‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 273 sur 414 · ACTE m, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE II

duc était muet et ne pouvait plus prononcer une parole !

(Le Roi s'évanouit).

Marguerite.

Qu'a donc mon seigneur ? Au secours ! Le roi est mort !

Somerset.

Relevez-le. Pincez-lui le nez !

MARGUERrrE.

Courez ! Allez ! Au secours ! Au secours ! Henry, ouvre les yeux 1

SUFFOLK

Il revient à lui. Rassurez-vous, madame.

Le Roi Henry.

0 Dieu céleste I

Marguerite.

Comment se trouve mon gracieux seigneur ?

SuFFOLK.

Remettez-vous, mon suzerain ! Remettez-vous, gracieux Henry ! °

Le Roi Henry.

Quoi ! C'est milord de Sufîolk qui me dit de me remettre ! Tout à l'heure il a croassé comme un corbeau, son chant lugubre m'a fait perdre connaissance, et il suppose que le ramage d'un roitelet, cherchant à consoler par des cris partant d'un cœur perfide, pourra me faire oublier les premiers croassements ? Ne dissimule pas ton poison avec des mots doucereux ! Ne me touche pas ! Je te le défends ! Ton contact m'efîraye autant que la présence d'un serpent ! Messager de malheur, hors de ma vue I La tyrannie meurtrière se ht dans tes yeux, majesté hideuse, pour épouvanter le monde ! Ne me regarde pas I Tes yeux font des blessures ! Non, ne t'en va pas... Approche, bandit, et tue l'innocent qui te regarde, en le fixant, car c'est dans l'ombre delà mort que je trouverai la joie. Ma vie n'est plus qu'une double mort depuis que n'est plus Glocester ! Marguerite.

Pourquoi maltraitez-vous ainsi milord de SufFolk ^ Le duc était son ennemi, mais, en véritable chrétien, il déplore sa mort. Quant a moi, bien qu'il fût mon adversaire, si mes larmes, les gémissements d'un cœur contrit, des soupirs à n avoir plus de sang, pouvaient le rappeler à la vie, ie voudrais devenir aveugle à force de pleurer, faible à force de gemir, pale comme la primerose à force d'être exsangue • enfin je ferais tout pour que le noble duc vive ! J'ignore ce que le monde pensera de moi, car on savait que nous n'étions

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pas des amis ; il se peut qu'on m'accuse d'avoir fait disparaître le duc, que la calomnie ternisse mon nom, que les Cours des princes retentissent de mon déshonneur ! Voilà ce que je risque à sa mort ! Malheureuse que je suis ! Etre une reine et avoir l'infamie pour couronne ! Le Roi Henry.

Je veux pleurer le malheureux Glocester ! Marguerite.

C'est moi qu'il faut pleurer, plus malheureuse que lui ! Quoi. Tu te détournes ? Tu te caches la figure ? Je ne suis point un horrible lépreux ! Regarde-moi ! Serais-tu devenu muet comme le serpent ? Sois donc venimeux aussi, et tue ta malheureuse reine ! Tout ton bonheur est-il enfermé dans la tombe de Glocester? Dame Marguerite ne serat-elle plus jamais ta joie ? En ce cas, érige une statue au duc, adore-la, et de mon image fais l'enseigne d'une maison d'ale! Est-ce donc pour cela que j'ai failli faire naufrage en mer ? Que deux fois des vents contraires m'ont repoussé de la côte d'Angleterre, jusqu'à mon pays natal? Présage des vents avertisseurs qui voulait dire : ne mets pas le pied sur ce rivage inhospitalier 1 Que faisais-je pendant ce temps-là? Je maudissais les coups de vent protecteurs et celui qui les laissait s'échapper de leurs cavités d'airain ; je leur commandais de souffler du côté des rivages bénis de l'Angleterre, ou de nous faire échouer sur un brisant terrible. Eole ne voulut pas être meurtrier. C'est à toi qu'il laissait ce soin haïssable, La mer agitée refusa de me noyer, sachant qu'une fois débarquée je me noierais dans des larmes aussi salées que la mer, et que ta cruauté en serait la cause ! Les rocs s'émiettaient, disparaissaient dans le sable, de peur que je me heurtasse à leurs flancs déchirés, sachant que ton cœur impitoyable, plus insensible qu'eux, ferait périr Marguerite dans ton palais! La tempête nous emportant loin de la côte, tant que je pus distinguer les falaises crayeuses, je me tins sur le pont, au milieu de l'orage, et quand le ciel obscur commença à dérober à mes yeux la vue de ton pays, je détachai de mon cou un joyau de prix, un cœur entouré de diamants, et le jetai vers la terre. La mer l'ayant reçu, je souhaitai que tu reçus ainsi mon cœur I Alors perdant de vue la belle Angleterre je commandai à mes yeux d'être d'accord avec mon cœur, et les comparai à des besicles troubles, puisqu'ils ne voyaient plus la côte tant désirée d'Albion ! Combien de fois ai-je supplié Suffolk (l'agent de ta noire inconstance) de s'asseoir près de moi et de me distraire avec des récits, comme Ascagne racontant à Didon affolée les exploits de son père dans Troie en flammes ! Je suis ensorcelée comme elle. Tu es perfide

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