SCENE III
Une bruyère.
Entre EDGAR.
Edgar.
J'ai entendu lire ma proscription. Grâce au creux d'un arbre, j'ai pu éviter leur poursuite. Tous les ports sont fermés. Pas une place qui ne soit l'objet d'une surveillance inaccoutumée, dans l'espoir de se saisir de ma personne. Puisque j'ai pu leur échapper, je vais prendre des précautions. J'ai dans l'idée d'emprunter les dehors les plus vils et les plus misérables; des dehors tels que jamais la misère accablée sous le mépris, se sera plus approchée de la brute. Je dissimulerai ma figure sous la saleté, mes membres sous des haillons, j'aurai les cheveux noués comme par des lutins-, ma nudité bravera les vents et les persécutions du ciel. Le pays m'offre comme modèles ces misérables de Bedlam^ qui, poussant des rugissements, enfon-
1. I hnoïc, tis frora Cordelia, etc. Ce passage est très difficile. Steevens avoue ne pas le comprendre, et se demande s il ne faut pas le considérer comme un fragment d'une lettre de Gordélia que Kent lirait à la lueur de la lune. Mason suppose, au contraire, fjue la difficulté provient de ce que les premiers éditeurs ont imprimé ce passage comme étant une citation d'une lettre de Gordélia. Henley se rallie à l'opinion de Steevens. Malone affirme que deux moitiés de vers auraient été perdues.