma maîtresse ! Valet de monseigneur ! Fils de putain ! Drôle I Chien !
L'Intendant.
Je ne suis rien de tout cela, monseigneur. Je vous supplie de me pardonner.
Lear, le battant.
Allez-vous échanger des regards avec moi, drôle M
L'Intendant.
Je ne veux pas être battu, monseigneur !
Kent, lui donnant un croc-en-jambe.
Tu ne veux pas non plus qu'on te fasse tomber, mauvais joueur de foot-ball I
Lear.
Merci, camarade. Tu m'as rendu service, et je t'aimerai.
Kent.
Allons, monsieur, relevez-vous et partez. Je vous apprendrai à observer les distances. Hors d'ici I Hors d'ici ! Si vous voulez mesurer de nouveau votre longueur de lourdaud, j'attendrai. {Le poussant dehors). Sinon, hors d'ici I Allons ! si vous êtes prudent, partez 1
Lear.
Mon aimable serviteur, je te remercie. {Lui donnant de V argent). Voici des arrhes sur ton service. {Entre-le FOU).
Le Fou.
Laisse-moi le rétribuer aussi. {Donnant son bonnet à Kent). Voici mon bonnet de fou.
Lear.
Eh bien, mon gentil valet ? Comment vas-tu ?
i ... handy looks, métaphore empruntée au jeu de Tenais. {Note de Steevens).