‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 60 sur 414 · ACTE III, SCÈNE VH · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VH

diligents et nous tiendront en rapport. Adieu, chère sœur. Adieu, milord de Glocester ^ {Entre rLNTENDANT).

Eh bien? Où est le roi ?

L'Intendant.

Milord de Glocester l'a fait s'enfuir. Trente-cinq ou trentesix de ses chevaliers s'étant mis à sa recherche l'ont rejoint devant la porte de la ville, et tous, augmentés de quelques seigneurs à la solde du roi, ont pris le chemm de Douvres. C'est là qu'ils se vantent de trouver des amis bien armes.

CORNOUAILLES

Amenez des chevaux pour votre maîtresse.

GONERIL

Adieu, cher seigneur et chère sœur.

[Goneril et Edmond sortent).

CORNOUAILLES

Adieu, Edmond... Allez me chercher le traître Glocester. Garottez-le comme un voleur et amenez-le devant nous.

(Des serviteurs sortent).

Je ne puis disposer de sa vie sans forme de procès; mais si notre pouvoir favorisé excite un courroux que les hommes peuvent blâmer, ils ne sauront le contrôler. Qui est la ?

Est-ce le traître ? „^,

{Rentrent les SERVITEURS avec GLOCESTER). Régane.

L'ingrat renard ! C'est lui.

Attachez ses bras nerveux!

Glocester.

Que veulent vos Grâces?... Mes bons amis, considérez que vous êtes mes hôtes. Ne me faites aucun outrage.

CORNOUAILLES

Attachez-le, ai-je dit !

{Les serviteurs l'attachent).

Régane.

Serrez ! Serrez I Ignoble traître I Glocester.

Impitoyable femme, je ne suis pas un traître!

CORNOUAILLES

Attachez-le à cette chaise... Misérable, tu vas voir!... {Régane lui arrache la barbé).

Glocester.

Par les dieux bons, c'est une action infâme de m'arracher la barbe !

1. Cornouailles donne à Edmond le titre dont ce dernier est noaveliement investi.

Régane.

L'avoir si blanche et être un traître !

Glocester.

Méchante femme, les poils que tu arraches de ma chair revivront pour t'accuser! Je suis votre hôte. Vous ne devriez pas manquer ainsi aux lois de l'hospitalité en m'arrachant la barbe I Que voulez-vous faire ?

CORNOUAILLES

Quelles lettres avez-vous reçues dernièrement de France ?

Répondez sans ambages, nous savons la vérité !

GORNOUAILLES,

Quelle complicité entretenez-vous avec les traîtres nouvellement débarqués dans le royaume?

Régane.

A quelles mains avez-vous confié le roi fou ? Parlez.

Glocester.

J'ai reçu une lettre qui ne renferme que des conjectures. Elle a été écrite par un cœur neutre et non par un opposant. Cornouailles.

C'est de la ruse !

Rég4j^e.

C'est de la fausseté !

Cornouailles.

Où as-tu envoyé le roi?

Glocester.

A Douvres.

Régane.

Pourquoi à Douvres ? N'étais-tu pas chargé à tes risques...

Cornouailles.

Pourquoi à Douvres? Laissez-le d'abord répondre.

Glocester.

Je suis attaché au poteau et je dois faire face aux chiens.

Régane.

Pourquoi à Douvres ?

Glocester.

Parce que je ne voulais pas voir tes ongles cruels arracher ses pauvres vieux yeux; ni ton orgueilleuse sœur enfoncer ses défenses de sanglier dans sa chair sacrée ! La mer, par une tempête comme celle qu'endurait sa tête nue, au milieu d'une nuit noire comme l'enfer, se serait soulevée pour éteindre les étoiles I Lui, pauvre âme, ajoutait ses larmes à la pluie du ciel! Si, dans un pareil moment, des loups avaient hurlé à ta porte, tu aurais crié: Ouvre, bon portier! Les cœurs les plus endurcis se seraient laissés fléchir... Mais je verrai la vengeance ailée s'appesantir sur de tels enfants I

Page 1