ACTE V, SCÈNE I
le bâton d'un pèlerin et non pour illustrer le sceptre redouté des princes! C'est à moi que convient cet or, à moi qui, souriant ou menaçant, peut, comme la lance d'Achille, alternativement tuer ou guérir. Voici une main pour tenir un sceptre et contrôler les lois. Faites place I Par le ciel, tu ne commanderas plus à celui qui a été créé pour qu'on lui obéisse !
Somerset.
0 monstrueux traître! Je t'arrête, York, pour crime de haute trahison contre le roi et la couronne 1 Obéis, audacieux traître ! A genoux, pour demander ta grâce ! A genoux? Laisse-moi d'abord demander à mes gens, s'ils supporteraient que je pliasse le genou devant un homme! Va chercher mes fils pour qu'ils me servent de caution ! {Sort un homme de la suite).
Avant que j'aille en prison, ils engageront leurs épées pour mon affranchissement!
Marguerite.
Appelez Clifford. Dites-lui de venir immédiatement 1
(Buckingham sort).
On verra si les bâtards d'York serviront de garants à la traîtrise de leur père !
York.
Napolitaine au sang croisé, honte de Naples, fléau sanglant de l'Angleterre, les fils d'York, d'une autre naissance que la tienne, seront la caution de leur père, et malheur à ceux qui s'y opposeraient !
{Entrent, d'un côté, EDOUARD et RICHARD PLANTA- GENET avec des forces; de l'autre, également avec des forces, le vieux CLIFFORD et son fils). Regarde-les venin Je te garantis qu'ils vont faire de la bonne besogne !
Marguerite.
Et voici venir Clifford pour refuser la caution.
Clifford, s' agenouillant.
Santé et bonheur à mon seigneur le roi !
York.
Je te remercie, Clifford. Quelles nouvelles? Ne cherche pas à nous effrayer avec des regards de colère ! Nous sommes ton souverain, CUfford, agenouille-toi encore. Nous te pardonnons la méprise.
Clifford, désignant Henry.
Voici mon roi, York, je ne me trompe pas. C'est toi qui te trompes en supposant une méprise de ma part. Emmenez-le à Bedlam, cet homme est devenu fou.
Le Roi Henry.
Oui, ClifFord, une humeur folle et ambitieuse lui fait faire de l'opposition à son roi.
Clifford.
C'est un traître ! Qu'on le conduise à la Tour et qu'on lui fasse sauter la caboche !
Marguerite.
Il est arrêté, mais ne veut pas obéir. Ses fils, dit-il, répondront pour lui.
York.
Ne le voulez-vous pas, enfants?
Edouard.
Si, noble père, pourvu que nos paroles suffisent.
Richard.
Si les paroles ne suffisent pas, nos épées les remplaceront.
Clifford.
Quelle couvée de traîtres nous avons là!
York.
Regarde-toi dans un miroir, tu y verras la trahison. Je suis ton roi, et tu es un traître. Qu'on amène mes deux braves ours. Le bruit de leurs chaînes frappera de stupeur ces chiens aux aguets. Dites à Salisbury et à Warwick de venir me trouvera
{Tambours. Entrent WARWICK et SALISBURY avec des forces).
Clifford.
Sont-ce là tes ours? Nous les battrons à mort et ligotterons leur gardien avec leurs chaînes, si tu oses les faire descendre dans l'arène *!
Richard.
J'ai souvent vu un chien trop sûr de lui reculer et mordre celui qui le retenait; mais dès qu'il sentait la griffe de l'ours, il mettait la queue entre les jambes et hurlait. C'est ce qui vous arriverait en luttant contre lord Warwick ! Arrière, amas de colère, morceau indigeste, aussi contrefait de manières que de forme !
York.
Nous vous réchaufferons tout à l'heure t
Clifford.
Prenez garde dé vous brûler à votre feu !
i. Les Nevils, comtes de Warwick, avaient un ours et un bâton ébré- . chê comme insignes.
2. Les combats d'ours étaient du temps de Shakespeare un sport royaL Voir Londres aw temps de Shahespea/re.