ACTE II, SCÈNE V
Parfois l'un est le plus fort, parfois l'autre. Tous deux se disputent à qui l'emportera, poitrine contre poitrine, et il n'y a ni vainqueur, ni vaincu, à tel point s'équilibrent les chances dans cette guerre féroce ! Je vais m'asseoir sur cette hauteur. Que la victoire appartienne à qui Dieu voudrai Marguerite et Clifford m'ont écarté du champ de bataille, affirmant tous deux qu'ils ne triomphaient que lorsque j'étais loin. Je voudrais mourir, si telle était la volonté de Dieu; il n'y a dans le monde que chagrin et malheur! 0 Dieu! Que la vie serait heureuse si j'étais simple berger ! Assis comme maintenant sur une colline, je façonnerais un cadran, et, point par point, regarderais s'enfuir les minutes; supputant combien il en faut pour compléter une heure, combien d'heures font un jour, combien de jours une année, combien d'années la vie d'un homme. Cela connu, je diviserais le temps: tant d'heures pour veiller sur mon troupeau; tant pour me reposer; tant pour réfléchir; tant pour me distraire; tant de jours que mes brebis sont pleines; tant de semaines avant que les pauvres petites mettent bas; tant d'années avant que je les tonde. Ainsi les minutes, les heures, les jours, les semaines, les mois, les années, employés comme ils doivent l'être, conduiraient mes cheveux blancs à la tranquillité du tombeau. Quelle vie ce serait! Combien douce et belle ! Le buisson d'aubépine ne donne-t-il pas une ombre plus douce aux bergers considérant leurs innocents troupeaux que le riche dais couvert de broderies aux rois qui craignent la trahison de leurs sujets? Ohl si! mille fois plus douce! Pour conclure, le simple laitage des bergers, le breuvage froid qui coule de sa bouteille de cuir, son tranquille sommeil sous la fraîcheur des arbres, toutes les choses dont il jouit dans la sécurité et le repos valent mieux que les raffinements d'un prince, ses repas dans des assiettes d'or resplendissantes, son corps couché sur un lit rare, quand le souci, la méfiance et la trahison le guettent K
{Alarme. Entre UN FILS qui a tué son père, traînant son cadavre).