ACTE II, SCÈNE III
ploierons tous les moyens dont nous disposons pour nous mettre à leur poursuite.
{Entre un MESSAGER).
Le Messager.
Salut à vous tous, milords. Lequel parmi cette illustre assemblée, appelez-vous le fameux Talbot, tant renommé pour ses exploits dans le royaume de France ? Taxbot.
Voici le Talbot en question. Qui veut lui parler?
Le Messager.
La vertueuse dame, comtesse d'Auvergne, qui, dans sa modeste admiration pour ta renommée, te prie, illustre lord, de vouloir bien visiter l'humble château où elle demeure. Elle voudrait s'enorgueillir d'avoir vu l'homme dont la gloire remplit le monde.
Le Duc de Bourgogne.
tin est-il ainsi ? Notre guerre va devenir un peu comiquement pacifique, puisque maintenant les femmes sollicitent des rendez-vous. Milord, vous ne pouvez pas repousser une si aimable prière.
Talbot.
Ne vous fiez plus jamais à Talbot si je la repousse. Ce qu'un peuple entier n'aurait pu obtenir à force d'éloquence je l'accorderai à l'amabilité d'une femme. Dis-lui donc que je lui retourne ses compliments et que j'irai lui faire ma cour. Vos Honneurs m'accompagneront-ils ? Bedford.
Ce serait manquer aux bienséances. On dit que deux hôtes non invités, ne sont vraiment les bienvenus que lorsqu'ils s'en vont.
Talbot.
Puisqu'il n'y a point de remède, j'irai donc seul mettre à l'épreuve la courtoisie de cette dame. Approchez, capitaine. (Il lui parle bas). Vous comprenez ?
Le Capitaine.
Oui, milord, et j'obéirai.
[Ils sortent).
SCEiNE III.
En Auvergne. La cour d'un château.
Entrent la COMTESSE et son PORTIER.
La Comtesse.
Portier, n'oubliez pas ce dont vous êtes chargé, et, quand vous aurez flni, apportez-moi les clefs.
Le Portier.
Bien, madame.
{Il sort).
La Comtesse.
Le complot est dressé. Si tout va bien, je serai, par mes exploits, aussi fameuse que la scythienne Thomyris, par la mort de Gyrus. La renommée de ce redoutable chevalier est grande et proportionnée à ses hauts faits. Je veux que mes oreilles et mes yeux constatent la véracité des étonnants récits.
' {Entrent un MESSAGER et TALBOT).
Le Messager.
Madame, suivant le désir de votre Seigneurie, appelé par message, lord Talbot est arrivé.
La Gomtesse.
II est le bienvenu. Quoi ! Est-ce cet homme ?
Le Messager.
Oui, madame, c'est lui.
La Gomtesse.
G'est là le fléau de la France ? Le Talbot tant redouté au dehors, dont les mères emploient le nom pour épouvanter leurs enfants? Décidément, la renommée est fabuleuse et fausse. Je m'attendais à voir un Hercule, un second Hector, à l'aspect imposant, aux membres largement proportionnés et robustes. Hélas ! G'est un enfant, un simple nain ! Il est impossible qu'un bout d'homme aussi débile, aussi malingre, jette la terreur parmi ses ennemis 1 Talbot.
Madame, j'ai pris la liberté de vous importuner, mais puisque votre seigneurie est mal disposée, je remettrai ma visite à une autre fois.
La Gomtesse.
Que dit-il maintenant? {Au messager). Allez lui demander où il va?
Le Messager.
Arrêtez, milord Talbot. Ma maîtresse désire savoir la cause de votre brusque départ.
Talbot.
Morbleu, elle est dans l'erreur, je vais lui prouver que Talbot est ici.
{Rentre le PORTIER, avec des clefs).
La Gomtesse.
Si tu es Talbot, tu es prisonnier !
Talbot.
Prisonnier? De qui?
La Gomtesse.
De moi, seigneur assoiffé de sang! G'est dans ce but que