ACTE 11, SCÈNE I
Le Cardinal, haut. ^
Crovez-moi, cousin Glocester, si votre fauconnier n avait )as rappelé si brusquement l'oiseau, nous aurions eu plus de Dlaisir: (A par^, à Glocester). Viens avec ton épée a deux mains. Glocester, haut.
C'est vrai, mon oncle.
Le Cardinal, bas à Glocester.
Vous êtes averti. Le côté Est du petit bois ?
Glocester, bas au Cardinal.
Cardinal, je suis à vous.
Le Roi Henry.
Eh bien, oncle Glocester ?
Glocester.
Nous parlions de fauconnerie; rien autre, milord. {Bas au Cardinal). Prêtre, par la mère de Dieu, je raserai ta couronne de cheveux ou je ne sais plus tenir une epee ! Le Cardinal, bas à Glocester.
Medica te ipsum. Protecteur, fais bien attention a te protéger toi-même !
Le Roi Henry.
Le vent devient menaçant, ainsi que vos cœurs, milords. Que cette musique est triste à entendre ! Quand de telles cordes ne sont pas à l'unisson, comment espérer 1 harmonie? Laissez-moi arranger cette querelle.
[Entre un HABITANT de Sai7it-Albans, criant au
miracle^).
Glocester.
Que signifie ce bruit ? Ami, quel miracle proclames-tu ?
L'Habitant.
Un miracle ! Un miracle !
SUFFOLK
Va trouver le roi et dis-lui quel est ce miracle.
L'Habitant.
Sur ma foi, il y a une demi-heure, un aveugle s'étant prosterné devant la châsse de saint Albans, a recouvre la
i. On prétend que le duc de Glocester avait reçu une éducation plus soignée qu'il n'était alors d'usage; qu'il fonda une des premières bibliothèques publiques qu'il y eût en Angleterre, et qu il fut »e protecteur déclare des savants. Entre les avantages qu il recueillit de a cuUure de son esprit, il dut compter celui de s'être garanti d une sotte crédulité. Thomas More en rapportera Preuve suivante^. Un homme prétendait être né aveu-le et avoir recouvre la vue en touchant la châsse de saint Albans. Le duc, venant a passer bientôt après danfle lieu où était le miraculé, le ouestioiina, et, paraissant douter de sa "uérison, lui demanda de quelle couleur étaient leb habits aet. Jersonnesde sa suite. L'homme répondit très J,",«te a ftte question^ i Vous êtes un fourbe 1 s'écria le prince. >i vous étiez ne aveugle, vous n'auriez pas pu apprendre sitôt à distinguer les couleurs .. ht dans l'instant il le fit mettre au carcan comme imposteur .. (Hume).
vue. Un homme qui n'avait jamais rien distingué de sa vie ! Le Roi HeiNry.
Dieu ^oit loué ! Quand les âmes sont croyantes, il chanL'< l'aveuglement en lumière et la déception en joie !
{Entrent le MAIRE de Saint-Albans et ses collègues, puis SIMPCOX, porté dans un fauteuil par deux personnes. Sa FEMME et la foule suivent). Le Cardinal.
Voici venir les habitants de la ville en processioD, pour présenter l'homme à votre Grandeur.
"Le Roi Henry.
Que sa joie soit grande dans cette vallée terrestre, bien qu'en voyant il devienne plus enchn au péché I Arrêtez, mes maîtres. Amenez cet homme devant le roi, le bon plaisir de Sa Grandeur est de s'entretenir avec lui. Mon brave ami, raconte-nous ce qui est arrivé, afin que nous puissions glorifier le Seigneur à ton propos. Gomment, après avoir été longtemps aveugle, as-tu recouvré la vue ?
SiMPCOX.
Je suis né aveugle, n'en déplaise à votre Grâce.
La Femme.
C'est la vérité.
SUFFOLK
Quelle est cette femme?
La Femme.
Sa femme, n'en déplaise à votre Seigneurie.
Glocester.
Si tu avais été sa mère, tu serais encore mieux renseignée.
Le Roi Henry.
Où es-tu né?
SiMPCOX.
A Berwick, dans le Nord, n'en déplaise à votre Grâce.
Le Roi Henry.
Par mon âme I La bonté de Dieu a été grande à ton égard ! Ne laisse jamais un jour ou une nuit se passer sans prières et n'oublie jamais ce que le Seigneur a fait pour loi t ' Marguerite.
Dis-moi, mon brave homme, est-ce par hasard ou par dévotion que tu es allé à la^ainte châsse ?
SiMPCOX.
Par pure dévotion, Dieu le sait. Une centaine de fois, et plus, tandis que je sommeillais, le bon saint Albans m'a appelé. Il me disait: Viens, Simpcox, viens, fais une offrande à la châsse et je te guérirai.