ACTE II, SCÈNE III
je t'ai convoqué. Longtemps ton ombre a été une obsession pour moi, car ton portrait est pendu dans ma galerie. Bientôt ce sera au tour de l'original I J'enchaînerai tes jambes et tes bras, tyran qui, depuis tant d'années, dévastes notre contrée, massacres nos citoyens, envoies nos fils et nos époux en captivité 1
Talbot.
Ah ! ah ! ah !
La Comtesse.
Tu ris, misérable? Tes rires vont devenir' des gémissements!
Talbot.
Je ris de voir votre seigneurie à ce point insensée; car c'est seulement sur l'ombre de Talbot que vous exercez vos rigueurs I
La Comtesse.
Quoi! Ne serais-tu pas mon homme?
Talbot.
Je le suis en vérité.
La Comtesse.
Alors je tiens bien l'original?
Talbot.
Non, je ne suis que l'ombre de moi-même. L'original n'est pas ici. Ce que vous voyez, n'est que la plus petite partie, la moindre proportion de l'homme. S'il était ici tout entier, sa grandeur, son étendue, sont tellement immenses, que votre logis ne suffirait pas à les contenir. La Comtesse.
Le coquin parle par énigmes I II est là et il n'y est pas? Comment concilier de pareilles contradictions?
Talbot.
. Je vais vous le dire.
(Il sonne du cor. On entend des tambours, puis une décharge d'artillerie. Les portes sont forcées. Entrent des soldats).
Eh bien! madame? Quand je vous disais que Talbot n'était que l'ombre de lui-même. Voilà ses originaux, ses nerfs, ses bras, sa force, avec lesquels il courbe sous le" joug vos Cours rebelles, rase vos cités, renverse vos villes et les rempht de désolation»
La Comtesse.
Victorieux Talbot, pardonne-moi mon erreur. Tu es à la hauteur de ta renommée et plus grand que ta taille. Que ma présomption ne m'attire pas ta colère, car je suis désolée de ne pas ('avoir traité avec le respect qui t'est dû. Talbot.
N'ayez pas peur, belle dame. Ne vous trompez pas sur
l'esprit de Talbot, comme vous vous êtes trompé sur sa personne. Je ne suis point offensé. Pour toute satisfaction et avec votre agrément, je vous demanderai seulement de vouloir bien nous faire goûter votre vin et nous offrir à manger, car les soldats ont toujours bon appétit. La Comtesse.
De tout mon cœur. Très honorée de fêter un aussi grand guerrier dans ma maison.
{Ils sortent).