‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 202 sur 414 · ACTE m, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE I

Pont de Londres, à la Tour, et si l'on sondait tes pensées, le roi lui-même, ton souverain, n'est pas, j'en ai peur, à l'abri des méchancetés envieuses de ton cœur insolent ! Winchester.

Glocester, je te défie ! Lords, veuillez prêter une oreille attentive à ma réponse. Si j'étais cupide, ambitieux, pervers, comme il le dit, comment expliquer ma pauvreté ? Ne chercherais-je pas à avancer, à m'élever, au lieu de me contenter de mes fonctions ordinaires? Quant au reproche d'établir des dissensions, qui plus que moi aime la paix, sauf quand on me provoque? Savez-vous, chers lords, ce qui offense ce dieu, ce qui provoque sa colère, c'est de ne pas gouverner seul ; de n'être pas à lui tout seul l'entourage du roi. Voilà ce qui engendre le tonnerre dans sa poitrine et lui fait rugir des accusations. Mais il saura que je le vaux... Glocester.

Toi ? le bâtard de ma grand'mère ^ !

Winchester.

Oui, mon grand monsieur ! Etes-vous autre chose qu'un impertinent assis sur un trône occupé ? Je suis Protecteur, prêtre insolent !

Winchester.

Je suis prélat de l'église !

Glocester.

Comme un hors la loi, qui se retranche dans un château pour protéger ses rapines !

Winchester.

Irrévérent Glocester !

Glocester.

Ce qu'on révère en toi c'est ta fonction spirituelle, et non ta vie !

Winchester.

Rome y remédiera.

Warwick.

Va donc y vagabonder ^ !

Somerset.

Milord, il serait de votre devoir de vous abstenir.

Warwick.

Empêchez l'évêque de dépasser les bornes !

1. L'évêque de Winchester était le fils illégitime de Jean de Gand, duc de Lancastre, et de Catherine Swynford, que le duc épousa plus tard.

2. Roara tMther then. To roani était une expression argotique, à l'usage des vagabonds qui mendiaient sous prétexte d'aller en pèlerinage à Rome.

Somerset.

Il me semble que milord devrait être relideux et se souvenir des devoirs qui s'attachent à cette qualité. Il me semble que Sa Seigneurie devrait être plus humble. Il sied mal à un prélat d'employer de pareils termes pour sa défense.

Somerset.

Non, quand son saint office est traité de la sorte !

Warwick.

Que son office soit sacré ou profane, qu'importe ? Sa Grâce n'est pas le Protecteur du roi ?

Plantagenet, à part.

Plantagenet, je le vois, doit retenir sa langue, de peur qu'on lui dise : Attendez votre tour; osez-vous donner un orgueilleux avis quand ce sont des lords qui parlent ? Autrement, j'aurais lancé un trait à Winchester ! Le Roi Henry.

Oncles de Glocester et de Winchester, gardiens spéciaux de l'Angleterre, si mes prières pouvaient être écoutées, vos cœurs se fondraient dans un même amour et une même amitié. Quel scandale pour notre couronne de voir se quereller deux pairs aussi nobles que vous ! Croyez-en mes tendres années, milords, les dissensions civiles sont autant de vipères mordant les entrailles de la chose publique. (On crie au dehors : « A bas les habits jaunes » /). Que veut dire ce tumulte ?

Warwick.

Gageons qu'il s'agit d'une émeute provoquée par la turbulence des gens de l'Evêque !

{Nouveau bruit : « Des pierres ! Des pierres j /). {Entre le LORD-MAIRE et sa suite).

Le Lord Maire.

Mes bons lords, et vous, vertueux Henry, ayez pitié de la Cité de Londres, ayez pitié de nous ! Les §ens de l'évêque et du duc de Glocester, auxquels interdiction était faite de porter des armes, ont rempli leurs poches de cailloux et, formés en deux camps, se les lancent si violemment, que beaucoup de têtes ont déjà été brisées, que les vitres volent en éclats dans la rue et que, par prudence, nous sommes obligés de fermer nos boutiques I

{Entrent, en se battant les gens de Glocester et ceux de Winchester, la tête ensanglantée).

Nous vous ordonnons, par l'allégeance qui nous est due, d'arrêter vos mains meurtrières et de faire la paix ! Oncle Glocester, apaisez cette dispute.

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