ACTE III, SCÈNE III
rait une monstrueuse erreur de caresser pareille pensée ! Puisque la terre ne me réserve aucune joie, sauf celle de commander, de dominer ceux que la nature a mieux favorisés, ma joie consistera à rêver à la couronne. Toute ma vie ce monde sera pour moi un enfer, tant que cette tête que supporte un tronc difforme ne sera pas cerclée d'une couronne glorieuse. Et cette couronne, j'ignore comment l'obtenir, nombre d'existences s'interposant entre elle et moi. Pareil à un homme perdu dans un bois épineux, qui arrache les épines et que les épines arrachent, qui cherche un chemin, s'en éloigne, ne sait où trouver une éclaircie, désespère de l'atteindre, je me tourmenterai sans relâche pour mettre la main sur la couronne d'Angleterre, dussé-je, h la fin, m'affranchir de ce tourment, en me taillant un chemin avec une hache sanglante ! Je possède le secret de sourire et de tuer en souriant, de paraître content de ce qui blesse mon coeur, d'humecter mes joues de larmes feintes, de me composer une figure suivant l'occasion. Je noierai plus de marins que la sirène, jetterai plus de regards que le basilic, jouerai l'orateur aussi bien que Nestor, tromperai aussi aisémentqu'Ulysse et,commeSinon,jeprendrai uneautre Troie. J'ai plus de couleurs que le caméléon, plus de formes que Protée, et, à côté de moi, le meurtrier Machiavel n'est qu'un écolier ^ Telle est ma supériorité et je ne pourrais pas conquérir une couronne? Allons donc ! Fût-elle plus loin, je l'atteindrai!
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