ACTE III, SCÈNE II
l'inaction, que je puis plonger dans le cœur rancunier, calomniateur qui m'infligerait le stigmate sanglant du meurtre I Si tu l'oses, orgueilleux lord de Warwickshire, dis que je suis l'assassin du duc Humphrey !
{Le Cardinal, Somei^set et d'autres sortent). Warwigk.
Prends garde 1 Warwick est capable de tout, quand on le défie !
Marguerite.
Il n'oserait pas calmer son outrageante humeur, ni cesser d'être un impertinent censeur, quand Sufîolk oserait l'en défier vingt mille fois !
Warwick.
Demeurez tranquille, madame, avec toute la déférence que je vous dois. Chaque mot que vous prononcez en sa faveur compromet votre dignité royale !
SUFFOLK
Grossier lord à l'ignoble maintien ! Si jamais femme outragea son maître à ce point ce fut ta mère, quand elle reçut dans son lit coupable quelque manant rude et mal élevé, et qu'elle greffa un sauvageon sur une noble tige! Tu en es le fruit; jamais tu n'as appartenu à la noble race des Nevils !
Warwick.
Si le meurtre ne te faisait pas un bouclier ; si je ne craignais, frustrant le bourreau de son revenu, de t'éviter dix mille hontes; si la présence de mon souverain ne me commandait pas le calme, assassin, fourbe, couard, tu viendrais sur les genoux implorer ton pardon, déclarer que c'était à ta mère que tu faisais allusion tout à l'heure, avouer que c'est toi qui es né bâtard ! Cet hommage craintivement rendu, je te paierais ton salaire, et enverrais ton âme en enfer, pernicieux vampire des gens qui dorment !
SUFFOLK
C'est pendant que tu es éveillé que je te tirerai du sang, si tu oses venir avec moi, hors de la présence du roi ! Warwick.
Partons immédiatement ou je t'entraîne de force !... Si indigne que tu en sois, je vais te tenir tète et rendre honneur au fantôme du duc Humphrey I
{Su/folk et Warwick sortent).
Le Roi Henry.
Quelle cuirasse est plus forte qu'un cœur pur ? Celui dont la querelle est juste est trois fois armé ! Celui dont la conscience est corrompue par l'injustice peut se couvrir d'acier, il sera toujours nu !
[Bruit au dehors).
Marguerite.
Quel est ce bruit?
{Rentrent SUFFOLK et WARWICK, Vépée à la main). Eh bien, lords? Vous vous présentez devant moi l'épée hors du fourreau ? Etes-vous à ce point audacieux ? Que signifie cette clameur tumultueuse ?
SuFFOLK.
Le traître Warwick et les gens de Bury, se sont tous jetés sur moi, puissant souverain !
{Bruit de foule au dehors. Rentre SALISBURY). Salisbury, parlant à la foule.
Restez dehors I Le roi connaîtra vos intentions. [Au Roi) Redoutable seigneur, le peuple me charge de vous prévenir que si le fourbe SufTolk n'est pas immédiatement envoyé à la mort, ou banni du territoire de la belle Angleterre, il sera entraîné par la violence hors de votre palais, et on lui réservera la torture d'une mort lente. II accuse Suffolk d'avoir fait mourir le bon duc Humphrey. Il exprime ses craintes de voir Suffolk s'attaquer un jour à Votre Grandeur, affirmarit que s'il réclame son exil, ce n'est ni par esprit d'opposition, ni par besoin de contradiction, seulement par dévouement et par amour pour votre personne. Enfin, dans le souci qu'il a de son roi, le peuple ajoute que Votre Grandeur pourrait avoir donné l'ordre qu'on respectât son repos sous peine de défaveur ou de mort, s'il voyait un serpent à la langue fourchue ramper sournoisement autour de Votre Majesté, il jugerait quand même nécessaire de vous réveiller, de peur, en respectant votre sommeil, de laisser au serpent la possibilité de le rendre éternel. C'est pourquoi, crie-t-il, que vous le vouliez ou non, il sera votre gardien, afin de vous sauvegarder contre des serpents aussi dangereux que Suffolk, dont le dard empoisonné et fatal a lâchement privé de la vie votre oncle bien-aimé, vingt fois plus respectable que lui ! Le Peuple, au dehors.
La réponse du roi, milord de Salisbury !
Suffolk.
Il n'est pas étonnant que le peuple, composé de rustres mal élevés, envoie un tel message à leur souverain; mais, avouez-le, milord, vous n'étiez pas fâché de montrer l'habileté de votre éloquence? Tout l'honneur gagné par Salisbury sera d'avoir servi d'ambassadeur à un ramassis de chaudronniers !
Le Peuple, au dehors.
Nous voulons la réponse du roi ou nous brisons tout pour entrer !