‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 241 sur 414 · ACTE I, SCÈNE I 3i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I 3i

rappelez-Tous ma prédiction : la France sera perdue avant qu'il soit longtemps! ^^^ ^^^^^

Le Cardinal.

Le Protecteur s'en va furieux. Vous savez qu'il est mon ennemi que dis-je? votre ennemi à tous, et, j'en ai peur, attaché 'au roi par une amitié plutôt faible? Réfléchissez-y, milords : il est prmce du sang, l'héritier désigne pour la couronne. Si Henry, par son mariage, avait obtenu un empire, et tous les riches royaumes de lEst, il n aurait pas eu lieu d'être plus satisfait. Veillez, milords, a ne pas vous laisser ensorceler par ses paroles mielleuses. Soyez prudents, circonspects. Le peuple qui 1 aime, 1 appelle Humphrey, le bon duc de Glocester ; il l'applaudit en criant : Jésus protège votre royale Excellence ! ou : Di>M préserve le bon duc Humphrey ! Malgré tout cela, milords, j ai des raisons de redouter qu'il devienne un dangereux Protecteur !

Pourquoi protège-t-il notre souverain, d'âge à se gouverner lui-même? Cousin de Somerset, joignez-vous a moi et tous, avec l'aide du duc de Suffolk, nous aurons bientôt renversé de son siège le duc Humphrey.

Le Cardinal.

Cette grave affaire ne supporte pas de délai. Je me rends

de suite chez le duc de Sufîolk.

(// sort).

Somerset.

Cousin Buckingham, bien que Uorgueil de Humphrey et l'importance de sa situation soient une inquiétude sérieuse pour nous, veillons sur l'altier cardinal. Son insolence est plus intolérable que tous les princes du pays. Si Glocester est révoqué, c'est lui qui sera Protecteur. Buckingham.

Ce sera toi, ou moi, Somerset, en dépit du duc Humphrey

et du cardinal. ^.

{Buckingham et Somerset sortent).

L'orgueil était devant, l'ambition le suit. Taudis que ces deux hommes travaiUent à leur avancement, il convient que nous nous occupions du royaume. J'ai toujours vu Humphrev, duc de Glocester, se conduire en gentilhomme ; mais j'ai souvent remarqué que le hautain cardinal — plus soldat qu'homme d'église, fier, insolent, comme s il était le maître absolu — jurait comme un rufien et se comportait d'une manière indigne d'un chef d'état. Warwick, mon fils, consolation de ma vieillesse, tes actes, ta franchise, ta façon de gouverner, ton intérieur, t'ont gagne les suffrages

des communes où, seul, le bon duc Humphrey peut le disputer la popularité. Frère d'York ^ tes exploits en Irlande, où tu as rétabli la discipline civile ^, tes hauts faits accomplis en France, quand tu étais régent, t'ont fait craindre et honorer du peuple. Unissons-nous pour le bien public ; tentons l'impossible pour dompter et supprimer l'orgueil de Sulîolk et du Cardinal en même temps que l'ambition de Somerset et Buckingham. En un mot, usons de tout notre pouvoir pour appuyer le duc Humphrey, tant qu'il travaillera à la prospérité du pays.

Warwick.

Que Dieu protège Warwick, autant qu'il aime sa patrie et l'intérêt public 1

York.

York dit de même, pour des raisons majeures. Salisbury.

Alo^-s, hâtons-nous et commençons par le plus important. Warwick.

Le plus important ! 0 père, le Maine est perdu 1 Le Maine que, par la puissance de son bras, Warwick avait gagné et qu'il aurait voulu garder jusqu'à son dernier soupir ! Vous parlez du plus important? Moi je parle du Maine que je reprendrai à la France, dussé-je être tué-'' !

[Warivick et Salisbury sortent).

York.

L'Anjou et le Maine sont donnés à la France ! Paris est perdu ! L'état de Normandie est chancelant * ! Maintenant que tout cela est gaspillé, Suffolk a trouvé bon de conclure un traité que les pairs ont signé et qui a satisfait Henry, enchanté d'échanger deux duchés contre la jolie fille du duc. Je ne peux pas les en blâmer. En quoi cela leur importerait-il ? C'est de ton bien qu'ils disposent, York, et non du leur. Des pirates peuvent faire bon marché de leur butin, s'en servir pour acheter des amis, le distribuer à des courtisans, le gaspiller en fête, jusqu'à ce que la ruine s'ensuive. Pendant ce temps-là, le pauvre petit propriétaire pleure ses biens perdus, tord ses mains désespérées, secoue la tête et, tremblant, se tient à l'écart. Tandis qu'on partage son bien,

\. Richard Plantagenet, duc d'York, marié à Cécile, lille de Ralph Nevil, comte de Westraoreland.

2. Jl y a là un anachronisme. La scène se passe en 1445 et Richard, duc d'York, ne fut pas vice-roi d'Irlande avant 1449.

3. 11 y a ici une série de mauvais calembours, roulant sur les mots Main et Maine et Meant. Us rendent, d'ailleurs, la traduction incompréhensible.

4. ... on a tichlc point. Le mot tickle était fréquemment employé pour celui de tichlish, à l'époque de Shakespeare-

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