‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 30 sur 414 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

d "âne, si je te tenais dans la plaine de Sarum je te reconduirais, caquetant, jusqu'à Camelot^.

COKNOUAILLES.

Es-tu fou, vieux compagnon ?

Glocester.

Gomment s'est élevée cette querelle ? Réponds.

Kent.

Il n'y a pas de contraires qui se détestent autant que moi et ce drôle !

CORNOUAILLES

Pourquoi l'appelles-tu drôle? Quelle offense t'a-t-il faite?

Kent.

Sa contenance me déplaît.

Cornouailles.

La mienne aussi, peut-être? {Montrant Edmond). Ou la sienne? [Montrant Régane). Ou la sienne? Kent.

Monsieur, j'ai l'habitude de parler franchement. J'ai vu dans mon temps des figures plus avenantes que celles que je considère en ce moment sur des épaules. Cornouailles.

Nous avons affaire à un gaillard qui, félicité jadis pour sa brusquerie, affecte une sauvagerie impertinente et se donne de fausses apparences. Lui, flatter ? Il est trop honnête homme et trop plein de franchise ! Son habitude est de dire la vérité. Si on s'en trouve bien, tant mieux. Sinon, il faut en accuser sa sincérité. Je connais ce genre de faquins. Sous prétexte de rien cacher, ils renferment plus de ruses et de mauvaises pensées que vingt faiseurs de courbettes exagérant la soumission !

Kent.

Monsieur, en bonne foi, pour dire la vérité sincère, avec la

permission de A^otre air imposant dont l'influence, comme la

radieuse couronne de feu qui voltige sur le front de Phœbus...

Cornouailles.

Qu'entends-tu par là ?

J'entends changer ma façon de parler qui semble ne pas vous convenir. J'en conviens, monsieur, je ne suis pas un flatteur, mais celui qui vous a trompé avec un accent de

i. Camelot était la ville où, d'après les romans de chevalerie, le roi Arthur tenait sa cour.

On lit dans la Naissance de Merlin (1662) : .... raise 'inore powers To 'inan loith strcngth the castle Catnelot. Ajoutons qu'il fut un temps où, dans le Somersetshire, près Camelot, existaient beaucoup de marécages où l'on élevait des quantités d'oies.

franchise était un franc coquin, ce que je ne serai jamais, pour ma part, dussé-je m'attirer votre déplaisir,

GORNOUAILLES.

Quelle offense lui avez-vous faite ?

L'Intendant.

Aucune. Il a plu au roi, son maître, de me frapper, à propos d'un malentendu.il lui a prêté main-forte et, pour flatter son mécontentement, m'a culbuté ! Quand j'ai été à terre, il m'a insulté, outragé. Il a tant fait, il s'est tant distingué, qu'il s'est attiré les éloges du roi, pour avoir attenté à la vie d'un homme sans défense. Enfin, tout à l'heure, fier d'étrenner son épée ^ par un digne exploit, il l'a tirée contre moî ! Kent.

C'est un de ces maroufles, de ces couards, auprès de qui Ajax n'est qu'une mazette !

Cornouailles.

Qu'on aille chercher les ceps ! Vieux drôle entêté, vénérable fanfaron, nous vous apprendrons...

Kent.

Monsieur, je suis trop vieux pour apprendre. Quant aux ceps dont vous me menacez, sachez que je sers le roi et viens en son nom ! Ce serait manquer de respect à la gracieuse personne de mon maître, faire preuve à son égard d'une méchanceté un peu bien hardie que mettre les ceps à son messager!

Cornouailles.

Qu'on aille chercher les ceps ! Sur ma vie et mon honneur il les gardera jusqu'à midi !

Régane.

Jusqu'à midi ! Jusqu'à la nuit, milord, et toute la nuit aussi.

Kent.

Si j'étais le chien de votre père, madame, vous n'en useriez pas ainsi !

Régane.

J'en use ainsi parce que vous n'êtes que son esclave 1

{On apporte les ceps^).

Cornouailles.

C'est d'un homme de ce caractère que parlait votre sœur. Allons, approchez les ceps.

4. And, in the flesh'ment ofthis dread exploit. D'après Henley. on disait d'un soldat he Jleslis his word, la première fois qu'il faisait une blessure avec son épee.

2. Ce n'était pas la première fois qu'on montrait des ceps sur la scène. Dans une pièce intitulée Hich-Scorner, qui fut imprimée sous le règne de Henry VIII. la Pitié est mise aux ceps et y reste jusqu'à ce qu'elle soit délivrée par la Persévérance et la Contemplation. [Note de Steevens),

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