ACTE III, SCÈNE I
Premier Serviteur.
Si on nous interdit les pierres, nous nous battrons avec les dents !
Deuxième Serviteur.
Vous ferez ce que vous voudrez ! Nous sommes aussi résolus que vous !
(Nouvelle escarmouche).
Glocester.
Vous, gens de ma maison, cessez cette dispute insensée et arrêtez un combat indécent t
Troisième Serviteur.
Milord, nous savons que Votre Grâce est juste, honnête, par sa royale naissance inférieure à personne, sauf Sa Majesté. Avant de souffrir qu'un tel prince, un si bon père pour la république, soit insulté par des porteurs d'écritoires \ nous, nos femmes, nos enfants, nous nous battrons tous et nous ferons massacrer par tes ennemis I Premier Serviteur.
Et avec nos ongles, nous fouillerons le champ de bataille, quand vous serez morts !
{Nouvelle escarmouche).
Glocester.
J'ai dit que l'on s'arrête ! Si vous m'aimez comme vous le dites, vous cesserez !
Le Roi Henry.
Combien pareille discorde afflige mon âme ! Pouvez-vous, milord de Winchester, voir mes soupirs, mes larmes, et n'être pas touché! Qui aura pitié, sinon vous? Qui apprendra à aimer la paix si les saints hommes d'église se complaisent aux querelles !
Cédez, milord Protecteur! Cédez Winchester! Si, par un refus obstiné, vous ne voulez pas faire mourir votre souverain et détruire le royaume ! Vous voyez quels malheurs, quels meurtres ont résulté de votre inimitié ! Demeurez donc en paix, à moins d'être assoiffés de sang! Winchester.
Qu'il cède le premier !
Glocester.
Je céderai par pitié pour le roi. Autrement, on aurait ar-
1. A l'époque de l'auteur, c'était un terme de reproche entre gens de savoir et Rens affectant de l'être. George Pettie, dans son Introduction au livre intitulé : Guazzo's Civil Conversation (1586), parlant de ceux, qu'il appelle les beaux voyageurs {nice travellers), s exprime de la sorte : « Si l'un d'eux risque une étymologie latine, ce qui est une insolence, on s'en moque aussitôt et l'on dit qu U s exprime comme un porteur d'écritoire ».
raché le cœur de ce prêtre, avant qu'il obtînt pareille concession de ma part !
Warwick.
Milord de Winchester, le duc renonce au mécontentement et à la colère. Son front rasséréné le prouve. Pourquoi vos regards sont-ils encore si mauvais et si sombres? Glocester.
Winchester, veux-tu me donner la main?
Le Roi Henry.
Fi, oncle Beaufort! Je vous ai entendu prêcher que la méchanceté était un péché mortel ! Et vous ne mettriez pas en pratique la morale que vous recommandez ? Serez-vous le premier à commettre un pareil péché ?
Warwick.
Doux roi! — L'évêque a des remords. — Par pudeur, milord de Winchester, apaisez-vous I Faut-il qu'un enfant vous enseigne ce que vous avez à faire?
Winchester.
Soit, duc de Glocester, je cède. Je te rends amour pour amour; en échange de ta main, je te tends la mienne. Oui, mais, je le crains, ton cœur reste perfide ! Amis, et chers compatriotes, que ce gage soit un signal de trêve entre nous et nos partisans! Que Dieu m'abandonne si je ne suis pas sincère.
Winchester, à part.
Dieu m'abandonne si je le suis!
Le Roi Henry.
Oncle bien-aimé, brave duc de Glocester, combien votre union me rend joyeux! Allez, mes amis! Ne jetez pas le trouble parmi nous. Faites un pacte d'amitié, à l'exemple de vos maîtres.
Premier Serviteur.
Soit! Je vais chez le chirurgien.
Deuxième Serviteur.
Moi aussi.
Troisième Serviteur.
Moi, je vais me faire soigner à la taverne.
(Les serviteurs et le lord-maire sortent). Warwick.
Prenez ce parchemin, très gracieux souverain, qu'au nom de Richard Plantagenet, nous remettons à Votre Majesté. Glocester.
Excellente idée, milord de Warwick. (Au roi). Si Votre Grâce veut bien peser les circonstances, elle aura raison de faire droit à Richard, particulièrement pour les motifs que j'ai exposés à Votre Majesté, à Elthara-Place.