‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 166 sur 414 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

face, les yeux dans les yeux. Ne m'en veuillea donc pas si, en présence de cette assemblée de rois, je demande quelle difficulté, quel obstacle s'o])pose à ce que la pauvre paix, nue et mutilée, cette nourrice des arts, de l'abondance, des générations joyeuses, montre son radieux visage dans le jardin le plus beau du monde, notre fertile France? Hélas! elle a été trop longtemps chassée de France dont les produits naturels, accumulés, trouvent la corruption dans l'excès de leur fertilité. La vigne, qui réjouit le cœur, meurt faute d'être taillée; les haies, jadis émondées,ontdes rameaux désordonnés, tels des prisonniers à la chevelure ébouriffée; dans les prairies en jachère poussent l'ivraie, la ciguë, le fumeterre, tandis que se rouille le soc de la charrue qui devrait labourer ces parasites. Le champ qui, autrefois, se parfumait de primevères, de pimprenelles, de trèfles verts, est infécond et, manquant de faucheurs, ne produit que la haïssable patience, l'ortie sauvage, la ciguë, le glouteron, perdant à la fois beauté et utilité. Et de même que nos vignes, nos prairies, nos champs, nos haies diminuent de valeur à n'être pas cultivés, ainsi nos familles, nos enfants, nous-mêmes nous perdons, le temps faisant défaut, les connaissances qui devraient être l'ornement de notre pays. Nous grandissons comme des sauvages, des soldats qui ne savent que répandre le sang, jurer avec des figures farouches, porter des costumes extravagants et accomplir toutes les monstruosités. C'est pour revenir à notre première apparence que nous vous avons réunis; je vous supplie de me faire connaître pourquoi la gentille paix ne dissiperait pas tous ces inconvénients en nous rendant ses faveurs. Le Roi Henry.

Duc de Bourgogne, si vous désirez cette paix, dont l'absence cause les imperfections que vous venez de citer, il faut l'acheter en faisant droit à toutes nos réclamations; elles sont entre vos mains, brièvement exposées dans leur teneur et leurs détails.

Le Duc de Bourgogne.

Le roi les a entendues, il n'y a pas encore répondu.

La paix que vous venez d'implorer avec tant d'insistance dépend de sa réponse.

Le Roi de Frange.

Je n'ai que parcouru les articles. Qu'il plaise à votre Grâce de nommer quelques-uns de ses conseillers avec lesquels nous travaillerons plus profitablement. Cela fait, -nous refuserons ou accepterons, bref nous vous donnerons une réponse définitive.

Le Roi Henry.

Soit. Venez, oncle Exeter, vous aussi, frère Glarence, et vous, frère Glocester, Warwick, Huntington. Restez avec le roi, je vous donne tout pouvoir pour ratifier, augmenter, changer, selon que votre sagesse le jugera convenable à notre dignité, les articles contenus dans l'acte. A vos décisions nous souscrivons d'avance. Voulez-vous, chère sœur, aller avec les princes ou demeurer avec nous ? La Reine Isabelle.

Gracieux frère, j'irai avec eux. H se peut que la voix d'une femme ait quelque influence, au cas où l'on discuterait sur des articles trop rigoureux.

Le Roi Henry.

Laissez-nous alors notre cousine Catherine. Elle est la clause principale figurant en tête de nos réclamations. La Reine Isabelle.

Je lui donne toute liberté.

[Tous sortent, excepté Henry, Catherine et sa dame d'honneur, Alice).

Le Roi Henry.

Belle Catherine, la plus belle de toutes, veuillez apprendre à un soldat des termes pouvant entrer dans l'oreille d'une femme et plaider l'amour près de son tendre cœur. Catherine.

Votre Majesté se rit de moi. Je ne sais pas parler anglais.

0 belle Catherine, si vous voulez m'aimer sincèrement, de tout votre cœur français, je serai enchanté de vous l'entendre dire par fragments d'anglais. M'aimez-vous, Catherine ?

Catherine.

Pardonnez-moi. Je ne sais pas ce que veut dire... comme moi ^

Le Roi Henry.

Un ange est comme vous, Kate, et vous êtes comme un ange.

Catherine.

Que dit-il? Que je suis semblable à les anges f .

Alice.

Ouy, vrayment (sauf vostre grâce) ainsi dit-il.

Le Roi Henry.

J'ai dit ainsi, chère Catherine, et je ne rougis pas de l'affirmer.

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