‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 398 sur 414 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Londres. La Tour.

On ^oit le roi HENRY, assis, tenant un livre a la

MAIN. Le lieutenant de la Tour est près de lui. Entre

GLOGESTER.

Glocester.

Bonjour, milord. Quoi, si attentif à votre lecture?

Oui, mon bon lord. Je devrais plutôt dire, milord, car la flatterie est un péché, et mon bon lord en était une. Bon Glocester ou bon diable, c'est la même chose, et c'est également absurde. Je ne dirai donc pas bon lord. Glocester.

Laissez-nous. Nous avons à causer.

{Le lieutenant sort) .

Le Roi Henry.

Ainsi s'enfuit le berger insouciant devant le loup. Le mouton inoffensif offre d'abord sa toison, et bientôt sa gorge au couteau du boucher. Quelle scène de mort va nous jouer maintenant Roscius*?

Glocester.

Le soupçon hante toujours le pécheur. Le voleur prend chaque buisson pour un exempt.

Le Roi Henry.

L'oiseau qui a été englué aies ailes tremblantes et soupçonne un danger dans chaque buisson. Je suis le malheureux père d'un doux oiseau, et j'ai devant moi l'objet fatal par lequel fut englué, attrapé et tué mon cher petit I Glocester.

Quel pauvre fou était ce Cretois qui voulut que son fils remplît l'office d'un oiseau ! Malgré ses ailes, le pauvre sot fut noyé !

1. Roscius n'a jamais été tragédien. Mais, du temps de Shakespeare, on lui donnait volontiers cette qualité. Nash, dans son livre intitulé : Pierce Penniles's Supplication to the Devil. livre dont nous avons longuement parlé dans notre volume : Londres au temps de Shakespeare, dit : « Ni Roscius, ni Esope, ces admirables tragédiens (tragedians) qui vécurent avant la naissance du Christ, n'ont jamais mieux joué une scène que le fameux Ned Allen ».

On lit dans Acolastus fiis Aficrwitt (1600) :

Through ihce each murthering Roscius is appointed Te act strange scènes of death on God's anointed.

Nous pourrions multiplier les exemples.

Je suis Dédale ; mon malheureux enfant était Icare ; ton père, fut le Minos, qui se mit en travers de nous. Le soleil qui fit fondre les ailes de mon cher fils, c'est ton frère Edouard. Toi, tu es la mer dont la profondeur jalouse engloutit sa vie. Tue-raoif avec une épée, mais pas avec des paroles ! Ma poi^ trine supportera mieux la pointe de ton poignard que mes oreilles cette tragique histoire ! Qui t'amène? En veux-tu à ma vie ?

Glogester.

Me prends-tu pour un bourreau ?

Le Roi Henry.

Tu es sûrement un persécuteur. Si assassiner des innocents est une exécution, tu es un bourreau ! Glogester.

J'ai tué ton fils pour châtier son insolence ! Le Roi Henry.

Si l'on t'avait tué, lors de ta première insolence, tu n'aurais pas vécu pour tuer mon fils ! Voici ce que je prophétise. Des milliers de gens qui, à cette heure, ne soupçonnent pas même mes craintes, des vieillards, des veuves en sanglots, des orphelins aux yeux inondés de larmes, des pères pleurant leurs fils, des veuves leurs époux, des orpheUns leurs parents prématurément enlevés, maudiront l'heure de ta naissance ! Le hibou a chanté le jour où tu es né; le corbeau nocturne a crié, présageant des temps malheureux; les chiens ont hurlé; d'épouvantables tempêtes ont renversé les arbres; la corneille s'est logée au sommet des cheminées et les pies bavardes ont piaillé en désaccord! Ta mère a plus souffert que les autres, pour accoucher d'un moindre espoir, c'est-à-dire d'un corps indigeste * et monstrueux, fruit indigne d'un si bel arbre ! Tu es né avec des dents, ce qui signifiait que tu venais pour mordre le monde ! Enfin si ce que j'ai entendu raconter est vrai, tu vins... Glogester.

Tu n'en diras pas davantage ! Meurs, prophète, en prophétisant ! (// le poignarde). C'est pour cela aussi que je suis né !

Et pour en assassiner d'autres après moi ! Dieu, absolve mes péchés et te pardonne !

[Il meurt).

Glogester.

Quoi! Le sang de Lancastre, qui veut toujours monter, baigne la terre ! J'aurais cru qu'il jaillirait ! Voyez comme

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