ACTE V, SCÈNE I
Le Roi Edouard.
Trompette, dirige-toi du côté des remparts et sonne au parlementaire.
Glocester.
Voyez, comme le hargneux Warwick garde le rempart.
Warwick.
0 contretemps ! C'est ce libertin d'Edouard ! Ou nos éclaireurs dormaient, ou ils ont été gagnés, pour que nous n'ayons pas été informés de son approche. Le Roi Edouard.
Maintenant, Warwick, veux-tu ouvrir les portes de la ville, dire de bonnes paroles et plier humblement le genou ? Donne à Edouard le nom de roi, implore sa merci, il te pardonnera tes outrages.
Warwick.
Songe plutôt à retirer tes troupes, à t'incliner devant celui qui t'a élevé jusqu'au trône et t'en a renversé t Appelle Warwick, ton protecteur, repens-toi et tu seras encore duc d'York. Glocester.
Je croyais, au moins, qu'il aurait dit : roi. C'est peut-être une plaisanterie involontaire I
Warwick.
Un duché n'est-il pas un cadeau suffisant ?
Surtout fait par un pauvre comte ! Je vais m'enrôler parmi tes partisans, pour te remercier d'un si beau présent ! C'est moi qui ai donné la royauté à ton père.
Le Roi Edouard.
Elle est donc à moi, ne fût-ce que comme m'ayant été donnée par Warwick.
Warwick.
Tu n'es pas Atlas pour supporter un si grand poids. Vu ta faiblesse, Warwick, reprend son présent. Henry est mon loi et Warwick son sujet.
Le Roi Edouard.
Malheureusement le roi de Warwick est le prisonnier d'Edouard. Or, vaillant Warwick, je voudrais que tu me dises ce que vaut un corps sans tête.
Glocester.
Pourquoi Warwick n'a-t-il pas été plus prévoyant ! Tandis qu'il pensait dérober un simple dix, le roi était adroitement escamoté de son jeu *. Vous avez laissé ce pauvre
1. Thehing icas slily finger'd from the deek. Autrefois un paquet de cartes se disait : A deeh of cards. Dans une pièce intitulée : The two maids of Moreclacke, on lit:
ni deal the cards and eut you from the deek.
Henry au palais de l'évêque *, gageons dix contre un que vous ie retrouverez à la Tour.
Le Roi Edouard, Cest la vérité. Warwick est toujours Warwick !
Glocester.
Allons, Warwick, profite du moment et à genoux ! A genoux! Allons! Bats le fer, si tu ne veux pas qu'il refroidisse. Warwick.
Je couperais cette main d'un seul coup, et t'en souffletterais, plutôt que supporter l'humiliation d'amener pavillon devant toi !
Fais ce que tu voudras de ton pavillon, aie pour toi le vent et la marée, cette main te prendra par ta chevelure noire comme du charbon, et avec ta tête chaude, fraîchement coupée, elle écrira cette sentence sur la poussière, en lettres de sang : Vinconstant Warwick ne changera plus !
(Entre OXFORD, précédé de tambours et d'oriflammes). Warwick.
0 heureuses couleurs ! Voyez, c'est Oxford qui vient !
Oxford.
Oxford, Oxford, pour Lancastre !
[Oxford et ses troupes entrent dans la ville). Glocester.
Les portes sont ouvertes, entrons aussi !
Le Roi Edouard.
D'autres ennemis pourraient nous prendre à revers. Tenons-nous en bon ordre, car ils vont ressortir et nous livrer bataille. Sinon, la ville ne pouvant plus se défendre, nous aurons bientôt châtié les traîtres.
Warwick.
Sois le bienvenu, Oxford ! Nous avons besoin de ton aide. [Entre MONTAGUE, précédé de tambours et d'oriflammes)
MONTAGUE
Montague, Montague, pour Lancastre !
[Lui et ses troupes entrent dans la ville). Glocester.
Toi et ton frère, vous paierez cette trahison de votre sang !
Le Roi Edouard.
Plus le combat est rude, plus grande est la victoire ! J'augure un heureux butin et une heureuse conquête !
[Entre SOMERSET, précédé de tambours et d'oriflammes].
i. Le palais de l'évêque de Londres. [Note dcMal07ie).