‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 268 sur 414 · ACTE m, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE I

même, ma souveraine, accumulez les disgrâces sur ma tête, ne négligeant rien pour, de mon très cher souverain, faire mon plus cruel ennemi. Tous vous vous employez — j'ai été prévenu de vos réunions — pour mettre fin à une vie sans péché! Vous avez des faux témoins pour me condamner; vous tenez prêtes des provisions de mensonges pour m'accabler; et ainsi sera justifié l'ancien proverbe : On a vite trouvé un bâton quand il s'agit de battre un chien ! Le Cardinal.

Mon suzerain, ses outrages sont intolérables ! Si des hommes soucieux de protéger votre royale personne contre le couteau de la trahison, la colère des félons, sont accusés, blâmés, réprimandés de la sorte, et si on laisse à l'offenseur le loisir de parler aussi librement, le dévouement de ces hommes à votre Grâce pourrait bien se refroidir !

SUFFOLK

Ne vient-il pas d'outrager notre souveraine dame par des paroles ignominieuses, quoique habilement conçues, laissant entendre qu'elle aurait suborné des faux témoins pour lui nuire!

Marguerite.

Je ne puis empêcher les protestations du perdant. Glocester.

Vous avez dit le mot juste. Je suis un perdant, en efîetl Mais malheur aux gagnants, car ils ont triché ! Des perdants comme moi peuvent avoir la liberté de parler.

BUCKINGHAM

11 va finir par ne plus savoir ce qu'il dit, sans compter qu'il nous retiendra toute la journée ici. Lord Cardinal, il est votre prisonnier.

Le Cardinal, à ses gens.

Messieurs, emmenez le duc et tenez-le sous bonne garde.

Glocester.

Le roi Henry jette sa béquille avant que ses jambes puissent le porter! Le berger est éloigné de son troupeau quand, les loups grognent à qui le dévorera ! Puissent mes craintes être sans fondement! Bon Henry, c'est ta chute que je redoute !

[Les gardes sortent avec Glocester) .

Le Roi Henry.

Milords, faites ce que vous conseillera la sagesse, nous vous donnons toute liberté.

Quoi! Votre Grandeur quitterait le Parlement?

Le Roi Henry.

Oui, Marguerite. Mon cœur se noie dans le chagrin et les larmes commencent à envahir mes yeux. Mon corps est

environné de misère, rien n'étant plus misérable que le mécontentement. Ah ! mon oncle Humphrey 1 Je lis sur ton visage l'honneur, la fidélité, la loyauté ! L'heure est encore à venir où je te soupçonnerai de fausseté et de félonie ! Quelle étoile menaçante jalouse donc ta fortune pour que ces lords, pour que Marguerite notre épouse, s'acharnent à ruiner ta vie sans péché? Tu ne leur as jamais causé de toit; tu n'as fait de mal à personne. Comme, après l'avoir garrotté, le boucher emmène le veau et le frappe quand il s'écarte du chemin de l'abattoir sanglant, de même ils t'ont emmené d'ici sans remords. De même encore la mère court de tous les côtés en beuglant, les yeux tournés du côté où son petit est parti , réduite à gémir sur sa perte ; de même je verse sur le cas de Glocester des larmes tristement impuissantes et le cherche avec des yeux troublés sans pouvoir lui porter secours, tant ses ennemis sont puissants I Je vais pleurer sur son sort et entre chaque gémissement je^ m'écrierai : S'il y a un traître, ce n'est pas Glocester^ I

(Il sort].

Marguerite.

Lords qui êtes libres de préjugés^, Ig neige glacée fond à la chaleur des rayons de soleil. Mon seigneur Henry est indifférent aux affaires importantes, rempli qu'il est d'une folle piété. Le duc de Glocester l'a fasciné, comme le crocodile qui feint de pleurer pour attrapper le "passant qui s'attendrit; ou comme le serpent, enroulé au milieu des fleurs, avec sa peau luisante et bigarrée, attire l'enfant qui, le jugeant avec son inexpérience, ne croit pas à sa méchanceté. Milords, si nul n'était plus sage que moi (et je crois être très sage), ce Glocester serait immédiatement débarrassé de la vie, afin que nous le soyons de la peur qu'ils nous inspire.

Le Cardinax.

Sa mort serait un acte de bonne politique, mais encore avons-nous besoin de la colorer. Il convient donc qu'il soit condamné par la loi.

SUFFOLK

Suivant moi, ce serait de la mauvaise politique. Le roi

i. Dans le quarto, la tirade du roi Henry commence par ces mots : « Oui, Marguerite, mon cœur est tué par le chagrin », et finit par ceux-ci : < S'il y a un traître, ce n'est pas Glocester ». D'après Malone, les vers "intercalés seraient indubitablement de Shakespeare. Rien n'est moins siir. En ce qui nous concerne, nous doutons que Shakespeare ait jamais eu l'idée d'assimiler le cas d'un roi que Ion prive de son soutien, à celui d'une vache à qui l'on enlève son veau.

2. Free lords, etc. Warburton entend, par ces mots, des lords qui ne sont pas aussi dévots que le roi, qui s'occupent moins du ciel et plus des choses terrestres.

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