‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 351 sur 414 · Au lieu de cette tirade, on lit dans le quarto · texte numérisé non relu

Au lieu de cette tirade, on lit dans le quarto

« 0 gracieux seigneur du ciel, jette un regard sur nous, et mets fin à ces incessants griefs. Comme un vaisseau démâté sur la mer, cette sanglante bataille continue, tantôt cherchant sa direction, tantôt remis sur son chemin, sans que personne puisse dire comment finira la journée. Oh! si ma mort pouvait mettre un terme à ces discordes civiles! Je voudrais n'avoir jamais régné, n'avoir jamais été roi. Marguerite et Clifford m'ont éloigné du champ de bataille, affirmant que le succès était plus certain quand j'étais loin. Si Dieu voulait que je mourusse, tout irait bien ! Et si ma couronne leur suffit, je serais heureux de la leur donner et de vivre comme un particulier » !

Le Fils.

Mauvais est le vent qui ne profite à personne. Cet homme que j'ai tué dans un combat singulier est peut-être en possession de quelques couronnes ; et moi, assez heureux pour pouvoir les lui prendre, peut-être, avant la nuit, devrai-je les céder en même temps que ma vie à un autre homme, comme cet homme me les a cédées. Qu'est-ce cela? 0 Dieu ! La figure de mon père, de mon père que dans ce conflit j'ai tué sans m'en douter! 0 temps douloureux qui engendrent de tels événements ! J'ai été envoyé de Londres par le roi. Mon père, au service du comte de Warwick, pressé par lui, a pris parti pour York, et moi, moi qui lui dois la vie, de mes propres mains j'ai dérobé la sienne! Pardonne-moi. Je ne savais pas ce que je faisais! Pardonne-moi, père, j'ignorais que ce fût toi. Mes larmes laveront tes marques sanglantes ! Plus un mot, jusqu'à ce qu'elles aient entièrement coulé?

Spectacle pitoyable! Epoque sanglante! Quand les lions se battent pour leurs antres, les pauvres agneaux sans défense souffrent de leur inimitié. Pleure, malheureux, je t'aiderai en versant larme pour larme. Comme la guerre civile, que nos cœurs soient brisés par l'excès du chagrin, et nos yeux aveuglés par celui des larmes !

{Entre UN PERE qui a tué son fils qu'il porte dans ses bras).

Le Père.

Toi qui m'as vigoureusement résisté, donne-moi ton or, si tu en as! Je l'ai acheté au prix de cent blessures. Mais je veux voir... Est-ce la figure d'un ennemi? Non, non 1 C'est mon fils unique! Ah! mon enfant! Si je ne t'ai pas pris toute ta vie, ouvre les yeux ! Vois quelle pluie de larmes je verse sous le vent de tempête de mon cœur pour arroser les blessures qui tuent mes yeux et mon cœur! Dieu ait pitié de cet âge misérable ! Que de crimes horribles, sanglants, erronés, séditieux, contre nature, l'épouvantable guerre fait journellement commettre! 0 enfant! Ton père t'a donné trop tôt la vie, autrement tu n'aurais pas été engagé dans cette querelle !

Le Roi Henry.

Malheur sur malheur! Chagrins extraordinaires! Oh ! que ma mort mette un terme à ces actes épouvantables I 0 pitié, pitié, ciel, pitié ! Je vois sur sa figure la rose rouge et la rose blanche, les fatales couleurs de nos maisons rivales. Son sang rappelle l'une ; ses joues pâles représentent l'autre. Que l'une s'effeuille et que l'autre fleurisse! Si vous

Page 1