‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 67 sur 414 · ACTE ÎV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE ÎV, SCÈNE II

Edmond.

A vous jusqu'à la mort !

GONERIL

Mon très cher Glocester !

{Edmond sorù).

Quelle différence entre un homme, et un homme! C'est lui qui mérite mes faveurs, et c'est un imbécile qui usurpe mon lit !

L'Intendant.

Madame, voici venir mon maître.

(L'Intendant sor(>).

[Entre ALBANY).

GONERIL

Alors, je ne compte plus * ?

Albany.

0 Goneril ! vous n'êtes pas digne de la poussière que le vent vous souffle à la face ^. * Vos dispositions m'effraient. Une femme méprisant un père est capable des pires actions ! Une créature qui se coupe, s'ébranche elle-même de son tronc nourricier, doit fatalement ne pas s'arrêter là et servir aux plus funestes usages^.

Goneril.

Assez. Vous parlez en insensé 1 Albany.

La sagesse et la bonté semblent viles à ceux qui ont l'âme vile. La corruption n'aime qu'elle-même. Qu'avez-vous fait? Vous vous êtes conduites comme des tigresses et non comme des filles! Un père, un aimable vieillard, dont l'ours à la tête pesante eût léché la majesté, rendu fou par les plus barbares et les plus dégénérées des femmes! Et mon frère vous a laissé faire? Un homme, un prince, comblé par lui! Si les cieux ne s'empressent pas d'envoyer leurs visibles esprits pour venger de pareilles offenses, le temps est proche où l'humanité s'entre-dévorera comme les monstres de l'Océan ! *

1. / hâve been loorth the whistle. Mot à mot : J'ai été digne du sifflet. Ce qui est une expression proverbiale, dont notre traduction donne le sens.

Heywood, dans un dialogue où il accumule les proverbes, s'exprime ainsi :

It is o poor dog that is not loorth the ivhistling.

2. Le passage entre astérisques a été omis dans le folio. On n'en conçoit pas la raison. Comme le fait observer Pope, il est nécessaire qu'on sache les motifs pour lesquels Albany adresse des reproches à sa femme.

3. L'auteur fait ici allusion aux branches coupées dont les sorcières et les enchanteurs se servaient pour accomplir des charmes.

GONERIL

Homme au foie de lait! Ta joue est faite pour les soufflets et ta tête pour les outrages ! Sous tes sourcils a'as-tu pas des yeux pour discerner l'honneur de la honte? Ne saistu pas que, seuls, les fous prennent en pitié les misérables dont le châtiment a prévenu les crimes? Où est ton tambour? La France déploie ses bannières dans notre pays tranquille. Ton meurtrier te menace des plumes de son cimier! Et, pendant ce temps-là, fou moraliste, tu t'écries tranquille : Hélas I Pourquoi agit-il ainsi?

Albany.

Regarde-toi, diablesse ! La laideur est moins horrible chez un démon que chez une femme!

GONERIL

0 fou stupide !

Albany.

Etre dont la méchanceté a travesti la nattire, par pudeur ne donne pas l'extérieur d'un monstre à ce que cette nature a fait de beau ! Si je suivais l'impulsion de mon sang ces mains disloqueraient, broieraient ta chair et tes os! Quoi qu'il en soit, tu es un démon que protège une enveloppe de femme !

GoNERIL.

A la bonne heure i Vous avez l'air d'un homme maintenant l {Entre UN MESSAGER).

Albany.

Quelles nouvelles?

Le Messager.

Mon bon seigneur, le duc de Cornouailles est mort, tué par un de ses serviteurs, au moment où il allait arracher l'autre œil de Glocester.

Albany.

L'œil de Glocester I

Le Messager.

Pi-is de pitié, ce serviteur par lui longtemps nourri, voulant s'opposer à un pareil acte, a tiré l'épée contre son redoutable maître. Alors, ce dernier, fou de colère, a sauté sur lui, l'a étendu mort, mais après avoir reçu un coup mortel, auquel il a succombé depuis.

Albany.

Cela prouve qu'il existe là-haut des justiciers qui châtient nos crimes! Pauvre Glocester! A-t-il perdu l'autre œil? Le Messager.

Il a perdu les deux, milord... Cette lettre, madame, exige une réponse immédiate. Elle est de votre sœur. Goneril, à part.

D'un côté, j'aime assez cela. Mais elle est veuve, luou Glo-

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