SCENE X
Kent. Le Jardin d'Iden*.
Entre GADE.
Gade.
Fi de l'ambition I Fi de moi-même 1 J'ai une épée et suis prêt à mourir de faim! Voilà cinq jours que je me cache dans les bois, sans oser en sortir, car tout le pays est contre moi. J'ai si faim que pour mille années de vie je ne serais pas demeuré en place. C'est pourquoi j'ai escaladé ce mur de brique et sauté dans ce jardin, espérant y manger de l'herbe, arracher une salade, ce qui, par un temps aussi chaud, est tout à fait rafraîchissant. Le mot salade me porte bonheur! Que de fois, sans ma salade, mon crâne aurait été fendu d'un coup de hache ^! Que de fois, après une longue marche, quand j'avais la langue sèche, ma salade a remplacé un quart de pot pour boire! Aujourd'hui ce n'est pas à boire, mais à manger qu'elle me servira. {Entre IDEN avec des serviteurs).
Iden.
Seigneur, qui voudrait vivre dans le tourbillon de la Cour quand on peut se promener si tranquillement ! Le petit héritage paternel me suffit, et pour moi vaut toute une monarchie. Je ne cherche pas à grandir au dépens des autres ; le souci des richesse ne m'attirera donc pas l'envie. Il me suffit de demeurer tel que je suis et de ne fermer ma porte au pauvre que lorsque je l'ai secouru.
Gade.
Le maître de cet endroit vient pour me saisir comme une
1. Dans l'ancienne pièce, le roi conclut en ces termes: « Viens, hâtons-nous vers Londres. Nous y ferons dire des actions de grâces pour louer, honorer le Dieu du ciel, afin qu'il nous donne une heureuse victoire ».