‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 269 sur 414 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

travaillera toujours à son salut; les communes se soulèveront pour le sauver, et la méfiance sera notre unique argument pour démontrer qu'il méritait la mort. York.

Conclusion. Vous ne voudriez pas qu'il mourût.

Sdffolk.

Personne ne le désire autant que moi !

York.

Sauf York, qui a pour cela des raisons plus graves. Milord Cardinal, et vous, milord de Suffolk, exprimez sincèrement votre pensée. Ne vaudrait-il pas mieux charger un aigle à jeun de protéger un poulet contre un vautour affamé, que faire du duc Humphrey le protecteur du roi V Marguerite.

Le pauvre poulet serait sûr de mourir.

En effet, madame. Ce serait aussi insensé que nommer le

renard gardien du troupeau, et, quand il est accusé d'être un

rusé meurtrier, de ne pas tenir compte de ses penchants, sous

prétexte qu'il n'a pas encore mis son projet à exécution. Il

doit mourir par cela même qu'il est renard, l'ennemi naturel

du troupeau, avant que ses mâchoires soient teintes d'un sang

cramoisi. Tel Humphrey, parce qu'il est indiscutablement

l'ennemi de son roi. Ne perdons pas notre temps à discuter

sur la façon de le tuer. Qu'il meure pris au piège, par ruse,

endormi ou éveillé, peu importe. Le principal est qu'il

meure. Il est de bonne guerre de prévenir un fourbe.

Marguerite.

Trois fois noble Suffolk, voilà qui est résolument parié.

Suffolk.

Il n'y a de résolu que ce qui a été fait ; car souvent on parle de choses que l'on exécute rarement. Mais, dans le cas qui nous occupe, mon cœur est d'accord avec ma langue, puisque l'acte serait méritoire et préserverait mon suzerain des tentations d'un ennemi. Dites un mot, et je lui servirai de prêtre.

Le Cardinal.

J'aimerais mieux qu'il mourût, milord de Suffolk, avant que vous soyez prêtre. Consentez à sa mort, approuvez-la, je me charge de l'exécution, du moment où il s'agit de la sûreté de mon roi.

Suffolk.

Voici ma main, l'acte est méritoire.

Je suis de cet avis.

3rj6 LA SECONDE PARTIE DE HENRY VI

York.

Moi aussi. Puisque tous trois nous en avons décidé ainsi, peu importe que l'on blâme notre jugement. [Entre un MESSAGER).

Le Messager.

Grands lords, je reviens d'Irlande pour vous avertir que les rebelles se sont soulevés et passent les Anglais au fil de i'épée. Envoyez des secours, milords, et mettez un frein à leur rage avant que la blessure soit incurable ; car tant qu'elle sera frarîche, il y a espoir de la guérir. Le Cardinal.

Voilà une brèche qui demande une prompte réparation. Quel conseil nous donnez-vous dans cette importante occurrence ?

York.

Mon avis est que Somerset soit envoyé là-bas en qualité de régent. C'est un heureux gouvernant, témoin son succès en France.

Somerset.

Si York, avec sa politique compliquée, avait été régent de France à ma place, jamais il ne se serait maintenu si longtemps en France.

York.

Pour tout y perdre, comme tu l'as fait! J'aurais mieux aimé y laisser ma vie, que rapporter chez moi autant de déshonneur, en m'attardant jusqu'à ce que tout soit perdu! Montre-moi une cicatrice. Quand les hommes ont tant soin de leur chair, il est rare qu'ils triomphent. Marguerite.

Cette étincelle se transformera en un feu dévorant si le vent et des aliments viennent l'entretenir. Cessez, bon York. Soyez calme, cher Somerset. Ta fortune, York, si tu avais été régent de France, eût peut-être été pire que la sienne. York.

Quoi ! Pire que rien ! Que la honte alors soit sur nous tous !

Et en particulier sur toi qui la souhaites.

Le Cardinal.

Milord d'York, mettez votre fortune à l'épreuve. Les Kernes d'Irlande, révoltés, sont en armes et arrosent la terre du sang anglais. Voulez-vous conduire en Irlande une bande d'hommes de choix, levés dans toutes les contrées, et essayer votre chance contre les Irlandais? York.

Volontiers, milord, s'il plaît à sa Majesté.

Suffolk.

Votre autorité remplace son consentement. Le roi confirme

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