‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 246 sur 414 · ACTE I, SCÈNE IIl · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IIl

Marguerite, lisant la suscripiion.

A milord Protecteur. Vos suppliques sont donc adressées à sa Seigneurie! Laissez-moi les voir. En quoi consiste la tienne? Premier Pétitionnaire.

La mienne, n'en déplaise à votre Grâce, est contre John Goodman, l'homme de milord Cardinal, qui m'a tout pris, ma maison, mes terres et ma femme.

SUFFOLK

Ta femme aussi? Cela est un tort, en vérité. Quelle est votre supplique, à vous? Qu'est-ce cela ^ [Lisant). Contre le duc de Suffolk, pour avoir enclos les communes de Medford... Comment cela, monsieur le coquin?

Deuxième Pétitionnaire.

Hélas, monsieur, je ne suis que le pauvre pétitionnaire de notre ville toute entière.

Pierre, présentant sa pétition.

Contre mon maître, Thomas Horner, pour avoir dit que le duc d'York était l'héritier de la couronne. Marguerite.

Que dis-tu ? Le duc d'York a dit être l'héritier légitime de la couronne ?

Pierre.

Que mon maître l'était ? Non, sur ma foi. C'est mon maître qui a dit qu'il l'était et que le roi était un usurpateur. Holà ! Quelqu'un !

[Entretit des SERVITEURS).

Empoignez-moi cet homme et envoyez de suite un poursuivant chez son maître. Nous étudierons la question plus à fond devant le roi. •'

[Les Serviteurs sortent avec Pierre).

Marguerite.

Quant à vous, qui aimez à vous réfugier sous les ailes de Sa Grâce notre Protecteur, recommencez vos pétitions et adressez-les lui.

[Elle déchire les pétitions).

Partez ! coquins ! Suffolk, chassez-les !

Tous.

Allons-nous-en I

{Les Pétitionnaires sortent).

Marguerite.

Milord de Suffolk, est-ce ainsi que les choses se passent d'habitude à la Cour d'Angleterre ? Est-ce ainsi qu'est gouvernée nie d'Angleterre et le royaume du roi d'Albion ? Le roi Henry est-il donc encore en tutelle, sous l'autorité du morose Glocester? Ne suis-je qu'un semblant de reine faite pour devenir la sujette du duc ? Je te le dis, Poole, quand

dans la ville de Tours tu rompis une lance en l'honneur de mon amour*, et que tu ravis les cœurs des dames de France, j'imaginai que le roi Henry avait ton courage, ta courtoisie, ton extérieur; tandis que son esprit est confit en sainteté, fait pour égrener des Ave Maria sur un chapelet. Il a pour champions les prophètes et les apôtres, pour armes les sentences de l'Ecriture Sainte, pour lice un cabinet, et il n'aime que les images d'airain des saints canonisés. Il faudrait que le collège des Cardinaux le choisit pour pape, le conduisît à Rome et lui mît la triple couronne sur la tête I Ce serait la situation qui conviendrait à sa sainteté !

Soyez calme, madame. C'est moi qui ai conduit Votre Grandeur en Angleterre, je travaillerai de façon qu'elle soit satisfaite.

Marguerite.

Outre le hautain Protecteur, nous avons Beaufort, l'impérieux homme d'église ; Somerset, Buckingham, le morose York. Le moins influent d'entre eux est encore plus puissant en Angleterre que le roi !

SuFFOLK.

Et le plus puissant d'entre eux l'est moins encore que les Nevils. Salisbury et Warwick ne sont pas de simples pairs.

Marguerite.

Tous ces lords ne me gênent pas autant que cette femme orgueilleuse, l'épouse du Protecteur! Suivie d'une troupe de dames d'honneur, elle balaie la Cour plus en impératrice qu'en duchesse Humphrey ! Les étrangers la prennent pour la reine 1 Elle porte sur son dos les revenus d'un duché et, dans son cœur, méprise notre pauvreté I N'arriverai-je pas à m'en venger? Cette caillette méprisante et de basse lignée prétendait l'autre jour, au milieu de ses mignons, que la traîne de sa plus mauvaise robe avait plus de valeur que toutes les possessions de mon père avant que Suffolk lui eût donné deux duchés en échange de sa fille I

4. Les tournois d'amour étaient alors à la mode. L'exemple remontait de loin. Sous le règae d'Edouard 111, il y eut un duel solennel entre l'anglais HembroiiK et le breton Beaumanoir, du parti de Charles de Blois, accompagnés chacun de trente chevaliers. Les champions des deux nations se rendirent dans le champ clos qu'on avait choisi et, avant d'en venir aux mains, Beaumanoir s'écriaque celte journée ferait connaître qui avait la plus belle maîtresse. Après un combat sanglant, les Bretons l'emportèrent et acquirent, pour prix de leur valeur, la liberté de vanter les attraits de leurs dames. Il est digne de remarquer que, dans cette querelle, sir Robert KnoUes et sir High Calverlev, deux fameux généraux, tirèrent l'épée.

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