ACTE m, SCÈNE I 35T
ce que nous avons décidé. Dans ces conditions, noble York, pienez cette tâche en main.
York.
Je suis satisfait. Levez-moi des soldats, milord, tandis que je mettrai mes propres affaires en ordre.
SUFFOLK
C'est une charge, milord, dont je m'acquitterai*. Maintenant, revenons à l'hypocrite duc Humphrey. Le Cardinal.
Ne parlons plus de lui. Je manœuvrerai de telle sorte que, bientôt, il ne troublera plus personne. Sur ce, brisons là. Le jour touche presque à sa fin. Lord Suffolk, nous reparlerons de cet événement.
York.
Milord de Suffolk, dans quatorze jours j'attendrai mes soldats à Bristol, d'où je les embarquerai pour l'Irlande.
SuFFOLK.
Tout sera prêt, milord d'York.
{Tous sortent, excepté York),
Maintenant ou jamais, York, donne de l'audace à tes pensées et change ton doute en résolution. Sois ce que tu espères être et ce que tu es, abandonne-le à la mort, comme ne méritant pas qu'on en jouisse. Laisse la peur livide à l'homme de basse extraction, et fais en sorte qu'elle ne se réfugie pas dans un cœur royal. Plus vite que les pluies du printemps les pensées se succèdent ; les miennes ne visent que le pouvoir. Mon cerveau, plus occupé que l'araignée filant sa toile, tend d'insidieux pièges pour attraper mes ennemis. Bien, nobles, bien. C'est agir en politique de m'envoyer avec une armée. Vous pourriez réchauffer un serpent affamé qui, ranimé dans vos poitrines, finira par vous ronger le cœur! Il me manquait des hommes, vous me les donnez. Je les prends ! Vous mettez des armes tranchantes dans les mains d'un homme à bout! A la tête de forces puissantes, en Irlande, je soulèverai quelque noire
i. Dans l'ancienne pièce cet office est donné à Buckingham :
La Reine.
Milord de Buckingham, je vous charge de recruter des soldats en nombre suffisant pour <^ette guerre indispensable. Buckingham.
J'obéirai, madame. Je lèverai une telle bande que ces Irlandais rebelles seront bientôt soumis. York, où faudra-t-il que ces soldats t'attendent?
York.
A Bristol, où je les rejoindrai dans dix jours.
Buckingham.
Ils y seront. Adieu.
358 LA SECONDE PARTIE DE HENRY Vï
tempête en Angleterre dont l'ouragan balaiera dix mille âmes jusqu'au ciel ou jusqu'à l'enfer, et qui, pour se calmer, attendra que j'en donne l'ordre, le front couronné d'un diadème brillant comme un glorieux soleil. A cette fin, j'ai séduit un homme du Comté de Kent, une forte tête, John Cade d'Ashford* qui fera l'impossible pour provoquer un soulèvement, sous le nom de John Mortimer. Je l'ai vu en Irlande, cet inflexible Cade. Tenant tête à une troupe de Kernes, il a combattu jusqu'à ce que les dards aient fait de ses jambes quelque chose comme un porc-épic hérissé. Les
1. « ]1 y eut une sédition, dans la province de Kent, qui menaça d'avoir des suites plus dangereuses. John Cade, homme de basse extraction, né en Irlande, et réfugié quelque temps en France pour fuir la punition de ses crimes, aperçut à son retour les mécontentements du peuple, et fonda sur eux des projets qui eurent d'abord un succès étonnant. 11 prit le nom de John Mortimer, comptant, à ce qu'on suppose, se faire passer pour fils de sir John Mortimer condamné à mort par le parlement et exécuté au commencement de ce règne sans formalités juridiques, sans preuves, et sur une simple accusation de haute trahison dressée contre lui. {Stowe. Cotton). A ce nom chéri, le peuple de Kent, au nombre de vingt mille hommes, accourut sous les étendards de Cade qui échauffa le zèle de cette multitude, en publiant des plaintes contre les abus énormes du Gouvernement, et en demandant qu'ils fussent supprimés. La Cour, mal informée encore de la grandeur du péril, envoya contre ces mutins un petit corps de troupes commandé par sir Humphrey Stafford, qui fut défait et tué dans une action près de Sovenoaks; et Cade, avançant vers Londres avec sa suite, campa à Blackheath. Quoique enorgueilli de la victoire, il conserva toujours l'apparence de la modération, et envoya à la Cour un mémoire très spécieux des griefs de la province, en promettant que lorsqu'on y aurait remédié, lorsque lord Say, trésorier, etCromer, shériff de Kent, seraient punis de leurs malversations, il mettrait bas les armes. Le Conseil, qui remarqua que personne n'était disposé à combattre des hommes si raisonnables dans leurs prétentions, conduisit le roi, pour plus grande sûreté, à Kenilworth, et Londres ouvrit ses portes a Cade, qui maintint quelque temps parmi les soldats le plus grand ordre et la discipline la plus sévère. Toutes les nuits il les conduisait dans les campagnes, en publiant les défenses les plus absolues de commettre ni pillage ni violences d'aucunes espèces; mais étant obligé, pour satisfaire leur ressentiment contre Say etCromer. de livrer militairement ces deux ministres à la mort [Gratton], il éprouva qu'après avoir commis ce crime il n'était plus le maître de contenir l'humeur séditieuse de ses troupes, et qu'elles ne respectaient plus ses ordres (Hall). Elles fondirent sur une maison riche, qu'elles pillèrent; les citoyens alarmés de cet acte de violence, fermèrent leurs portes et, secondés par un détachement que lord Scales, gouverneu de lu Tour, leur envoya, chassèrent les rebelles et en firent un grand carnage. (Croyl). Les K(?ntois furent si découragés de ce désastre, qu ayant reçu une amnistie générale, que le primat, alors chancelier, leur envova, ils se retirèrent vers Rochester, et là se dispersèrent d'eux-mèriies. L'amnistie fut aussitôt annulée, comme ayant été extorquée par la force; on mit à prix la tète de Cade {Cotton. Stowe) qui fut tué par iden, gentilhomme du Sussex, et plusieurs de ses complices subirent la peine capitale pour leur rébellion. (Hume).