‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 274 sur 414 · ACTE m, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE II

comme lui! Je n'en puis plus! Meurs, Marguerite ! Car Henry pleure de te voir si longtemps en vie!

[Bruit au dehors. Entrent WARWICK et SALISBURY. Le peuple se précipite aux portes).

Warwick.

On dit, puissant souverain, que le bon duc Humphrey a été traîtreusemint assassiné par Suffolk et le Cardinal Beaufort. Le peuple est comme un essaim d'abeilles irritées qui, ayant perdu leur reine, se répandent de toutes parts, sans se soucier, dans leur besoin de revanche, de qui elles piquent. J'ai pu ramener le calme jusqu'à ce qu'il soit informé des circonstances de sa mort.

Le Roi Henry.

Il est mort, bon Warwick, cela est trop vrai ! Comment il est mort, Dieu le sait et pas Henry ! Entrez dans la chambre, voyez son corps inanimé, cherchez à vous expliquer une mort aussi soudaine.

Warwigk.

Oui, mon souverain. Salisbury, demeurez avec la multitude en courroux, jusqu'à ce que je revienne.

[Warwick entre dans la chambre et Salisbury se retire). Le Roi Henry.

0 toi qui juges toutes choses, arrête mes pensées cherchant à me persuader que des mains coupables ont attenté à la vie d'Humphrey ! Si je soupçonne faussement, Dieu, pardonne-moi ! Car à toi seul il appartient de juger. Que ne puis-je réchauffer ses lèvres pâlies avec vingt mille baisers, arroser son visage d'un océan de larmes, [exprimer mon amour à ce corps sourd et muet, et, en le touchant de mes doigts, rendre sensible son insensible main ! Hélas I tout cela serait inutile ! La vue de sa terrestre image, de son cadavre, ne servirait qu'à augmenter mon chagrin !

{Les portes à battant de la chambre intérieure sont ouvertes et l'on voit Glocester, mort, dans son lit. WAR- WICK et d'autres se tiennent près de lui^). Warwick.

Avancez, gracieux souverain, et voyez ce corps.

Le Roi Henry.

Pour mesurer la profondeur de ma tombe ! Avec son âme s'est envolée toute ma consolation en ce monde! En le regardant je vois ma propre destruction!

Warwick.

Aussi sûrement que mon àme entend vivre avec le redoutable Roi qui se fit homme pour nous éviter la malédiction

i La mise en scène du quarto diffère de celle-ci. D'après elle, Warwick tire les rideaux et montre le duc Humphrey étendu sur son ht. Dans le folio « Un ut avec Glocester dessus est apporté ».

de son Père, ce sont des mains criminelles qui ont attenté à la vie de ce duc trois fois fameux !

SUFFOLK

Serment redoutable, et fait dans des termes vraiment solennels ! Sur quelle preuve s'appuie Warwick pour affirmer de la sorte ?

Warwick.

Regardez comme le sang s'est arrêté sur le visage. J'ai souvent vu des gens ayant succombé à une mort naturelle : ils étaient couleur de cendre, maigres, pâles, exsangues, le sang s'étant porté au cœur en travail, lequel, en luttant contre la mort, réclame son aide contre l'ennemi. Dans ces conditions le sang se refroidit avec le cœur, et ne revient jamais rougir et embellir la joue. Ici, le visage est noir, congestionné. Les yeux sortent de leurs orbites, regardant fixement, avec épouvante , comme ceux d'un homme élranglé. Les cheveux se sont dressés; les narines se sont dilatées dans la lutte ; les doigts sont raidis comme ceux d'un homme qui a cherché à se cramponner à la vie et a succombé à la violence. Considérez les draps, des cheveux y adhèrent. Sa barbe naturellement bien plantée est en désordre, hérissée, semblable à du blé d'été coupé par la tempête. Il a certainement été assassiné. Le moindre de ces signes l'atteste.

SuFFOLK.

Et qui donc, Warwick, aurait mis le duc à mort? Beaufort et moi étions chargés de veiller sur lui. On ne nous prendra pas, je l'espère, pour des assassins ? Warwick.

Vous aviez tous deux la garde du bon duc, et tous deux étiez ses ennemis jurés. Votre intention n'était pas de le traiter en ami, et il est évident qu'il a trouvé un ennemi. Marguerite.

Quoi I Vous soupçonneriez ces nobles gentilshommes d'être coupables de la mort prématurée du duc Humphrey?

Qui, trouvant une génisse morte, fraîchement saignante, ayant à côté d'elle un boucher armé d'une hache, ne soupçonnerait pas ce boucher d'être son bourreau? Qui ramasserait une perdrix dans le nid d'un milan, sans deviner comment laperirix est morte, le milan n'eut-il pas de sang au bec? Ainsi, je soupçonne la tragédie ! Marguerite.

Seriez-vous le boucher, SufTolk ? Où est votre couteau ? Beaufort serait le milan? Où cache-t-il ses serres?

SuFFOLK.

Je ne porte pas de couteau pour assassiner les gens qui dorment ! Mais voici une épée vengeresse, rouillée par

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